
Le
Courrier de Provence
Texte par Claudine
Cavalier
Soumis le 09/11/2005
Les débuts de Mirabeau dans le journalisme remontent aux jours précédant la réunion des Etats Généraux, avec la publication d’un journal intitulé les Etats Généraux qui ne connut qu’un prospectus et deux numéros (respectivement des 2 et 5 mai 1789). Un article hostile à Necker et l’affirmation que la France avait besoin d’une constitution suffirent à faire interdire ce premier essai. Mirabeau lança aussitôt une autre feuille, les Lettres à ses commettants, qui dura jusqu’au 25 juillet et comprit dix-neuf numéros. Il s’agissait de récits, très précis et presque au jour le jour, des événements parisiens, assortis de commentaires à chaud. Mirabeau justifiait pleinement la décision du Tiers Etat de se proclamer Assemblée nationale, ainsi que les violences populaires dont il rappelait qu’elles ne constituaient qu’une faible réponse aux violences officielles de la monarchie : « Si la colère du peuple est terrible, c’est le sang-froid du despotisme qui est atroce ; ses cruautés systématiques font plus de malheureux en un seul jour que les insurrections populaires n’immolent de victimes pendant des années. »
A partir du numéro 20, le journal changea de nom et prit le titre de Courrier de Provence. Jusqu’alors publié irrégulièrement, au gré des événements, il devint périodique (trois sorties par semaine). Composé de 16 à 40 pages in 8° par numéro, il coûtait douze livres par trimestre.
Comme les Lettres, le Courrier contenait surtout des comptes-rendus très précis des séances de l’Assemblée, accompagnés de commentaires ponctuels et d’analyses théoriques développées sur la plupart des questions traitées par les Constituants. Mirabeau en fit un outil de propagande très efficace contre Necker et ses plans financiers : peu versé en économie, il s’y faisait l’écho docile des théories de Clavière et du milieu des hommes d’affaires genevois avec lequel il était lié de longue date. Il consacrait également une large partie de sa feuille à sa promotion personnelle, insérant dans chaque numéro ses propres discours, souvent dans des éditions considérablement retravaillées et allongées. On y trouve donc l’apologie de ses propres idées, que ce soit sur la question de l’organisation du pouvoir, sur celle du veto royal ou de la rémunération des députés ou sur bien d’autres encore, ainsi que des analyses détaillées de ses ouvrages politiques au fur et à mesure de leur parution. Le Courrier constitue de la sorte, davantage qu’un véritable organe de presse sur la Révolution, un journal sur Mirabeau composé par lui, puis, quand il cessa d‘y participer, pour lui. Mais les analyses d’ensemble qui ouvrent chaque numéro, qui portent sa griffe inimitable, suffisent à en faire, malgré son caractère de propagande personnelle, un des plus précieux commentaires existants sur les années 1789 et 1790.
La part prise par Mirabeau lui-même à la rédaction du journal diminua malheureusement assez vite, et c’est progressivement son « atelier » qui prit en main la quasi-totalité du travail. A partir de janvier 1790, il semble ne plus y avoir écrit lui-même, en dehors des discours de lui qui continuèrent toujours d’y être publiés (du moins pour ceux qui sont authentiques).
La collection complète du journal comporte 350 numéros et se termine en septembre 1791, à l’acceptation de la Constitution. Mirabeau lui-même était mort le 3 avril précédent.
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Claudine
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