|
|
|
Du paysan catholique au soldat
paysan - La Vendée en armes |
Mars 1793... Saint Florent le Vieil,
Machecoul, Les Herbiers, Cholet... La Vendée gronde.
" Trop, cest trop ... rendez-nous nos prêtres,
pas de tirage au sort . Sil faut prendre les armes,
que ce soit pour défendre nos convictions et nos terres. "
Ce peuple de laboureurs paisibles et travailleurs explose soudain,
et marche dun seul élan au combat.
Organisation militaire
| De
petits groupes dinsurgés en bandes plus
importantes, larmée vendéenne se constitue au fil
des assauts. Le premier observateur venu trouvera cette
armée hétéroclite et bien pitoyable. Les révoltés défient
leurs adversaires à mains nues ou avec " des
gourdins à reboule " (bâtons). Ceux qui possèdent
des fusils de chasse, les saisissent. La plupart prennent
des fourches, emmanchent des faux à lenvers, se
font des sabres avec des faucilles et des croissants. Les
premiers instruments de guerre des paysans sont ceux qui
leur tombent sous la main. Mais chaque victoire est loccasion
de récupérer des fusils, des canons et de la poudre sur
les Républicains. Le costume traditionnel des gens de la campagne est leur seul uniforme : des vestes en toile rustique et une culotte bouffante ; un chapeau en feutre noir avec des bords ronds et très grands qui protègent du soleil et de la pluie ; et des sabots pour chaussures. Les chefs nont pas plus duniforme que leurs soldats et combattent vêtus dune veste et dun pantalon, voire en habit ou en redingote. Bientôt, les mouchoirs rouges de Cholet viennent à la mode. Henri de la Rochejaquelein en met autour de sa tête et à sa taille, pour ses pistolets. Ses soldats trouvent que cet attrait trop voyant met en danger leur chef et ladoptent également afin de le protéger. |
|
Naturellement, ils sorganisent
en compagnies de paroisses. Il sagit de la seule
formation militaire réellement structurée où chaque soldat se
retrouve dans un cadre familier au milieu de ses frères et amis.
Les officiers sont élus, et les grades les plus élevés sont
pourvus par lélite de la paroisse c'est-à-dire les
roturiers. Ils sont groupés en compagnie dune
cinquantaine dhommes, neuf compagnies formant un bataillon
avec drapeaux et tambours.
Dès que le tocsin sonne, les paysans arrivent à léglise
où leur est lue une réquisition de ce type :
" Au nom de Dieu, de par le Roi, la paroisse de
(...) est invitée à envoyer le plus dhommes possible en (tel
lieu) à (telle date) et à (telle heure). On apportera des
vivres. ""
Les hommes en âge de porter les armes constituent la base de
larmée vendéenne. Ce sont des hommes habiles à manier le
fusil car il sagit principalement de chasseurs expérimentés.
Mais ils ne restent jamais assemblés plus de trois ou quatre
jours; que lexpédition soit réussie ou manquée, ils
retournent dans leur foyer.
Un second groupe est chargé de la défense de la commune, de
veiller sur les femmes, les enfants et les vieillards. Ils préviennent
la population en cas de danger, traquent les Républicains des
alentours. Le reste de la population est chargé de lentretien
des sols et de lélevage.
Pour défendre le territoire communal, les moulins apportent leur aide de par leur situation élevée qui permet de surveiller les alentours et grâce à leur "langage ". Une tradition veut quon se serve des ailes du moulin pour annoncer la mort du meunier ; elles sont arrêtées au passage du viatique et tournées vers la maison du moribond. Et cest tout naturellement que de nouveaux codes sont mis en place.
|
Les femmes soldats sont peu
nombreuses dans cette armée. Citons parmi les plus célèbres,
Renée Bordereau dite " LAngevin " qui
combat dans larmée dAnjou et Françoise Després
dont le grand talent est lespionnage. Il ne faut pas
oublier une des " Amazones " de Charette,
Marie Lourdais qui rapporte de précieux renseignements en
traversant les lignes ennemies avec son éventaire de
marchandises. Mais dune manière générale, elles restent
à lécart des combats et exercent des activités
paramilitaires telles que les soins aux blessés, la garde des
foyers. Elles fabriquent également des cartouches et cachent les
prêtres.
La présence de jeunes garçons dans les troupes est plus
habituelle. Ils battent le tambour et ont une place désignée dès
leur adolescence lorsquils appartiennent à la noblesse.
