Le défenseur de la Constitution et 
les
Lettres de Maximilien Robespierre, député à la Convention Nationale, à ses Commettants
Texte par Claudine Cavalier
Soumis le 16/05/2005


Le premier journal de Robespierre commença de paraître en mai 1792. Son lancement s’inscrit dans le cadre de la campagne contre la déclaration de guerre menée par l’auteur, et de la polémique de plus en plus âpre qui l’opposait à Brissot et au parti de la guerre.

Robespierre avait collaboré à plusieurs journaux depuis les débuts de la Révolution. Sa principale participation fut donnée à l’Union, aussi appelé Journal de la Liberté. Il s’agissait d’une publication « patriote » qui ne dura que jusqu’en mai 1790 : elle disparut, semble-t-il,  du fait d’un désaccord entre ses rédacteurs et ses bailleurs de fonds. Ces derniers, des marchands anglais, jugeaient la feuille devenue trop favorable aux classes défavorisées, et ils retirèrent leurs fonds. Le journal ne put survivre longtemps. En février 1791 parut brièvement un Surveillant, « journal libre » quotidien qui disparut presqu’aussitôt : Robespierre en était sans doute l’auteur.

Au printemps 1792, les principaux journaux parisiens [1], tenus par les Girondins, menaient activement campagne pour la guerre. En même temps, ils multipliaient les attaques très virulentes contre Robespierre, alors que les quelques journaux montagnards n’étaient guère plus favorables au discours radicalement anti-belliciste de l’Incorruptible. Celui-ci décida de répliquer lui-même par voie de presse et lança un nouveau journal, le Défenseur de la Constitution.

Le journal, qui paraissait toutes les semaines, était composé de cahiers in-8° formant des fascicules de 48 à 64 pages selon les numéros. Il connut douze numéros. Il avait été précédé d’un prospectus de 4 pages. Il était financé par souscription, au prix de 36 livres par an, 21 livres pour 6 mois, 12 livres pour trois mois (ce qui était très cher). Son imprimeur était Léopold Nicolas, dont l’imprimerie était située dans le bâtiment même où logeait Robespierre, chez le menuisier Duplay. Il était diffusé par le libraire Duplain, Cour du Commerce.

Robespierre l’a rédigé presqu’entièrement. Il contient essentiellement des articles politiques et des discours de sa propre plume. Il faut y ajouter des lettres, des comptes-rendus de séances de l’Assemblée Législative et du Club des Jacobins, des nouvelles des opérations militaires. Cinq collaborateurs peuvent être mentionnés : on sait que Lecointre, Duhem, Laveaux, Couthon et Collot d’Herbois en ont écrit certains passages.

Malgré son titre consensuel, le ton en est violent, quoique toujours élevé. Robespierre y dénonce Lafayette, y vitupère la lâcheté de la Législative face à la Cour et aux ministres. Il y poursuit la polémique avec les Girondins commencée aux Jacobins.

Le contenu des douze numéros est le suivant :

  • Exposition de  principes : Robespierre justifie son titre. Alors qu’il a été un des plus virulents adversaires de plusieurs articles de la Constitution au cours de son élaboration (notamment de ceux sur le suffrage censitaire), il estime que désormais la Constitution doit être défendue en tant qu’elle constitue un point de ralliement et d’union des patriotes contres les risques de contre-révolution.

  •  «  Observations sur les moyens de faire utilement la guerre » : il faut prendre garde aux ennemis de l’intérieur autant qu’à ceux de l’extérieur, et ne pas décourager le patriotisme de l’opinion par des mesures coercitives exagérées.

  •  « Réponse de Robespierre au discours de Brissot et Guadet, prononcé le 27 avril aux jacobins », suivie de la décision de la société de désavouer Brissot et Guadet à propos de leurs inculpations contre Robespierre.

  • Article sur « la nécessité et la nature de la discipline militaire » : Robespierre plaide en faveur des simples soldats, qui servent rop souvent de boucs émissaires aux officiers coupables de lâcheté et de trahison.

  • Récit de l’arrestation de Merlin, Basire et Chabot par le juge de paix Larivière, suite à une dénonciation de Carra.

  • Récit de l’arrestation de Lecointre.

