La Vendée et la Révolution Française
Texte par Christine Duranteau
Soumis le 13/01/2002.


 

" Il faut considérer la Révolution Française comme un événement du monde entier.... Ce fut un merveilleux lever de soleil et tous les êtres pensants ont célébré cette époque avec le peuple français. " (Hegel)

La France entre dans une aventure où l’excellent va se mêler au pire. Les sottises et les crimes s’accumulent, mais aussi les actions d’éclat. De hauts faits militaires succèdent à des massacres d’innocents. A côté de réformes heureuses et d’actes d’héroïsme, le sang coule.

La guerre de Vendée est la plaie suppurante de la Révolution Française. La révolte éclate en Mars 1793 mais le feu couve depuis bien des mois. Les paysans de l’Ouest n’ont jamais admis la Constitution Civile du Clergé et la mort du roi. A la connaissance du décret de la levée en masse, le tocsin sonne, les hommes s’arment et la guerre civile est engagée.

La Vendée en 1789

Face à la crise financière, le Roi convoque en Mai 1789, les États-généraux :

" ... Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons ... pour Nous conseiller ... pour Nous faire connaître les souhaits et les doléances de nos peuples ... de manière qu’il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l’État. "

Chaque paroisse doit rédiger son cahier de doléances, futur instrument de travail de l’Assemblée. Que montrent ces cahiers ? Le paysan vendéen déplore les mêmes maux et sollicite les mêmes réformes que les paysans de la France entière. Les revendications touchent à la vie politique et administrative, à l’économie, aux injustices sociales, à la misère du peuple et à la justice.

Il n’attaque ni l’autorité, ni la hiérarchie de l’Église mais il demande une définition claire de la dîme (portion des fruits de la terre prélevée au moment des récoltes au profit de l’Église) et la suppression du droit de boisselage (un boisseau de blé par habitant exigé par le curé) qui frappe indistinctement les pauvres et les riches.
Il demande une égalité devant l’impôt, la suppression de la gabelle (impôt sur le sel) et proteste devant les servitudes féodales et les corvées. En 60 ans, globalement la masse de l’impôt a doublé et cette augmentation flagrante est très mal ressentie.
Une question réclame l’intervention royale : la milice. Elle concerne tous les célibataires entre 18 et 40 ans auxquels peuvent s’ajouter les hommes mariés ou veufs sans enfant. La durée du service est de 6 ans. Une sanction de dix années supplémentaires est infligée au milicien qui manque une convocation. Les hommes de la terre sont très mécontents de cette situation.

L’année 1789 est celle de la grande espérance pour le paysan vendéen qui accueille très favorablement les principes fondamentaux de la Révolution. Il pense que les États-généraux vont prendre rapidement les mesures qui s’imposent pour alléger les impôts et mettre fin à la misère.

La révolution suit son cours et les lois s’appliquent, même les plus épineuses ne soulèvent pas de difficulté sérieuse. Les municipalités unanimement acceptées sont mises en place. La population espère faire entendre ses revendications par l’intermédiaire de ses nouveaux représentants. Mais les municipalités, inexpérimentées, vont s’appuyer sur les autorités supérieures (le district, le département,...). Le décret de l’Assemblée Nationale de Décembre 1789 précise qu’elles " seront entièrement subordonnées aux administrations du département et du district... ".
Les vendéens devront donc se soumettre à des avis venant de l’extérieur, c’est la mort de leur autonomie à laquelle ils sont très attachés. Les administrations deviennent très vite impopulaires.

En Décembre 1789, commence à s’exécuter la vente des biens de l’Église. Dans l’ouest les bourgeois achètent 70% des biens mis en vente et deviennent les principaux bénéficiaires de la révolution. Les bourgeois " patriotes " ont acheté les châteaux, les églises et les bonnes terres.
Les riches sont donc devenus plus riches, et les pauvres sont restés pauvres.

Des premiers troubles à l’insurrection

De plus, la pression anticléricale s’accentue. Le 13 Février 1790, l’Assemblée Constituante décrète la suppression des ordres religieux et le 12 Juillet, elle vote la Constitution Civile du clergé. Les ecclésiastiques qui refusent de prêter serment doivent renoncer à leur ministère.