Ils sont donc employés à porter les lettres et les ordres des
Comités Royalistes, à monter la garde, et à soccuper du
ravitaillement (passer les commandes aux boulangers ou faire la
tournée des basses-cours pour collecter les oeufs et poulets).
Les différents corps darmée et la tactique militaire
Les compagnies de paroisses forment
linfanterie. En tête, savancent les hommes
qui portent des armes à feu : vieilles arquebuses, fusils
de chasse, longues et lourdes canardières, fusils de munition (modèle
1777, 1.80m de longueur pour 4.37kg !). Puis, viennent les
porteurs darmes blanches : sabres, baïonnettes,
poignards à deux tranchants, faux, piques. Les déroutes des
soldats Républicains livrent des fusils et des munitions mais
les fantassins ne disposeront jamais dassez darmes à
feu pour tout le monde.
Lartillerie est plus déficiente encore que larmement
léger. Deux fabriques se lancent dans la réalisation des canons.
Ils sont en bois, creusés dans des madriers dormeau,
fortement cerclés par des liens de fer placés à chaud. Les
essais ne sont pas concluants : les servants périssent dans
léclatement des pièces. On renonce donc à leur emploi et
les canons de tous calibres sont pris aux Républicains. La réquisition
dans les châteaux fournit également de vieilles couleuvrines.
Mais les Vendéens ne possèdent pas toujours les boulets et les
caissons correspondants, et la poudre fait cruellement défaut.
Des moulins sont donc créés à Mortagne et Beaupréau, mais ils
ne peuvent répondre à la demande considérable. Le plomb des
toitures, les vieilles ferrailles et les vieux clous sont raflés
par les Vendéens pour en faire de la mitraille. Les difficultés
du terrain rendant le transport des canons difficile, lartillerie
sert principalement pour la défense des postes.
La situation de la cavalerie nest pas plus brillante.
" Les marchands de cerises " comme sont
surnommés les cavaliers nont que des bâts pour selles,
des cordes de foin pour étriers et des sabots pour bottes. Les
chevaux sont de tailles différentes et de toute couleur. Seuls,
les nobles évoluent naturellement à cheval. Léquipement
médiocre rend cette cavalerie vulnérable face aux dragons et
hussards. Cest pourquoi elle na pas de véritable rôle
dans les affrontements et quelle nintervient que pour
achever les victoires. Cette cavalerie sera renforcée plus tard
par plusieurs régiments Républicains passés aux vainqueurs,
puis dAllemands, prisonniers de guerre.
Lindiscipline des soldats
interdit le siège des villes fortes et les combats en ligne. Linexpérience
et la fougue amènent les chefs à trouver un style inédit pour
répondre aux aptitudes de leurs troupes, élaboré autour du
" choc " et de " la haie ".
Dans le choc, saffrontent des armées imposantes où linégalité
numérique entre les combattants est la première règle. Puis,
les Vendéens imposent lendroit du combat à des Républicains
qui arrivent en armées dispersées sur le territoire des insurgés.
Enfin, la flexibilité de larmée royaliste lui permet de
se débander facilement, et déchapper rapidement aux coups
de ladversaire. Ces différentes raisons donnent un
avantage réel à cette armée puisquelle est à la fois
puissante, insaisissable et disponible à faible coût.
Dans la haie, les avant-gardes composées des meilleures troupes,
attaquent lennemi de front, tandis que tout le corps darmée
lenveloppe en éventail sans se faire voir. Puis ce cercle
se resserre et tire à travers les haies. Une de leurs
principales forces est leur adresse au tir : les Républicains
perdent jusquà dix hommes contre un lors des combats. La
cavalerie, en réserve, charge pour supprimer les dernières
poches de résistance.
Parfois, il faut avoir recours au courage héroïque des
fantassins qui sapprochent le plus près possible de lennemi
pour lattaquer à larme blanche. Cette ardeur au
combat est soutenue par des chants qui sont des pamphlets contre
les gardes-nationaux et ladministration. Une ruse consiste
à chanter sur lair de La Marseillaise. En effet, au loin
les Républicains ne comprennent pas les paroles, ils croient quil
sagit des leurs et tombent alors dans le piège tendu.
|
Les services dintendance
Au-dessus des soldats flottent des drapeaux blancs aux trois fleurs de lys dor. Les vases sacrés enlevés des églises savancent au coeur de larmée où un drapeau surmonté dune croix et dune cravate rouge indique le lieu de leur présence. Lemblème du Sacré-Coeur est au revers de chaque veste de paysan.