  • Critique d’une fausse lettre de Robespierre contre les prêtres, adressée aux auteurs du Journal des Débats et de la Correspondance de la société des amis de la Constitution, publiée dans la Chronique de Paris. Il s’agit d’un faux de Condorcet, qui vise à ridiculiser l’Incorruptible, et celui-ci le dénonce à ses lecteurs.

  • Publication de plusieurs décrets de la Législative, relatifs à diverses questions, et rapport de deux séances : du 16 mai 92 au soir et du 17 mai 92.  

 

3
  • « Considérations sur l’une des causes principales de nos maux » : cet article très long constitue le premier  grand réquisitoire de Robespierre contre les Girondins, surtout Brissot et Condorcet, accusés de pratiquer l’intrigue (« la principale cause nos maux ») dans des buts douteux et d’être des hommes sans moralité.

  • Bref résumé des séances du 28 et du 29 mai, où la Législative se déclara en permanence et licencia la garde du roi. Robespierre émet des doutes sur l’utilité de ces mesures tardives.

  • Lettre « à un député de l’Assemblée Nationale » : peut-être un faux, qui dénonce les nombreuses trahisons et émigrations d’officiers supérieurs dans l’armée française.

  • Extraits des séances du 19 mai, du 20 et du 22 mai de la législative, et décrets rendus ces jours.  

4
  • « Observations sur les causes morales de notre situation actuelle » : dénonciation moralisante des calomnies des aristocrates contre les patriotes, et de l’égoïsme des particuliers systématiquement opposés au bien général.

  • « Des fêtes nationales et des honneurs publics » : mise en garde contre les usages propagandistes qui peuvent être faits des fêtes et réflexion sur les dangers de mal attribuer des honneurs publics.

  • Pétition rédigée par Pierre Dolivier, curé de Mauchamps, à la Législative, pour dénoncer les effets néfastes de la loi martiale dans les communes de Mauchamp, Saint-Sulpice de Favières, Breuillet, Saint-Yon, Chauffour et Breux, et les excès de la répression ordonnée par la Cour à la suite du meurtre de Simoneau à Etampes.  

5
  • Article à propos du projet de Servan, d’un camp de 20 000 fédérés sous Paris. Robespierre dénonce les dangers que représenterait un tel camp, et préconise l’envoi des soldats sur le front plutôt que leur maintien autour de la capitale prétendument pour y faire respecter l’ordre, en vérité pour y écrase toute opposition aux mesures gouvernementales.

  • « Sur le respect dû aux lois et autorités constituées ».

  • Bref récit de la séance des jacobins du 13 juin 92, encadrant le discours prononcé par Robespierre à cette occasion : c’ est une proposition d’alliance aux Girondins, suite au désaccord de ceux-ci avec Dumouriez et avec la Cour

  • Lettre de Strasbourg, communiquée à Robespierre par Laveaux : y sont dénoncées les arrestations abusives de « patriotes », avec la complicité de Dietrich, maire de la ville

  • Lettre de La Harpe au général Wimpfen, au sujet de l’état lamentable de la garnison de Rodemack qui n’est plus payée. Réponse de celui-ci signalant l’incurie de Lafayette et de Servan à ce sujet.

  • Adresse des volontaires de Seine-et-Oise à Servan, sur le non-paiement de leur solde.

  • Article de Lecointre reprochant à Condorcet de soutenir Narbonne.  

6
  • Réponse de Robespierre aux accusations de Lafayette, qui l’avait dénoncé, ainsi que les Jacobins, dans une lettre à la Législative, publiée par la Chronique de Paris. Cet énorme morceau est une charge très violente, jusqu’à l’absurde, contre le « héros des deux mondes », accusé en vrac de césarisme, d’ambition, de haute trahison.

  • Lettre écrite de Trèves « à un député de l’Assemblée Nationale », par un espion français dans les bureaux de Calonne, qui signale une tentative de Lafayette pour entrer en contact avec l’ancien ministre et actuel chef des émigrés.

  • Lettre de Metz, dénonçant des trahisons d’officiers.  

7
  • Nouvelle « lettre » de Robespierre à Lafayette, suite aux lettres de celui-ci à l’Assemblée et au Roi.

  • Lettre des Amis de la Constitution de Strasbourg à ceux de Paris, dénonçant les agissements suspects d’émissaires de Lafayette.

  • Extrait d’une lettre de Lille, au sujet de Luckner, accusé d’être inféodé à la Cour.  

