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Impressions à Saint-Florent le
Vieil |

Je ne sais comment qualifier le texte qui va suivre, je sais que ce ne sera pas une étude sur un sujet particulier, peut être pourrais-je dire qu’il s’agit tout simplement de l’évocation d’un « lieu de mémoire ». Ou plutôt, ce sera la vision que j’ai eu de ce lieu de mémoire à l’occasion d’une visite le 8 septembre 2002.
Voilà, le 8 septembre passé je suis allé à Saint
Florent le Vieil. Vous voyez ? Non ? Mais si, c’est dans cette
petite ville du Maine et Loire, sur les bords du grand fleuve qu’a débuté ce
que l’on a appelé la guerre de Vendée, c’est là aussi que sept mois plus
tard environ, les Géants comme disait Bonaparte, ont franchi la Loire
vers le Nord pensant porter leur révolte en Bretagne et en Normandie. Ils espéraient
qu’aidés par l’Angleterre ils renverseraient enfin cette Révolution
qu’ils avaient depuis longtemps cessé d’aimer. Ils ne savaient pas qu’en
réalité ils allaient trouver la mort et que de toute façon, les rares
survivants qui en décembre repasseraient le fleuve, tomberaient dans les piéges
tendus par Carrier ou par les colonnes infernales.
La Convention avait voté la levé de 300 000 hommes pour partir aux frontières défendre la République contre les rois coalisés. Le district de Saint Florent devait quant à lui fournir 701 soldats. Le bruit couru que le choix se ferait par tirage au sort, or les paysans détestaient cette pratique qui leur rappelait les milices de l’Ancien régime. De plus le Vendéen au sens large du terme est attaché à son bout de terre, à sa métairie, il ne veut pas la quitter pour défendre une Nation qui a chassé ses « bon prêtres » et qui a tué son Roi. Le 12 mars à Saint Florent, les quelques 150 Gardes nationaux ne pourront rien contre une foule de plus de 600 paysans révoltés qui, après leur victoire courent chercher Bonchamps un noble de la région. Très réticent, celui-ci accepte pourtant de les suivre. Il sera peut-être le chef le plus brillant et le plus clairvoyant de la révolte, sûrement le meilleur général mais pour le malheur de sa cause, il ne commandera jamais en chef.
Ce 12 mars 1793 commence une guerre atroce, une guerre
inhumaine comme seules savent l’être les guerres civiles. L’horreur sera à
mettre au compte des deux parties, peut être – je suis obligé de
l’admettre – la pire abjection est elle à mettre à l’actif des Républicains
mais chez les Blancs, Marigny, Stofflet ou Charrette n’ont pas le caractère
à faire grâce à l’ennemi. La Convention aura le tort de ne pas savoir
pardonner, et la guerre qui aurait pu se terminer au début de l’année 1794
ne prendra jamais fin. Je n’exagère pas, bien sûr Bonaparte pacifiera la région,
mais le feu qui couvait repartira en 1814 pendant les Cents jours puis en 1830
après la chute de Charles X. Aujourd’hui, les armes se sont tues, mais la
guerre continue par historiens interposés, il n’est qu’à voir le mythe du
génocide franco-français très à la mode de nos jours, cela n’est qu’un
exemple parmi d’autres.
Pourtant la guerre, la vrai, avec les fusils, les canons, les fourches, les bâtons et les couteaux, les batailles rangées, ne durera que jusqu’en décembre 1793 – c’est ce que l’on appelle la « Grande guerre » - lorsque le 23, à Savenay les survivants de l’expédition d’outre Loire seront exterminés par les troupes républicaines. Neuf mois pendant lesquels les « brigands de Vendée » seront souvent vainqueurs s’emparant de nombreuses villes, de plusieurs chefs lieu de départements, seuls Nantes et les Sables d’Olonnes sauront les repousser. Toute ville attaquée sera prise. Mais ils se battront eux même, ces « brigands » qui après chaque batailles reviennent chez eux laissant l’adversaire récupérer ce qu’il a perdu la veille, ils se battront eux même, les chefs de ses « brigands » qui n’ont aucun plan même pas à court terme, qui en plus ne s’entendent pas entre eux jaloux qu’ils sont de leur autorité pourtant théorique sur des paysans toujours indépendants. Comment en serait-il autrement, après tout, ces chefs, on est allé les chercher chez eux alors qu’ils ne demandaient rien à personne !! Certains diront que sur ce point j’exagère, c’est possible, mais pas beaucoup.
Mais je n’ai pas l’intention de faire, même en résumé,
l’histoire de ces neuf mois, je veux parler de Saint Florent le Vieil. Sans
vraiment savoir pourquoi, après la défaite de Cholet le 17 octobre, l’armée
pousse un seul cri : « A la Loire ! ». En fait même avant
la bataille la décision semble prise puisqu’une partie de l’armée
Catholique a déjà traversé le fleuve pour s’emparer du poste républicain
qui défend Varades. Drôle de façon de faire la guerre celle qui prépare la défaite
avant même de passer à l’attaque !! C’est donc à Saint Florent dans
la nuit du 18 octobre, là où la guerre a commencé, que la Loire sera traversée
par peut être 50 000 personnes, soldats plus ou moins bien armés, mais aussi
femmes, enfants, vieillards. Cette bande qui n’est déjà plus une armée
conduit avec elle ses animaux domestiques, ses troupeaux. Cette bande ne le sait
pas, mais elle court à la mort.