| Larmée na ni chariots, ni bagages et il nest pas question de tentes. A lappel du tocsin, chaque paysan apporte du pain avec lui et les villages se cotisent pour envoyer des charretés de pain sur le passage de larmée. Les marchandises sont acheminées grâce aux agriculteurs et leurs attelages. Mais lappel à la générosité est insuffisant et il faut recourir à la réquisition. On procède à des achats massifs de vivres et de produits divers de lartisanat nécessaires à lhabillement et à léquipement. Les services des cordonniers, sabotiers, maréchaux-ferrants et taillandiers (forgerons spécialisés dans les outils tels que les marteaux, les haches) sont largement mis à contribution. Ces différentes fournitures sont réglées faute dargent liquide, par reconnaissance de dettes. Le pillage est également utilisé hors du territoire insurgé, pour se nourrir. |
|
|
|
Larmée blanche na pas de véritable besoin financier tant que les insurgés se battent à proximité de leur domicile, mais avec laugmentation des hommes et des déplacements, les victoires successives apportent des butins quil convient de gérer : Cholet apporte plus de 80 000 livres, Montaigu 30 000 livres en numéraires et 160 000 livres en billets, Fontenay 900 000 livres. Mais après Saumur (9 juin 1793), il ny a plus de telles aubaines et largent manque cruellement. Le Conseil Supérieur impose le 8 juin, la libre circulation du papier-monnaie révolutionnaire. La population reste hostile à utiliser cette monnaie de papier et le 2 août, le Conseil Supérieur décide de signer au nom du roi, les assignats. | |
| Malgré cette mesure, largent demeure rare et les presses sont mises en service pendant plus de 4 mois à Châtillon, pour limpression dune véritable monnaie royaliste. Elle édite des assignats à leffigie de Louis XVII, prélude aux bons royaux mis en service après Septembre1793. Après le passage de La Loire, les caisses sont vides et le 1er novembre à Laval, 900 000 livres de bons royaux sont émis avec un intérêt de 4,5% jusquau remboursement sur le Trésor Royal, à la paix. Le 13 novembre à Avranches, une nouvelle émission est effectuée avec un taux de 2,5%. | ||
Lampleur et la durée des combats obligent les Vendéens à créer un service hospitalier. Larmée se dote dhôpitaux et de pharmacies. Parmi les bourgeois qui ont pris les armes se trouvent des médecins et des chirurgiens dont un certain nombre dentre eux ont été réquisitionné par les Blancs. En dehors des hôpitaux établis dans les couvents et les abbayes (tous les blessés royalistes et républicains sont transportés à Saint Laurent sur Sèvre et soignés par les soeurs de la Sagesse), ce sont des installations de fortune, des ambulances sur des charrettes sans ressort, des pharmacies sans médicament. Sur les blessures, on applique des jaunes doeufs battus avec du beurre ; sur les brûlures de poudre, de leau dans laquelle on a fait éteindre de la chaux.
Les troupes recueillent régulièrement des prisonniers. Ils sont relâchés pour certains dentre eux dès la fin du combat car les Blancs ne peuvent pas économiquement et militairement assurer la garde de plusieurs milliers dhommes. Ils imaginent donc avant de les libérer de leur couper les cheveux et de les faire jurer de ne plus porter larme contre eux. Munis dun sauf-conduit ils peuvent quitter libres le territoire de la Vendée. Devant cette menace, la Convention ratifie le 22 Juin, un décret maintenant les prisonniers libérés dans larmée républicaine, et les renvoie bientôt au combat.
Lorganisation administrative
Le 26 Mai 1793, létat-major
des insurgés prend la décision de constituer une administration
suprême chargée de gouverner le pays conquis. Ce Conseil supérieur
dont le siège est à Châtillon Sur Sèvre est composé dune
vingtaine de membres dont des chefs militaires, des juristes et
des ecclésiastiques. Son sceau royal représente trois clés qui
signifient que la foi, la fidélité et la valeur ouvriront les
portes du ciel.
De courte durée, puisque dissout en Octobre 1793, son activité
principale est la vie administrative des territoires occupés et
le culte. Il est le siège statutaire des chefs des armées
blanches qui en forment le Conseil militaire. Il est
prescrit à toute ville occupée de constituer un Conseil de
paroisse pour veiller au maintien du bon ordre, à la sécurité
des personnes et des propriétés, à la surveillance des déplacements
à lintérieur du territoire et des individus suspects de
sympathie républicaine.