8
  • « Réflexions sur la manière dont on fait la guerre » : Robespierre signale les trop faibles moyens de l’armée française, et s’indigne des piètres résultats obtenus jusqu’alors.

  • « Sur la tactique du général Lafayette » : attaque des agissements de Lafayette, qui a quitté le camp de Maubeuge sans autorisation et s’est permis de parler en maître à l’Assemblée. Un parallèle systématique est établi entre lui et le roi Léopold, au sujet de leurs charges respectives contre les sociétés populaires.

  • « Sur les circonstances actuelles » : Discours prononcé par Robespierre aux Jacobins, le 26 mars 1792. C’est un rappel des tristes conséquences de la guerre et un appel à l’union intérieure.

  • Extrait d’une lettre écrite de Courtrai le 29 juin, rapportant les mouvement de l’armée du Nord, qui vient de prendre la ville.

9
  • Adresse aux fédérés : Robespierre les exhorte à ne pas quitter Paris après la fête de la Fédération, et à « défendre l’état » mis en danger par la mauvaise tournure de la guerre et la probable trahison de la Cour et des autorités gouvernementales.

  • Défense de Pétion et Manuel, qui venaient d’être arrêtés sur l’ordre du président du directoire du département, suite à la journée du 20 juin.

  • «  Opinion de J. M. Collot d’Herbois sur les coupables démarches du général Lafayette » : discours prononcé par Collot aux Jacobins le 8 juillet.

  • Lettre de Rutteau, agent d’observation de Dumouriez et du Comité de surveillance de la Législative à l’armée du Nord. Robespierre en avait obtenu copie de Lecointre, le secrétaire du Comité.  

10
  • Pétition des Fédérés à l’Assemblée Nationale : le texte de la pétition,  rédigé par Robespierre lui-même, fut présenté le 17 juillet à la barre de l’Assemblée. Y sont réclamés la mise en accusation de Lafayette, le licenciement de l’Etat-major, la destitution des directoires de départements ralliés à la cause de Lafayette.

  • Sur la Fédération de 1792 : description de la fête, assortie d’exhortations aux fédérés.

  • Article dénonçant le décret de la Législative qui ajourne la question de la mise en accusation de Lafayette.

  • Adresse des Fédérés « aux quatre-vingt -trois départements » : lue aux Jacobins Le 20 juillet, rédigée par Robespierre, elle dénonce l’incurie de l’Assemblée face aux dangers du moment, et annonce un mouvement de révolte imminent.

  • Extraits d’une lettre de Rutteau à Chambonas, qui fait état des opérations françaises en Belgique.

  • Résumé de la séance de la Législative du 15 juillet, et du décret pris ce jour, relatif à la formation de compagnies de volontaires.  

11
  • « Des maux et des ressources de l’Etat » : discours prononcé le 29 juillet aux Jacobins. Robespierre y dresse un tableau précis de la situation intérieure de la France, et discute la question de la déchéance du Roi, mesure qu’il estime à la fois insuffisante et dangereuse si elle était prise seule, car elle augmenterait les troubles. Il préconise la convocation d’une nouvelle assemblée élue au suffrage universel (la future Convention), détentrice du pouvoir légitime et qui aviserait « aux moyens de sauver l’Etat. »

  • « Sur l’arrivée des marseillais à Paris » : Robespierre signale l’altercation entre les fédérés de Marseille, récemment entrés dans la capitale, et des grenadiers hostiles à la Révolution. Il relie l’incident aux menées secrètes de la Cour et se fait l’écho des bruits qui circulent au sujet de la préparation d’un coup de force armé aux Tuileries.

  • Lettre de Rutteau à Du Bouchage, le nouveau ministre des affaires étrangères. Il raconte un voyage qu’il vient de faire entre Paris et le Nord : il signale l’affolement des populations à l’idée d’une invasion austro-prussienne et la certitude  générale d’une trahison de la part de la Cour et du ministère.  

12
  • « Sur les événements du 10 août 1792 » : ce très long et très détaillé récit de l’insurrection et de ses suites est un documents capital sur le 10 août. Robespierre y met très nettement en lumière le rôle fondamental des sections et fournit une analyse très claire de l’enchaînement des événements. Il donne un récit assez bien documenté (quoique contenant quelques erreurs) de la bataille, bien qu’il n’y ait pas assisté en personne : il a probablement utilisé le témoignage de Westermann. Il approuve la décision prise par l’Assemblée de convoquer une Convention élue au suffrage universel, mais improuve celle qu suspend le roi au lieu de le destituer, et donne un gouverneur au prince royal.