En Vendée, l’émotion suscite en plusieurs endroits des troubles. Le paysan traditionaliste et religieux, est très attaché à son curé dont l’influence intellectuelle et morale est importante. En plus de son rôle de pasteur, le curé dirige l’école et sert d’exécuteur testamentaire. La résistance des prêtres est encouragée par la population et un peu partout, l’ " intrus " (curé ayant prêté serment à la Constitution) est chassé de l’église. Mais déjà, ceux qui se rendent à la messe du curé assermenté sont des " patriotes " et ceux qui assistent à l’office du curé réfractaire sont des " aristocrates ".
La population se divise et la politique se confond avec la religion.

Dès les premiers mois de 1791, l’Assemblée fait un pas en arrière en votant un décret autorisant les prêtres réfractaires à célébrer la messe dans les églises. Mais un deuxième article stipule que ces établissements seront fermés si des discours contre la Constitution Civile y sont faits. La colère monte, l’Assemblée décide d’envoyer des commissaires dans les départements pour connaître la cause du mécontentement. Leur rapport met en avant l’attachement du vendéen à sa religion, l’influence du Clergé, et conclut à la prudence ...

Que fait la noblesse vendéenne ? S’ils veulent conserver leur grade dans l’armée, les nobles doivent prêter serment à la Constitution condamnée par leurs prêtres. Ils font passer leurs soucis religieux avant leur fidélité dynastique : ils brisent leur carrière et rentrent dans leur foyer.
De futurs chefs vendéens abandonnent leur grade tel Bonchamps, capitaine de grenadiers, mais aussi Marigny, D’Elbée, Charette. De même, d’autres désertent les municipalités ou quittent leur poste dans la Garde Nationale.

La population manifeste différemment son insatisfaction : ils boudent les nouvelles fêtes, refusent de former les Gardes Nationales, négligent les impositions et font circuler de nombreuses pétitions contre la fermeture des églises et le départ des "bons" prêtres. Ils multiplient les réunions clandestines et sont au bord de l’insurrection.

La monarchie est renversée le 10 Août 1792. La République est proclamée par la Convention Nationale le 22 Septembre et l’arrestation du Roi et de sa famille est décidée.
Le 21 Janvier 1793, le Roi est exécuté place de la Révolution. Cette nouvelle fait en Vendée l’effet d’un coup de tonnerre.

Le soulèvement Vendéen de 1793

La situation extérieure de la France est dramatique et la Convention prend le décret du 24 Février 1793 faisant appel à 300 000 hommes pour se réunir aux armées de la République alors que les paysans avaient demandé l’exemption de la milice. Le contingent imposé à la Vendée est de 4 197 hommes, 6 202 pour le Maine et Loire et 7 327 pour la Loire-Inférieure.

Chaque municipalité doit ouvrir un registre où les volontaires peuvent venir s’inscrire. Si le nombre ne suffit pas, alors, la loi laisse à chaque municipalité le droit de choisir le moyen le plus approprié pour arriver au nombre de volontaires demandés (article XI). Mais le recrutement est difficile : les riches peuvent se payer un remplaçant (article XVI), les cadres de l’administration sont exemptés (article XX).
On épargne donc les citadins et le poids de la mobilisation retombe sur le milieu rural. La jalousie des ruraux envers les gens des villes (les puissants, les profiteurs de la révolution) s’amplifie. Les troubles prennent l’aspect d’une lutte des classes.

L’exaspération est à son comble, et les campagnes se soulèvent. Les attroupements spontanés se multiplient. C’est la constitution de la Vendée militaire qui englobe le Maine et Loire, les Deux-Sèvres, la Loire-Inférieure et la Vendée, soit environ 700 communes. Dès l’origine du soulèvement, les représentants commettent l’erreur de croire les événements localisés uniquement dans la Vendée départementale.

De rares routes traversent ce territoire : quatre partent de Nantes en direction de Beaupréau, La Rochelle, Les Sables d’Olonne et Saint Gilles,  et trois voies se dirigent de Saumur vers Poitiers, Niort et Les Sables d’Olonne. Elles sont dans un état indescriptible de délabrement. Les bourgs principaux sont reliés par des chemins encaissés, impraticables neuf mois sur douze.