Je suis arrivé à Saint Florent en venant d’Angers, après un court passage en Loire Atlantique, j’ai traversé la Loire à Varades pour rentrer à nouveau dans la Maine et Loire. Aujourd’hui, il faut franchir deux ponts pour passer les bras du fleuve et les îles. Presque à l’entré du bourg, voilà à droite, une rue très pentue qui va vers l’église. Presque à mi pente, sur la gauche, une petite maison, d’après la plaque souvenir en bronze fixée au mur, c’est là que Bonchamps mourant – il a été mortellement blessé à la bataille de Cholet – donne l’ordre de laisser la vie sauve aux prisonniers enfermés dans l’église. Il s’agit de Bleus, peut être 5000 que l’on ne peut emmener de l’autre coté de la Loire. Qu’en faire : « les tuer », c’est le cri de beaucoup. Après tout Westermann et d’autre chefs républicains ne faisaient pas souvent quartier. L’histoire ici rejoint la légende, y avait il vraiment 5000 prisonniers dans l’église ? Qui a donné l’ordre ? Bonchamps est mourant et n’a peut être plus sa tête. Il est possible que se soit Lescure qui ait pris la décision. Peu importe. En passant devant cette maison, je ne suis plus moi-même, je vois le messager qui court vers l’église, je vois la rue pleine de monde, j’entends les cris les plus fous. Je continue la montée. A droite un musée souvenir. Plus haut, au fond d’une cours une porte que je devine être celle de l’église (en fait il ne s’agit pas de la porte principale mais d’une entrée latérale). L’église est très grande, très claire, des vitraux représentent des épisodes de la « guerre des géants », le passage de la Loire, la mort de Bonchamps, celle de Cathelineau etc… Mais surtout il y a le monument à Bonchamps sculpté dans du marbre blanc par David d’Angers un Républicain dont le père soldat de la République, fut l’un des bénéficiaires de la grâce du général mourant. Là se retrouve dans la même gloire le grand soldat et le grand artiste que pourtant tout devrait opposer.
Dans l’église encore, je vois tous ces soldats qui
attendent la mort et qui entendent le cri du messager de celui que la mort a déjà
pris dans sa serre, cri qu’ils n’osaient pas espérer : « Grâce
aux prisonniers !!! ». On ne peut être présent dans ce lieu sans
« ressentir » quelque chose, peut être le vent de l’histoire
continue-t-il à souffler après plus de deux siècles ? Sur le terre-plein
devant le bâtiment la vue que l’on a sur la Loire permet de se faire une idée
de ce que fut le passage, les fort courants qui renversent les barques trop
remplies, les îles où aujourd’hui paissent tranquillement quelques vaches
mais où, en 93 des malheureux cherchaient un refuge temporaire. En face,
Varades et le début d’une nouvelle épopée, tragique celle-là.
Car en effet, je le redis, pour les plus nombreux au bout
de cette aventure c’est la mort. Oui, c’est cela, c’est de la mort que
l’on ressent encore la présence que ce soit dans l’église, dans la rue
devant la maison de Bonchamps, partout….
A titre d’exemple voici la copie d’un acte de notoriété
constatant près de quatre ans après les faits, le décès en Normandie de
l’un des « brigands » mort loin de chez lui pour une cause qui
n’était plus la sienne. (J’ai respecté l’orthographe, la ponctuation, la
syntaxe et la présentation du texte.)
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Aujourd’hui trois fructidor l’an cinq de la république
française une et indivisible. Devant
nous Louis chapeau juge de paix du canton de Mouchamp assisté de françois
texier notre greffier. A
comparu en personne la citoyenne Marie Revelleau Vve de joseph aubreaud. bordier
demeurant à la Broniere Cme de St André Gouldoie a dit qu’elle avait intérêt
de faire constater le décès de son mari mort pendant les trouble de la
malheureuse guerre civile de la Vendée et que son décès n’a été constaté
sur aucun registre et que voulant le faire aujourd’hui par un acte de notoriété
elle a en conséquence convoqué trois de ses plus proches voisins qui ont
connaissance de la mort de feu son mari et a déclaré ne savoir signer de ce
enquise. A
l’instant sont comparu en personne les citoyens, François Brillouet
cultivateur demeurant à la Javeliére Cme de St André âgé de cinquante sept
ans, François (illisible) cultivateur demeurant a la (illisible) âgé de
trente six ans, Jean Martin tuillier demeurant à (illisible) âgé de vingt
huit ans, les deux Cme de Vendrennes. Lesquels
ont déclarés qu’ils ont parfaite connaissance du décès de Joseph .... pour
l’avoir vu mort entre Pontorson et Avranche en Normandie d’un coup de feu le
quinze novembre mille sept cent quatre vingt quatorze (v s*). De laquelle déclaration
nous avons dressé le présent acte pour servir et valoir la dite veuve
Revelleau Vve aubreaud ce que de raison et ont tous les comparants déclaré ne
savoir signer de ce enquis. Fait
par nous juge de paix susdit et soussigné étant au lieu de nos séances
ordinaires les dits jours mois et ans que dessus. CHAPEAU TEXIER Greffier * Vieux style. |
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© Jean-Marie Ruthon 2001-2005 |