  • Pétition à la législative au nom de la section de la place Vendôme : le texte, écrit par Robespierre, réclame l’érection d’un monument aux morts du 10 août à la place de la statue équestre de Louis XIV détruite par le peuple.

  • Lettre de Rutteau au ministre des affaires étrangères.

  • Pièces diverses  trouvées aux Tuileries, extraits des procès-verbaux des premiers interrogatoires, etc.   

Les événements du 10 août ayant conduit à l ‘abrogation de la Constitution de 1791, Robespierre changea le titre de son journal, qui n’était plus au goût du jour. Le nouveau titre commença de paraître probablement fin septembre 92. Il n’est pas daté, mais il paraissait, comme le Défenseur de la Constitution, tous les dix jours. Il connut deux séries : l’une de douze numéros, l’autre de dix. Robespierre l’abandonna à partir d’ avril 1793 pour des raisons inconnues : peut-être le journal n’était-il pas assez rentable pour survivre.

Les Lettres étaient publiées en format in 8°, sous forme de fascicules d’une quarantaine de pages chacun. Elles étaient, comme le défenseur diffusées par Duplain.

Le ton est le même que celui du Défenseur, principalement de polémique avec les Girondins.

Première série  

1
  • Exposé des principes

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 21 au 25 septembre  

2
  • Séance des Jacobins du 14 octobre : réception et discours de Dumouriez, qui a cette époque bénéficie encore de la confiance de Robespierre.

  • « Sur la conduite de la Convention Nationale envers le général Dillon et sur les principes que les représentants de la Nation doivent adopter dans la guerre actuelle » : Dillon, suspendu pour avoir fait prêter serment de fidélité au roi par ses soldats le 10 août, avait été réintégré par la Convention. Mais il s’était de nouveau signalé par une correspondance personnelle avec le prince de Hesse, où il faisait preuve d’une grande modération. L’Assemblée avait toutefois renoncé à le destituer, ce qui indigne Robespierre.  

3
  • « Sur l’influence de la calomnie sur le cours de la Révolution » : discours prononcé aux jacobins le 28 octobre, où Robespierre se défend âprement contre les attaques des Girondins qui l’accusent d’aspirer à la dictature.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 25 au 30 septembre : il y est essentiellement traité de Roland, dont certains « patriotes » réclament le remplacement. Il a soumis à l’Assemblée un long rapport sur la situation de la France et ses projets d’action.   Robespierre le soutient, non sans exprimer quelques réticences. 

  • Avis aux souscripteurs  

4
  • Réponse de Maximilien Robespierre à l’accusation de M. Louvet devant la Convention Nationale : Louvet, soutenu par les Girondins, avait accusé l’Incorruptible d’avoir « calomnié les plus purs, les meilleurs patriotes », tyrannisé l’assemblée électorale de Paris, organisé les massacres de septembre et « marché au suprême pouvoir ». La réponse de Robespierre fut prononcée devant la Convention le 5 novembre. S’il traite par le mépris l’accusation d’ambitions personnelles de dictature (« il faudrait au moins démontrer au préalable que j’étais complètement fou ») et de tyrannie sur l’assemblée électorale et les jacobins, il en profite pour retourner leur propre machine de guerre à ses ennemis : les Girondins l’attaquent parce qu’ils n’ont pas approuvé le dix août et son caractère radicalement révolutionnaire (« Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? »). Il se justifie sur septembre, assez mal d’ailleurs, et disculpe également le conseil général de la Commune, et termine par un trait cruel mais bien vu, qui entraîne l’adhésion de l’Assemblée : « Ainsi vous ne parliez de dictature que pour l’exercer vous-même sans aucun frein ! Ainsi vous ne parliez de proscriptions et de tyrannie que pour proscrire et pour tyranniser !Ainsi vous avez pensé que, pour faire de la Convention Nationale l’aveugle instrument de vos coupables desseins, il vous suffirait de pronocer devant elle un roman bien astucieux, et de lui proposer de décréter sans désemparer la perte de la liberté et son propre déshonneur. » Les manœuvres de la Gironde pour mettre la main sur l’Assemblée étaient alors si visibles que les députés, qu’elle inquiétaient, donnèrent raison à Robespierre…

  • Compte-rendu de la séance de la Convention du 30 septembre (suite du numéro 3)  

5
  • « Sur le parti à prendre à l’égard de Louis XVI » : Robespierre s’y déclare en faveur d’un procès public, devant la Convention, mais sans longs débats. Le roi a déjà été jugé le 10 août par le peuple, qui l’a condamné, et la Convention ne peut que ratifier le vœu populaire. Le recours aux Assemblées primaires serait inutile et dangereux.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 30 septembre au 17 octobre.  

