|
|
La Vendée et
la Révolution Française |
" Il faut considérer la Révolution Française comme un événement du monde entier.... Ce fut un merveilleux lever de soleil et tous les êtres pensants ont célébré cette époque avec le peuple français. " (Hegel)
La France entre dans une aventure où lexcellent va se mêler au pire. Les sottises et les crimes saccumulent, mais aussi les actions déclat. De hauts faits militaires succèdent à des massacres dinnocents. A côté de réformes heureuses et dactes dhéroïsme, le sang coule.
La guerre de Vendée est la plaie suppurante de la Révolution Française. La révolte éclate en Mars 1793 mais le feu couve depuis bien des mois. Les paysans de lOuest nont jamais admis la Constitution Civile du Clergé et la mort du roi. A la connaissance du décret de la levée en masse, le tocsin sonne, les hommes sarment et la guerre civile est engagée.
La Vendée en 1789
Face à la crise financière, le Roi convoque en Mai 1789, les États-généraux :
" ... Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons ... pour Nous conseiller ... pour Nous faire connaître les souhaits et les doléances de nos peuples ... de manière quil soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de lÉtat. "
Chaque paroisse doit rédiger son cahier de doléances, futur instrument de travail de lAssemblée. Que montrent ces cahiers ? Le paysan vendéen déplore les mêmes maux et sollicite les mêmes réformes que les paysans de la France entière. Les revendications touchent à la vie politique et administrative, à léconomie, aux injustices sociales, à la misère du peuple et à la justice.
Il nattaque
ni lautorité, ni la hiérarchie de lÉglise mais il
demande une définition claire de la dîme (portion des fruits de
la terre prélevée au moment des récoltes au profit de lÉglise)
et la suppression du droit de boisselage (un boisseau de blé par
habitant exigé par le curé) qui frappe indistinctement les
pauvres et les riches.
Il demande une égalité devant limpôt, la suppression de
la gabelle (impôt sur le sel) et proteste devant les servitudes
féodales et les corvées. En 60 ans, globalement la masse de limpôt
a doublé et cette augmentation flagrante est très mal ressentie.
Une question réclame lintervention royale : la milice.
Elle concerne tous les célibataires entre 18 et 40 ans auxquels
peuvent sajouter les hommes mariés ou veufs sans enfant.
La durée du service est de 6 ans. Une sanction de dix années
supplémentaires est infligée au milicien qui manque une
convocation. Les hommes de la terre sont très mécontents de
cette situation.
Lannée 1789 est celle de la grande espérance pour le paysan vendéen qui accueille très favorablement les principes fondamentaux de la Révolution. Il pense que les États-généraux vont prendre rapidement les mesures qui simposent pour alléger les impôts et mettre fin à la misère.
La révolution
suit son cours et les lois sappliquent, même les plus épineuses
ne soulèvent pas de difficulté sérieuse. Les municipalités
unanimement acceptées sont mises en place. La population espère
faire entendre ses revendications par lintermédiaire de
ses nouveaux représentants. Mais les municipalités, inexpérimentées,
vont sappuyer sur les autorités supérieures (le district,
le département,...). Le décret de lAssemblée Nationale
de Décembre 1789 précise quelles " seront
entièrement subordonnées aux administrations du département et
du district... ".
Les vendéens devront donc se soumettre à des avis venant de lextérieur,
cest la mort de leur autonomie à laquelle ils sont très
attachés. Les administrations deviennent très vite impopulaires.
En Décembre
1789, commence à sexécuter la vente des biens de lÉglise.
Dans louest les bourgeois achètent 70% des biens mis en
vente et deviennent les principaux bénéficiaires de la révolution.
Les bourgeois " patriotes " ont acheté les
châteaux, les églises et les bonnes terres.
Les riches sont donc devenus plus riches, et les pauvres sont
restés pauvres.
Des premiers troubles à linsurrection
De plus, la pression anticléricale saccentue. Le 13 Février 1790, lAssemblée Constituante décrète la suppression des ordres religieux et le 12 Juillet, elle vote la Constitution Civile du clergé. Les ecclésiastiques qui refusent de prêter serment doivent renoncer à leur ministère.