En quelques mois, un important travail législatif est accompli
par le Conseil supérieur et de nombreux décrets et
proclamations sont émis. La politique concernant les patriotes sinspire
des mesures révolutionnaires concernant les suspects avec la
prestation de serment et par ordonnance du 24 Juillet 1793, les
certificats dincivisme. Pour répondre à la loi du 28 Mars
1793 qui confisque les biens des émigrés, le Conseil supérieur
adopte le 31 Juillet, le règlement général sur le séquestre
et ladministration des biens des ennemis de létat.
Une autre préoccupation concerne
le moral des insurgés. Pour communiquer avec la population, des
imprimeurs sont réquisitionnés et le 17 Juin, paraît l
" Adresse aux Français, de la part de tous les chefs
des armées catholiques et royales, au nom de Sa Majesté Très
Chrétienne Louis XVII, Roi de France et de Navarre ".
Cet appel expose les deux objectifs de linsurrection :
restaurer et conserver la religion catholique, et retrouver un
Roi.
Puis paraissent régulièrement des affiches sous le nom de
" Bulletin du Conseil Supérieur ". Le 20
Septembre, le titre change pour celui de " Bulletin des
amis de la Monarchie et de la Religion ". Lobjectif
est dentretenir le moral des insurgés, de condamner les
mesures exceptionnelles prises contre la Vendée et les atrocités
commises par les Bleus. Une large part est accordée aux bonnes
nouvelles favorables à la cause, même si elles ne sont pas
toujours fondées. La même pratique est dailleurs observée
dans les gazettes républicaines.
A ces soldats paysans, il faut un général exceptionnel, obéi de tous mais les jalousies et lambition divisent les chefs des premiers jours. Cathelineau, DElbée, La Rochejaquelein, et autre Charette... Aucun deux ne saura réunir les différentes armées et conduire cette Vendée, qui sera exterminée à Savenay le 23 Décembre 1793 après avoir en moins de deux mois, effectué plus de 170 lieues de chemins (soit environ 700km) avec femmes, enfants, malades et vieillards.
Le soldat inconnu de 1793 : " Cet homme, qui nétait rien ... "
" ...Dans un coin de
cette foule était un homme de trente à trente-deux ans quon
ne regardait point... Frappé de son air, je menquis de sa
personne : un de mes voisins me répondit : " Ce nest
rien : un paysan vendéen, porteur dune lettre de
ses chefs."
Cet homme, qui nétait rien,
avait vu mourir Cathelineau, premier général de la Vendée et
paysan comme lui; Bonchamps, en qui revivait Bayard; Lescure, armé
dun cilice non à lépreuve de la balle; DElbée,
fusillé dans un fauteuil, ses blessures ne lui permettant pas dembrasser
la mort debout; La Rochejaquelein, dont les patriotes ordonnèrent
de vérifier le cadavre, afin de rassurer la Convention au milieu
de ses victoires. Cet homme, qui nétait
rien, avait assisté à deux cents prises et reprises de
villes, villages et redoutes, à sept cents actions particulières
et à dix-sept batailles rangées ; il avait combattu trois
cent mille hommes de troupes rangées, six à sept cent mille réquisitionnaires
et gardes nationaux : il avait aidé à enlever cent pièces de
canon et cinquante mille fusils ; il avait traversé les Colonnes
Infernales, compagnies dincendiaires commandées par des
conventionnels ; il sétait trouvé au milieu de locéan
de feu, qui, à trois reprises, roula ses vagues sur les bois de
la Vendée ; enfin, il avait vu périr trois cent mille Hercules
de charrue, compagnons de ses travaux, et se changer en un désert
de cendres cent lieues carrées dun pays fertile."
(Châteaubriand - Mémoires dOutre Tombe)
Quelques sources :
- Émile Gabory, Les guerres de Vendée
- Jean-Clément Martin, La Vendée et la France
- Claude Petitfrère, La Vendée et les Vendéens
- Georges Bordonove, La guerre de Vendée
- Reynald Secher, Le génocide franco-français La Vendée-Vengé
- Jean-Julien Savary, Guerres des vendéens et des chouans contre
la République Française (Tome I)
|
© Christine
Duranteau 2003-2005 |