6
  • « Des papiers publics » : Robespierre met en garde contre les dangers de la liberté de la presse, qui peut-être employée pour des campagnes de diffamations envers des innocents. Il a en tête son propre cas, et son texte est une attaque à peine voilée contre Roland, qui diffusait des textes anti-montagnards par l’intermédiaire de son bureau de formation de l’esprit public.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 18 au 30 octobre.  

7
  • « Réponse de Maximilien Robespierre à Jérôme Pétion » : Pétion, ancien allié de Robespierre à la Constituante, avait pris le parti des Girondins : il avait publié un Discours de Jérôme Pétion sur l’accusation intentée contre Maximilien Robespierre, qui revenait sur le discours de Robespierre du 5 novembre en réponse à Pétion, pour en stigmatiser les accusations, imméritées selon lui, contre la Gironde. Robespierre lui répond sur un ton ironique et méprisant : il examine toute sa conduite à partir du 20 juin, et il lui reproche d’avoir par des paroles et des actes, montré qu’il improuvait le 10 août et regrettait ses conséquences. 
8
  • « Observations sur le projet de supprimer la subvention des cultes religieux par l’Etat » : Robespierre se déclare contre cette suppression, qu’il juge impolitique car la population n’y est pas préparée.

  • Discours de Robespierre à la Convention, « Sur le parti à l’égard de Louis XVI » : il y reprend les idées et les arguments déjà signalés : que Louis XVI soit exécuté sur un simple vote de la Convention destiné à entériner le « jugement » prononcé par le peuple au 10 août.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 1er au 6 novembre.  

9
  • « Sur la police des Assemblées délibérantes » : Robespierre, qui avait été empêché de parler à la séance du 7 décembre par des mouvements de l’Assemblée, demande que le règlement intérieur soit modifié en sorte d’assurer à tous les députés le droit d’être entendus et de voter. Il propose qu’on adopte un autre local que la salle du Manège, et qu’on permette à « au moins dix mille citoyens » se suivre les débats dans les tribunes.

  • « Sur les subsistances » : discours prononcé par Robespierre à la Convention le 2 décembre : c’est le premier texte où il commence à remettre en cause la propriété, non comme droit, mais comme valeur. On y trouve le passage fameux : « Quel est le premier objt de la société : c’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister . La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister. Toutes les autres ont subordonnées à celles-là. La propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter : c’est pour vivre qu’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes. Les aliments nécessaires à la vie de l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société même. »

  • Extrait d’une lettre de Dubois-Crancé « à ses commettants », lue aux Jacobins le 2 novembre, qui est un pamphlet violent contre Roland et les Girondins.

  • Compte-rendu des séances de la Convention, sans date : il s’agit d’un résumé des séances du 13 novembre au 11 décembre, qui portèrent sur le procès de Louis XVI.  

10
  • « Deuxième lettre de Maximilien Robespierre, en réponse au second discours de Jérôme Pétion » : Pétion avait répondu à la première Lettre de Robespierre par des Observations de Jérôme Pétion sur la lettre de Maximilien Robespierre. Robespierre lui répond à son tour, toujours sur le ton de l’ironie mais de manière plus grinçante. Il reprend les principales accusations de Pétion et les réfute non sans amertume et colère, particulièrement celle d’avoir été  en secret sinon vendu, du moins favorable à la Cour.  
11
  • « Sur la proposition de bannir tous les Capets » : Robespierre, sans y être foncièrement hostile,  la considère avec méfiance, car il y voit une manœuvre dilatoire destinée à retarder le procès de Louis XVI lui-même, et une intrigue des Girondins : Philippe-Egalité jouirait de la sorte d’une sympathie populaire qui pourrait s’avérer dangereuse et entraîner un appel au peuple.