Sur ce territoire, la révolte peut s’organiser librement. La République ne dispose en Vendée que de maigres troupes faiblement expérimentées. De plus, les commissaires arrivés en Vendée font part des exagérations qui courent sur les rebelles. La situation n’est donc pas critique...
Pourtant les insurgés accumulent les succès et c’est seulement le 19 Mars, que la Convention prend conscience de la menace et vote un décret particulièrement sévère punissant de mort les insurgés, les réfractaires et les émigrés.

Pourquoi le paysan vendéen accepte-t-il de suivre le drapeau blanc à fleur de lys alors qu’il refuse le service militaire ? Très attaché à sa terre, il n’accepte d’abandonner son foyer que quelques heures ou quelques jours au maximum pour participer à une bataille mais il refuse de partir au loin, hors de sa patrie. D’ailleurs, les chefs vendéens ne réussiront pas à créer une armée permanente, ni à entraîner leurs troupes vers Paris. La seule troupe régulière est organisée, à ses frais, par Bonchamps.
Les combattants vendéens regroupés en paroisse, ne touchent aucune solde, ne portent pas d’uniforme et disposent d’armes très hétéroclites. Mais chaque victoire est l’occasion de récupérer des fusils, des canons et de la poudre. Pendant plusieurs mois, les victoires et les défaites s’enchaînent. Pourtant les insurgés sont incapables d’exploiter la situation catastrophique où la révolte a plongé la Convention.

L’armée Républicaine présente un mélange d’anciens cadres de l’armée royale et de volontaires. Il n’y a pas de stratégie définie contre les vendéens, ni d’organisation des troupes. Dans ces conditions, ces soldats que les vendéens appellent les " bleus " en raison de la couleur de leur uniforme, se débandent souvent dès qu’ils voient l’ennemi. La faiblesse de cette armée réside dans l’incapacité de ses chefs à comprendre la nature de la guerre qu’ils livrent et à s’adapter aux dispositions de l’adversaire.

Dans ces conditions, une armée d’expérience est chargée de mener en Vendée une guerre totale. C’est l’armée de Mayence. Elle doit pourtant s’y reprendre à deux fois avant d'obtenir un premier succès, l’entente étant difficile entre les représentants et les généraux menant l’attaque.
Le 1er Octobre, Barère, à la tribune de la Convention, fait de la victoire sur la Vendée la clé du succès final de la Révolution, et en exige la destruction.

La haine s’empare des esprits. Les clubs révolutionnaires conseillent l’incendie des villages, la mobilisation générale contre les brigands. Le général Santerre préconise l’emploi des mines et des produits chimiques : " pluies de vitriol, des fumées empoisonnantes, soporatives,... ". Westermann propose au Comité de Salut Public l’envoi aux rebelles de six livres d’arsenic dans une voiture d’eau de vie. La Convention décrète l’abattage des forêts, la saisie des bestiaux, l’expropriation des rebelles au profit de la République et charge le ministre de la guerre d’envoyer des combustibles pour incendier les repaires vendéens.
Toutes ces mesures aboutissent aux exploits de Turreau et de ses Colonnes Infernales en 1794.

Liberté, égalité, fraternité

" En résumé, qui a vaincu ? Est-ce la Vendée ? Est-ce la Révolution ? " demande le républicain Edgar Quinet.
La terreur n’a pu réduire les Vendéens qui reprennent les armes jusqu’en Mars 1796. La pacification ne devient réelle que lorsque les insurgés obtiennent ce qu’ils veulent : la liberté complète octroyée par le Consulat.
Et Edgar Quinet de conclure : " Ce sont les Vendéens qui ont vaincu "

Qu’ils soient " blancs " ou " bleus ", des Français ont sacrifié leur vie pour de justes causes: la liberté et l’égalité. Mais en voulant concilier les deux, ils ont oublié la fraternité.


Quelques sources :

- Emile Gabory, Les guerres de Vendée, Edition Robert Laffont
- Claude Petitfrère, La Vendée et les Vendéens, Edition Gallimard/Julliard
- Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, Edition du Seuil
- Georges Bordonove, La vie quotidienne en Vendée pendant la révolution, Hachette
- Reynald Secher, Le génocide franco-français La Vendée-Vengé, Presses Universitaires de France



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