En Vendée, lémotion
suscite en plusieurs endroits des troubles. Le paysan
traditionaliste et religieux, est très attaché à son curé
dont linfluence intellectuelle et morale est importante. En
plus de son rôle de pasteur, le curé dirige lécole et
sert dexécuteur testamentaire. La résistance des prêtres
est encouragée par la population et un peu partout, l
" intrus " (curé ayant prêté serment à la
Constitution) est chassé de léglise. Mais déjà, ceux
qui se rendent à la messe du curé assermenté sont des " patriotes "
et ceux qui assistent à loffice du curé réfractaire sont
des " aristocrates ".
La population se divise et la politique se confond avec la
religion.
Dès les premiers mois de 1791, lAssemblée fait un pas en arrière en votant un décret autorisant les prêtres réfractaires à célébrer la messe dans les églises. Mais un deuxième article stipule que ces établissements seront fermés si des discours contre la Constitution Civile y sont faits. La colère monte, lAssemblée décide denvoyer des commissaires dans les départements pour connaître la cause du mécontentement. Leur rapport met en avant lattachement du vendéen à sa religion, linfluence du Clergé, et conclut à la prudence ...
Que fait la
noblesse vendéenne ? Sils veulent conserver leur
grade dans larmée, les nobles doivent prêter serment à
la Constitution condamnée par leurs prêtres. Ils font passer
leurs soucis religieux avant leur fidélité dynastique :
ils brisent leur carrière et rentrent dans leur foyer.
De futurs chefs vendéens abandonnent leur grade tel Bonchamps,
capitaine de grenadiers, mais aussi Marigny, DElbée, Charette. De même, dautres désertent les municipalités
ou quittent leur poste dans la Garde Nationale.
La population manifeste différemment son insatisfaction : ils boudent les nouvelles fêtes, refusent de former les Gardes Nationales, négligent les impositions et font circuler de nombreuses pétitions contre la fermeture des églises et le départ des "bons" prêtres. Ils multiplient les réunions clandestines et sont au bord de linsurrection.
La monarchie est
renversée le 10 Août 1792. La République est proclamée par la
Convention Nationale le 22 Septembre et larrestation du Roi
et de sa famille est décidée.
Le 21 Janvier 1793, le Roi est exécuté place de la Révolution. Cette
nouvelle fait en Vendée leffet dun coup de tonnerre.
Le soulèvement Vendéen de 1793
La situation extérieure de la France est dramatique et la Convention prend le décret du 24 Février 1793 faisant appel à 300 000 hommes pour se réunir aux armées de la République alors que les paysans avaient demandé lexemption de la milice. Le contingent imposé à la Vendée est de 4 197 hommes, 6 202 pour le Maine et Loire et 7 327 pour la Loire-Inférieure.
Chaque
municipalité doit ouvrir un registre où les volontaires peuvent
venir sinscrire. Si le nombre ne suffit pas, alors, la loi
laisse à chaque municipalité le droit de choisir le moyen le
plus approprié pour arriver au nombre de volontaires demandés (article
XI). Mais le recrutement est difficile : les riches peuvent
se payer un remplaçant (article XVI), les cadres de ladministration
sont exemptés (article XX).
On épargne donc les citadins et le poids de la mobilisation
retombe sur le milieu rural. La jalousie des ruraux envers les
gens des villes (les puissants, les profiteurs de la révolution)
samplifie. Les troubles prennent laspect dune
lutte des classes.
Lexaspération est à son comble, et les campagnes se soulèvent. Les attroupements spontanés se multiplient. Cest la constitution de la Vendée militaire qui englobe le Maine et Loire, les Deux-Sèvres, la Loire-Inférieure et la Vendée, soit environ 700 communes. Dès lorigine du soulèvement, les représentants commettent lerreur de croire les événements localisés uniquement dans la Vendée départementale.

De rares routes traversent ce territoire : quatre partent de Nantes en direction de Beaupréau, La Rochelle, Les Sables dOlonne et Saint Gilles, et trois voies se dirigent de Saumur vers Poitiers, Niort et Les Sables dOlonne. Elles sont dans un état indescriptible de délabrement. Les bourgs principaux sont reliés par des chemins encaissés, impraticables neuf mois sur douze.