  • « Sur l’Ostracisme » : réfutation ironique de diverses propositions, émanées des Girondins, d’instituer une forme d’ostracisme en France.

  • « Du pouvoir des représentants les uns sur les autres » : Robespierre s ‘élève contre la proposition de Guadet que la Convention puisse voter l’exclusion de certains de ses membres

  • « De la conduite qu’un peuple libre doit tenir à l’égard des parents d’un tyran détrôné » : reprise des arguments contre le bannissement des membres de la famille de Louis XVI.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 10 au 13 décembre.  

12
  • « Second discours de Maximilien Robespierre sur le jugement de Louis Capet » : discours prononcé à la Convention le 28 décembre, suivi de plusieurs commentaires hostiles publiés dans les journaux girondins. Robespierre y développe longuement son argumentation contre l’appel au peuple  sur la sentence que rendrait la Convention lors du procès de Louis XVI : l’urgence de la situation, le risque de manipulation des Assemblées primaires par des adversaires de la Révolution rendrait l’appel dangereux. Son usage ne serait pas malgré les apparence respecter la souveraineté du peuple, mais l’instrumentaliser pour mieux la trahir et la détruire.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 26 au 31 décembre.  

 


Deuxième série  

1
  • « Lettre de Maximilien Robespierre à MM Vergniaud, Gensonné, Brissot et Guadet sur la souveraineté du peuple et sur leur système de l’appel du jugement de Louis Capet » : reprise des arguments du discours du 28 décembre.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 31 décembre et du 1er janvier 1793 (portant sur la question de l’appel).  

2
  • « Observations générales sur le projet d’Instruction Publique proposé à la Convention Nationale » : il s’agit du projet d’organisation d’écoles primaires, présenté, au nom du Comité d’Instruction Public, par Lanthenas, et vivement combattu par nombre de députés, dont Romme et Rabaut Saint-Etienne qui avaeint présenté des projets concurrents. Robespierre, qui adoptera pour sa part le projet de Lepeletier de Saint-Fargeau, qui à l’époque n’était pas connu, donne ici son avis de façon générale : il réprouve fortement le plan du Comité d’Instruction Publique qui lui paraît « ne pas mériter d’être discuté ».

  • « Opinion de Camille Desmoulins, député de Paris à la Convention Nationale, sur la question de l’appel au peuple dans le procès de Louis Capet. » Desmoulins n’ayant pu prononcer son texte à la Convention, Robespierre se chargea de la diffuser. C’est une reprise mécanique, violente et chargée d’érudition, de ses propres idées et de ses attaques contre les Girondins. Une note de Poultier, député du Nord, suit le texte : elle dénonce les entreprises d’obstruction des membres de la Gironde pour empêcher les députés montagnards de s’exprimer à la Convention.  

3
  • Article sur l’exécution du roi et le meurtre de Lepeletier.

  • « Opinion de François-Paul-Nicolas Anthoine, député de la Moselle, sur le jugement de Louis, ci-devant roi des français. »

  • Diverses adresses : des Jacobins à leurs sociétés affiliées (rédigée par Robespierre pour annoncer la mort de Louis XVI), des citoyens de Toulouse à la Convention (contre l’appel au peuple), et des Républicains d’Arras à la Convention (contre Roland, à propos de son action douteuse au moment de la découverte de l’armoire de fer et de ses entreprises de propagandes)

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 1er au 3 janvier.  

4
  • Article sur l’évolution de la guerre : Robespierre rappelle les maux que la guerre contre la coalition entraînent en France, notamment pour les pauvres que les nécessités de l’approvisionnement des armées rendent particulièrement vulnérables, et les dangers qu’elle fait courir à la liberté.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 4 au 21 janvier.  

5
  • Article sur la situation de la France suite à la déclaration de guerre à l’Angleterre. Robespierre réclame l’établissement d’un comité destiné à recevoir les plaintes des soldats contre leurs officiers : de la sorte le moral des troupe républicaines ne serait pas atteint par des abus d’autorité de la part de l’Etat-major. Par ailleurs, il appelle au respect, de la part des armées en guerre, des peuples combattus. Il met en garde contre les dangers d’oppression et de spoliations qui tourneraient contre la France révolutionnaire les populations de l’Europe, et signale la nécessité de respecter strictement les personnes et les biens des ennemis momentanés [2].

