
Le Journal de l'Ain
Texte par Jérôme Croyet
Docteur en histoire, archiviste adjoint aux AD Ain, collaborateur du magazine
Napoléon 1er
Soumis le 16/02/2006
Sans doute avec l'exemple lyonnais, (d'une importante émergence journalistique), les patriotes de l'Ain ont mis au point leur journal en 1792 : le Journal du département de l'Ain. Les rédacteurs en sont Jean Antoine de Rostaing et les citoyens Duparc et Georges Sibuet.
Jean Antoine Rostaing est né le 15 mars 1764 à Talissieu dans le Valromey, son père est le marquis Just-Antoine de Rostaing. Il a combattu en Amérique aux côtés des Insurgés. Jean Antoine quitte l'Ain pour se rendre à Paris où il travaille à la Régie Générale des Aides pendant une dizaine d'année avant de travailler pour l'administration de la Caisse de l'Extraordinaire. En 1791 il est à Bourg où il occupe la place de Visiteur Principal des Rôles. Sociétaire actif au sein de la société des amis de la constitution de Bourg (il prononce un virulent discours contre Louis XVI le 24 juin 1792), il s'engage comme volontaire dans les bataillons de l'Ain. Officier payeur à l'Armée des Alpes, il ne tarde pas à être nommé commissaire des Guerres le 19 novembre 1792. Il est suspendu de son poste après la chute de Lyon et est emprisonné à Lyon le 8 décembre 1793. Acquitté par la Commission Militaire il retourne à Talissieu d'où il fuit en Suisse après qu'on lui fait savoir qu'il va être de nouveau arrêté. C'est en Suisse qu'il rencontre Brillat-Savarin; Soucieux de séparer leur cause de celles des émigrés royalistes, les deux hommes décident de quitter la Suisse pour les Etats-Unis, et s'embarquent le 12 juillet 1794 sur le Friendship à Rotterdam. Ils atteignent New York le 30 septembre 1794. Jean Antoine Rostaing obtient sans difficulté un poste dans les bureaux du consulat de France. Dès que la situation le lui permet, il regagne la République Française le 26 mai 1795 à bord de la Sémillante. Il débarque à Lorient avec un titre d'officier. Les deux hommes restent en correspondance soutenue de 1795 à 1818.
Georges Sibuet est né à Belley le 25 novembre 1767. Fère du général Benoit-Prosper Sibuet. Il est homme de loi à Paris en 1791. De retour à Bourg, il devient un protégé de Gauthier des Orcières. Il est le défenseur du citoyen Julliéron (de Bourg) à la cour de cassation lors d’une affaire en Juillet 1792. Rédacteur du Journal de l'Ain de Mars à Septembre 1792. Membre de la société populaire des Amis de la Constitution de Bourg de 1792 au 17 Septembre 1793. Secrétaire de la société des Amis de la Constitution de Bourg de Aôut à Septembre 1792. Il propose à la séance de la société populaire de Bourg, le 15 Août 1792, une adresse à l’Assemblée qui prononce la déchéance du Roi, lors de la même séance, il propose aussi d’adresser une lettre de félicitation à Deydier, député de l’Ain. Commissaire de la société populaire de Bourg le 19 Août 1792, pour examiner les comptes de la société. Le 22 Août 1792, il demande lors de la séance de la société populaire que soit rédigée une pétition individuelle afin que les administrations enlèvent les tableaux des rois, des princes présents dans leurs locaux. Elu membre du bureau de conciliation de Bourg le 21 Novembre 1792. Envoyé comme commissaire civil du pouvoir exécutif dans la province d’Ostende aux Pays Bas le 16 janvier 1793. Auteur d’un discours prononcé à Bruges le 28 janvier 1793. Lors de la trahison de Dumouriez, il réussit à lui échapper alors que ce dernier l’avait mis en état d’arrestation. Le 1er juin 1793 il est nommé accusateur public auprès du tribunal militaire de l’armée des Alpes. Nommé juge au tribunal de cassation le 1er ventôse an 2. Fondateur de l’Ami des Lois, à Arras en 1795. Nommé juge à la cour d’appel de Bruxelles le 29 juin 1800. Démissionne en 1802. Participe à la formation de la Banque de France, ce qui augmente ses richesses. Propriétaire de l’hôtel de Mlle de Condé à Paris et d’un château à Soisy-sous-Etoiles. Généreux et accueillant il y reçoit beaucoup de monde. Nommé président du tribunal de première instance de Corbeil le 16 juin 1808. Elu membre de la Chambre des représentants par le collège de Corbeil durant les Cent Jours. Fondateur, avec Châtelain et Valentin Delapelouse du Courrier Français. Il épouse Marie-Victorine-Adélaïde Guyet. Il décède le 14 janvier 1828.