Sur ce
territoire, la révolte peut sorganiser librement. La République
ne dispose en Vendée que de maigres troupes faiblement expérimentées.
De plus, les commissaires arrivés en Vendée font part des exagérations
qui courent sur les rebelles. La situation nest donc pas
critique...
Pourtant les insurgés accumulent les succès et cest
seulement le 19 Mars, que la Convention prend conscience de la
menace et vote un décret particulièrement sévère punissant de
mort les insurgés, les réfractaires et les émigrés.
Pourquoi le
paysan vendéen accepte-t-il de suivre le drapeau blanc à fleur
de lys alors quil refuse le service militaire ? Très
attaché à sa terre, il naccepte dabandonner son
foyer que quelques heures ou quelques jours au maximum pour
participer à une bataille mais il refuse de partir au loin, hors
de sa patrie. Dailleurs, les chefs vendéens ne réussiront
pas à créer une armée permanente, ni à entraîner leurs
troupes vers Paris. La seule troupe régulière est organisée,
à ses frais, par Bonchamps.
Les combattants vendéens regroupés en paroisse, ne touchent
aucune solde, ne portent pas duniforme et disposent darmes
très hétéroclites. Mais chaque victoire est loccasion de
récupérer des fusils, des canons et de la poudre. Pendant
plusieurs mois, les victoires et les défaites senchaînent.
Pourtant les insurgés sont incapables dexploiter la
situation catastrophique où la révolte a plongé la Convention.
Larmée Républicaine présente un mélange danciens cadres de larmée royale et de volontaires. Il ny a pas de stratégie définie contre les vendéens, ni dorganisation des troupes. Dans ces conditions, ces soldats que les vendéens appellent les " bleus " en raison de la couleur de leur uniforme, se débandent souvent dès quils voient lennemi. La faiblesse de cette armée réside dans lincapacité de ses chefs à comprendre la nature de la guerre quils livrent et à sadapter aux dispositions de ladversaire.
Dans ces
conditions, une armée dexpérience est chargée de mener
en Vendée une guerre totale. Cest larmée de Mayence.
Elle doit pourtant sy reprendre à deux fois avant d'obtenir
un premier succès, lentente étant difficile entre les
représentants et les généraux menant lattaque.
Le 1er Octobre, Barère, à la tribune de la
Convention, fait de la victoire sur la Vendée la clé du succès
final de la Révolution, et en exige la destruction.
La haine sempare
des esprits. Les clubs révolutionnaires conseillent lincendie
des villages, la mobilisation générale contre les brigands. Le
général Santerre préconise lemploi des mines et des
produits chimiques : " pluies de vitriol, des
fumées empoisonnantes, soporatives,... ".
Westermann propose au Comité de Salut Public lenvoi aux
rebelles de six livres darsenic dans une voiture deau
de vie. La Convention décrète labattage des forêts, la
saisie des bestiaux, lexpropriation des rebelles au profit
de la République et charge le ministre de la guerre denvoyer
des combustibles pour incendier les repaires vendéens.
Toutes ces mesures aboutissent aux exploits de Turreau et de ses
Colonnes Infernales en 1794.
Liberté, égalité, fraternité
" En
résumé, qui a vaincu ? Est-ce la Vendée ? Est-ce
la Révolution ? " demande le républicain
Edgar Quinet.
La terreur na pu réduire les Vendéens qui reprennent les
armes jusquen Mars 1796. La pacification ne devient réelle
que lorsque les insurgés obtiennent ce quils veulent :
la liberté complète octroyée par le Consulat.
Et Edgar Quinet de conclure : " Ce sont les
Vendéens qui ont vaincu "
Quils soient " blancs " ou " bleus ", des Français ont sacrifié leur vie pour de justes causes: la liberté et légalité. Mais en voulant concilier les deux, ils ont oublié la fraternité.
Quelques sources :
- Emile Gabory,
Les guerres de Vendée, Edition Robert Laffont
- Claude Petitfrère, La Vendée et les Vendéens, Edition Gallimard/Julliard
- Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, Edition du Seuil
- Georges Bordonove, La vie quotidienne en Vendée pendant la révolution,
Hachette
- Reynald Secher, Le génocide franco-français La Vendée-Vengé,
Presses Universitaires de France
|
© Christine Duranteau 2002-2005 |