  • « Sur l’organisation du ministère de la guerre » : introduction, contre le projet d’Economat National de Sieyès, favorable à une concentration des pouvoirs entre les mains d’un comité de militaires nommés par le ministère, du projet concurrent de Fabre d’Eglantine, qui propose une « décentralisation » du processus de réquisition, en chargeant  les communes de l’organisation de la réquisition.  

6
  • Article sur les subsistances, faisant suite à une pétition de la Commune. Robespierre dénonce les menées démagogiques des Enragés, qui cherchent selon lui à détacher le peuple de la Convention en exploitant la crise alimentaire due à la guerre. Il réclame que la Convention commence à mettre au point un système d’aide sociale cohérent pour lutter contre la misère.

  • « Observations sur le plan d’organisation de l’armée, proposé par Dubois-Crancé au nom du Comité militaire ». Robespierre appuie chaleureusement ce projet qui propose l’amalgame, et l’élection des officiers par les troupes à tous les degrés de l’armée.

  • Deux lettres de Merlin, commissaire à l’armée du Rhin, au sujet des positions de l’armée et de l’attitude des officiers. Il fait état de la question de Mayence, que Custine refusait d’abandonner malgré les ordres du ministre de la guerre, Beurnonville.

  • Compte-rendu de la séance de la Convention du 23 janvier.  

7
  • « Sur la situation des affaires publiques » : follement optimiste pour une fois, Robespierre annonce la prochaine victoire des armées françaises, et fait état des « progrès de l’esprit public »

  • Adresse des « Républicains  Marseillais » à Barbaroux, considéré comme infidèle à ses commettants.

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 23 au 28 janvier.  

8
  • « Observations sur la loi des émigrés » : Robespierre réclame un renforcement de la législation contre les émigrés, qui rentrent en France trop facilement, et la création d’un organisme spécialement chargé de la faire appliquer.

  • Adresse des jacobins aux sociétés affilées, sur les troubles du 25 février. Rédigée par Robespierre, elle fut lue le 1er mars. Elle désavoue entièrement le mouvement populaire contre les épiciers, et en attribue l’origine à des intrigants royalistes qui ont trompé le peuple [3].

  • Compte-rendu des séances de la Convention du 28 au  30 janvier, au sujet de la réorganisation du ministère de la guerre et de celle des hôpitaux.  

 

9
  • « Sur les troubles de Paris » : à propos des troubles des 8 et 9 mars, qui ont abouti à la création du Tribunal révolutionnaire, Robespierre rappelle les divers troubles d’origine populaire qu’a connu Paris depuis le début de la Révolution et leurs conséquences : il rappelle qu’il ne faut pas confondre les grands mouvements, authentiquement populaires, qui ont permis de faire avancer la Révolution, et les mouvements fomentées par des agitateurs aux vues douteuses : ces derniers visent à calomnier Paris auprès des départements. Il préconise pour y mettre fin une répression accrue envers les contre-révolutionnaires, et des lois susceptibles de « soulager la misère publique » sur laquelle spéculent les ennemis de la Révolution.

  • « Opinion de Robespierre sur les mesures à prendre envers la famille de Capet » : Robespierre reprend finalement la proposition du bannissement pour toute la famille royale. Le procès de Louis XVI terminé, une telle mesure ne présente plus le caractère dilatoire qu’elle avait durant ce procès, quand elle avait été proposée par les Girondins. Il réclame également la traduction de Marie-Antoinette devant la Tribunal Révolutionnaire.

  • « Des causes de nos revers et de la discipline » : Eloge des soldats contre leurs officiers, et réfutation des écrits de Dumouriez qui imputait ses défaites (notamment celle de Neerwinden) à l’indiscipline qui régnait chez ses troupes : Robespierre réclame que l’égalité des peines et de leur application soit décrétées entre les soldats et les officiers, que la trahison de plusieurs généraux que couvre Dumouriez soit reconnue, et ces généraux remplacés.

  • Diverses adresse : des administrateurs composant le conseil-général du Bas-Rhin à la Convention Nationale : réclamation contre l’acquittement de Dietrich, maire de Strasbourg, soupçonné de collusion avec Lafayette, lettre des sans-culotte de Manosque aux Jacobins, adresse des jacobins d’Arles aux représentants, du Comité de Correspondance et de Surveillance de Strasbourg aux jacobins (dénonciation de Gorsas).  

