La Chronique du Mois
Texte par Claudine Cavalier
Soumis le 05/02/2005


La Chronique du mois fit suite à la Bouche de Fer, dont Bonneville avait dû interrompre la publication après le massacre du Champ de mars. A l’origine, elle comptait quatorze auteurs, tous déjà connus dans le champ du journalisme révolutionnaire ; chacun était chargé d’une matière principale :
Clavière : finances
Condorcet : législation et instruction publique
Mercier : abus sociaux et politiques
Auger : histoire des constitutions
Oswald : rapports franco-anglais
Bonneville : présentation des séances de l’Assemblée
Bidermann : commerce
Broussonnet : économie rurale et manufactures
Guy-Kersaint : marine et colonies
Brissot : politique et législation
Garran de Coulon : justice
Dussaulx : politique générale
Lanthénas : idem
Collot d’Herbois : idem.

La forme du journal, qui paraissait mensuellement, était imitée de celle des Monthly Reviews anglaises, comme le précisait Bonneville dans le prospectus de présentation. Il commença de sortir en décembre 1791. Son but était à l’origine de proposer au public cultivé et aisé un tableau d’ensemble des questions politique, sociale et économique en France, d’un haut niveau de réflexion en même temps que d’un « patriotisme » éprouvé. Les articles, rédigés par des spécialistes, devaient constituer des sommes érudites et précises.

Les débuts de la Chronique atteignirent parfaitement leur but. Les deux premiers cahiers furent entièrement rédigés par Clavière, exposant en détail le système financier français et les diverses opérations de la Constituante dans ce domaine. Suivit, par Bonneville, un long tableau d’ensemble des actes de la  Législative, présentés de façon analytique et classés par domaine, sous le titre de Nouveau Code. La revue permettait de la sorte à ses lecteurs de connaître avec précision les résultats concrets des travaux parlementaires. Condorcet donna de nombreux articles sur le fonctionnement de la démocratie représentative, et les divers spécialistes écrivirent chacun dans sa partie de très bons textes. En mai 92 parut la traduction par Condorcet de la Réponse de Thomas Payne à quatre questions sur les pouvoirs législatif et exécutif, un des importants textes théorique du philosophe et politique américain.

Mais la Chronique ne sut pas se tenir à son projet d’origine. Elle épousa rapidement, et violemment, la querelle entre les futurs Girondins et leurs adversaires. Tout en continuant à fournir des textes originaux de haute valeur, bien que le nombre de ses collaborateurs se retreignît assez vite, elle entreprit de publier des extraits du Patriote Français de Brissot, et finit par être presque entièrement composée de textes de ce dernier et de Condorcet, qui le secondait dans son affrontement avec Robespierre. Devenue de la sorte l’organe principal de la lutte antijacobine et surtout antirobespierriste de la Gironde, elle perdit sa forme première et tourna à la feuille polémique, toujours de très grande qualité du reste. Après le 10 août, Bonneville y ajouta de nombreux articles qui étaient autant de charges virulentes contre la Commune insurrectionnelle et contre Danton, nouveau ministre de la Justice.

Sous la Convention, Condorcet reprit à sa charge le compte-rendu des opérations de l’Assemblée, qu’il présenta par ordre chronologique et non plus analytique. Il promettait de renoncer à la polémique : « Aujourd’hui, nous nous contenterons de présenter, jour par jour, le précis des opérations de la Convention Nationale, avec le texte de ses décrets, sans toutefois descendre à des détails polémiques, indignes de ses moments, de ses fastes et de notre plume. » Dans la pratique, après des articles consacrés aux principes de la démocratie et aux modalités de son fonctionnement, essentiellement attachés à défendre la notion de représentation mise en cause par le mouvement populaire, le journal revint à la guerre contre la Montagne en voie de constitution. Il attaqua fortement les « démagogues » et leur clientèle populaire, sans grand succès. Il ne survécut qu’un mois au 31 mai et disparut en juillet 93.



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© Claudine Cavalier 2005-2006
Notes et Archives 1789-1794