Le Journal de l'Ain est une feuille imprimée ou une brochure de format in°8 qui parait le vendredi. Son existence est en d'environ 6 mois. On peut supposer qu'il parait d’avril 1792 à septembre 1792. Dès le 8 avril 1792, Sibuet fait circuler des prospectus du Journal de l’Ain à Bourg et à Nantua et explique sa démarche : “ j’ai l’honneur de vous adresser quelques prospectus d’un journal que les circonstances et notre position peuvent rendre d’un intérêt général et qui du moins sera d’une utilité particulière aux districts et municipalités du département ” [1]. Gauthier des Orcières, procureur général syndic du département, apprend “ avec plaisir l’établissement d’un journal dans notre département ” [2]. Il se montre très favorable à sa parution, d’autant plus qu’ ”un pareil ouvrage est indispensable pour instruire les citoyens de tout ce qui se passe dans l’intérieur de leur département ” [3]. Le 10 avril 1792, il fait passer des prospectus du Journal de l’Ain aux districts bugistes (Nantua et Belley).
Organe de la société populaire des amis de la constitution de Bourg, le Journal de l'Ain est connu des sociétaires, puisque l'on fait appel à ses services par deux fois (les 1er juillet 1792 et 4 juillet 1792) pour y consigner deux affaires politiques.
L'une est le résultat malheureux du pourvoit en cassation à Paris du citoyen Julliéron : "une lettre de monsieur Sibuet défenseur de Julliéron près le tribunal de cassation qui informe la société que ce tribunal n'a pas eu égard aux moyens proposés par Julliéron et qu'il a confirmé son jugement; il envoi à cet infortuné 150 livres que sa famille lui avait remis pour les frais de son transport à Paris. . . Monsieur Rostaing a demandé à ce sujet . . . de faire mention honorable sur le registre du dévouement généreux de ce citoyen (Sibuet). Monsieur Duhamel en appuyant vivement la proposition a demandé par addition que cet acte de générosité fut annoncé aux journalistes patriotes pour le consigner dans leurs journaux "[4]. La seconde affaire est une adresse des amis de la société de Besançon : "Lecture a été faite d'une adresse des amis de la société de Besançon du premier juillet par laquelle ils annoncent que Simard l'un des membres rédacteurs du journal du département du Doubs vient d'être dénoncé à l'accusateur public pour raison de l'article du numéro 63 dont ils envoient copie, ils nous invitent d'en faire part aux journalistes patriotes de notre ville, afin qu'ils le rendent public. Après une lecture. . . il a été arrêté qu'on le remettrait à Mr Rostaing pour en faire mention dans son journal de ce département" [5].
On peut penser que ce journal a un but éminemment politique de défense des patriotes et en ces temps de troubles (chute de Louis XVI), il constitue pour le parti patriote de Bourg un puissant outil de propagande. Le journal a une certaine résonance régionale puisque les sociétaires de Besançon font appel à son soutien pour défendre la cause de leurs membres. Les frais d'impression du Journal de l'Ain sont pris en charge par la société populaire de Bourg (le 13 juillet 1792, messieurs Bottier et Legrand demandent 136 livres de frais d'impression à la société populaire de Bourg). Sa diffusion est sans doute départementale et est le fait de patriotes, en effet, dès sa parution le maire de St Rambert souscrit, pour la municipalité, un abonnement de 3 mois, au prix de 5 livres.
Mais cette tentative de mise en place d'un périodique dans l'Ain ne résiste pas aux nouvelles conjonctures financières que la société populaire de Bourg rencontre à la fin 1792 et au départ de son principal rédacteur, Jean Antoine de Rostaing.
Il faut attendre la mise en place du Gouvernement Révolutionnaire dans l'Ain entre nivôse et ventôse an II pour que réapparaisse un journal fait dans l'Ain et ayant pour destinataire les habitants de notre département.
[1] Lettre de Sibuet, 8 avril 1792. A.D. Ain 2L.
[2] Lettre de Gauthier des Orcières au district de Nantua, 10 avril 1792. A.D. Ain 2L.
[3] Lettre de Gauthier des Orcières au district de Nantua, 10 avril 1792. A.D. Ain 2L.
[4] Registre de délibération de la société populaire des amis de la constitution de Bourg. A.D.A. série L fonds non classé, séance du 1er juillet 1792.
[5] Registre de délibérations de la société des amis de la constitution de Bourg, Op.cit, séance du 4 juillet 1792.
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Jérôme Croyet 2006 |