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  • « Sur la conspiration tramée contre la liberté » : discours de Robespierre pronocé à la Convention le 10 avril.

  • Projet de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : c’est le projet personnel de Robespierre, qu’il lut à la Convention le 24 avril. Il est remarquable par une restriction du droit de propriété (droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi, … borné, comme les autres droits, par l’obligation de respecter les droits d’autrui), l’affirmation du droit de tous au travail et aux secours publics en cas d’incapacité, droit à l’instruction, droit à l’insurrection en cas d’abus du gouvernement...  

Les journaux de Robespierre sont des documents remarquables, à plusieurs titres uniques dans le corpus des journaux révolutionnaires. Il ne s’agit pas de journaux d’information, mais principalement d’ « armes » dirigées par l’Incorruptible contre les divers ennemis rencontrés au cours de ses combats politiques : nés de sa lutte du printemps 92 contre le parti de la guerre, ils dénoncent les menées malfaisantes de la Cour, des Girondins et de Lafayette. En même temps, ce sont des outils de défense personnelle et d’auto-promotion (les deux sont inséparables chez Robespierre), et des véhicules de l’analyse politico-historique des événements révolutionnaire, matînée du discours moralisant si caractéristique de leur auteur. Robespierre met en œuvre divers genres dans ses publications.

Le style de Robespierre est le même dans les journaux qu’à la tribune des Assemblées ou des Jacobins : aussi a-t-on parfois pu écrire que ses feuilles n’étaient que des « recueils de discours », ce qui n’est pas exact. Il met en œuvre dans ses articles la même rhétorique très travaillée, riche et souvent lourde que dans ses discours, la même complexité de développement qui peut aller jusqu’au ressassement, la même ornementation érudite et parfois pédante. Il y fait davantage usage contre ses adversaires d’une ironie mordante et d’un humour souvent très noir, pas toujours de bon goût. Admirateur de La Bruyère, qu’il s’efforce quelquefois d’imiter (notamment dans la controverse avec Pétion où il s’applique longuement à ridiculiser le maire de Paris, celui « de tous les hommes le plus philosophe, celui qui supporte avec le plus de patience le malheur des autres »), il n’en a pas le talent, malgré une indiscutable habileté et beaucoup de fiel.

Si une partie du contenu des journaux relève donc de la polémique personnelle, ils proposent aussi des analyses politiques des divers événements de la Révolution, et sur ce point Robespierre est incomparable : ses explications du double jeu de la Cour, ses mises en garde contre la guerre et ses dangers, césarisme ou nationalisme, ses réflexions sur les mécanismes des diverses révolutions européennes et leurs liens avec celle de France, son examen minutieux du double langage des politiques et des militaires, font de lui, aujourd’hui encore, un des commentateurs les plus lucides et les plus passionnants des épisodes de la période 92-93, qu’on lui donne raison ou tort. Ni sa tendance à l’égocentrisme, ni son faible pour les querelles personnelles, ni l’aspect moralisant, parfois (pas toujours) vieilli de ses exhortations, ni la rhétorique et le goût du pathos, par lesquels il appartient à son siècle, ne peuvent diminuer la force de ses réflexions et de ses analyses. Robespierre n’est pas, dans ses journaux, un grand journaliste révolutionnaire comme Marat ou Desmoulins : c’est un homme public habile et soucieux de promotion personnelle, un polémiste parfois cruel,  mais surtout un commentateur politique de premier ordre des événements de son temps.


[1] La Chronique de Paris de Condorcet, les Annales Patriotiques de Carra, le Courrier des Quatre-vingt-trois départements de Gorsas, le Thermomètre du jour de Dulaure, le Patriote Français de Brissot, etc.

[2] L’opinion de Robespierre s’inscrivait fortement en faux contre la politique réellement mise en œuvre dans les territoires conquis par les Girondins, qui étaient favorables à l’inféodation complète des pays soumis à la France, tant sur la plan institutionnel que le plan financier : Brissot et Cambon (alors Girondin) n’avaient jamais fait mystère de leurs intentions en la matière : la guerre et les conquêtes devaient servir à alimenter les caisses de l’État.

[3] Il s’agit d’une attaque déguisée contre les Enragés, principaux promoteurs et acteurs des pillages d’épiceries du 25 février.



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© Claudine Cavalier 2005-2006
Notes et Archives 1789-1794