Les fêtes révolutionnaires en Dauphiné
Texte par Jérôme Croyet
Docteur en histoire, archiviste adjoint aux AD Ain, collaborateur du magazine Napoléon 1er
Soumis le 17/07/2007


             

Les fêtes de 1789-1790

 

"La fête révolutionnaire est une manifestation explicitement civique…dont la fonction est double : édification révolutionnaire des masses, manifestation de la puissance de la Révolution" [1] nous dit Claude Mazauric. Valable à Rouen cette définition sied parfaitement au Dauphiné où les fêtes révolutionnaires et parmi elles les fêtes de la Fédération, sont les temps forts de la puissance visuelle patriotique. Le mouvement des fêtes fédératives en France prend naissance en Dauphiné, sur la proposition du commandant des Gardes Nationales de la Voulte et de l’ancien président du tribunal de la sénéchaussée de Montélimar. La première fête de la fédération à lieu le 29 novembre 1789 dans la plaine de l’Etoile au sud de Valence. Elle rassemble les représentants des gardes nationales de 20 communes, représentants 12 650 citoyens. Dès lors, en Dauphiné, comme ailleurs, le mouvement se précipite. De nouvelles fêtes de la fédération ont lieu à Montélimar, le 13 décembre, à Dieulefit, le 27 décembre, à la Voutle, le 29 décembre, à Valence, le 3 janvier 1790, à St Marcellin, le 2 février, à Romans, le 14 février, à Privas, le 28 février,  à Grenoble, le 11 avril et au camp des Crottes, le 20 avril.

Moment d'union, la fête est aussi un moyen de communication extraordinaire, notamment lors des fêtes de la Fédération. La prestation de serment est un moment intense qui doit marquer les esprits. Celui prêté à l’Etoile, dans un appareil très simple, puisqu’il n’y a que les bataillons réunis autour de leurs drapeaux, le 29 novembre 1789, est symptomatique de cette volonté d’unité nationale : “ nous citoyens français de l’une et l’autre rive du Rhône, depuis Valence jusqu'à Pouzin, réunis fraternellement pour le bien de la cause commune, jurons à la face du Ciel, sur nos coeurs et sur ces armes consacrées à la défense de l’Etat, de rester à jamais unis, abjurant désormais toute distinction de province, offrant nos bras, notre fortune et notre vie à la Patrie et au soutien des lois émanées de l’Assemblée nationale ; jurons d’être fidèles au Monarque qui a tant de droits à notre amour ; jurons de nous donner mutuellement toute assistance pour remplir des devoirs aussi sacrés, et de voler au secours de nos frères de Paris ou de toutes autres villes de France qui seraient en danger pour la cause de la Liberté ”. Dès lors l’unité, scellée par le serment, prend forme avec l’adoption d’une correspondance régulière et suivie entre tous les corps présents.

Il faut attendre le mois d’avril 1790, pour que la première fédération de Gardes Nationaux des Hautes Alpes ait lieu en Dauphiné du sud, au camp des Crottes. Cette fédération des Gardes Nationales, tant fantassins que cavaliers, des Hautes Alpes, représentant le Sud Dauphiné, représente alors 3 231 hommes représentant plus de 30 000 gardes nationaux de 103 communes. Ces premières fédérations, hormis la prestation de serment, n'ont pas de programme festif établi : aux Crottes, près d'Embrun, la cérémonie commence par un coup de canon et après des discours et de la musique a lieu une messe. A l'Etoile, le programme est tout autre et le religieux n'a pas de place. Aux Crottes il y a un autel dans un décor naturel tandis qu'à l'Etoile il n'y a que les drapeaux des Gardes Nationales.

 

LE 14 JUILLET
1790-1791

 

Le premier anniversaire de la prise de la Bastille donne lieu, dans toute la France, à une vague de fête fédérative. Dans le Dauphiné, il donne lieu à une nouvelle vague de fête fédératrice, plus élaborée que celle de l’Etoile, où il n’y avait pas de décor, ni d’autel de la Patrie, mais plus intime qu'aux Crottes, puisque les rassemblements sont plus petits, ce qui n’est pas le cas à Lyon ou à Besançon, où ces fêtes sont synonymes de grands rassemblements. Celle du 14 juillet 1790 à l’Etoile, où du 14 juillet 1791 à Gap, répondent déjà à un programme copié sur les fêtes déambulatoires religieuses auquel on mêle des pratiques profanes comme l’illumination, qui est aussi beaucoup utilisée à Bourg en Bresse, mais aussi un repas fraternel et des farandoles. “ A 4 heures du matin, la milice a fait battre la générale, et à neuf heures, l’assemblée et le rappel. La troupe rangée en bataille sur la place d’armes, on envoya chercher le drapeau ; et de suite, il fut député une garde d’honneur à la municipalité réunie à l’hôtel de ville, qui s’y rendit et vint se placer dans le centre du bataillon. Tout étant prêt, le colonel ayant ordonné la marche, les gardes nationales se sont mises en mouvement dans le plus grand ordre, avec MM les membres du conseil général, et se sont rendues au champ de l’Union où l’on avait dressé un autel ”.

 A partir de 1791, le but de ces fêtes de la Fédération est légèrement différent. Le but recherché est l'union entre gardes nationaux et l'armée, plus que communion et communication avec les citoyens. La fête du 14 juillet 1791 à Gap, l'administration du département réuni à Gap "les députés des gardes nationales des communes du département" [2]. Réunis à l'hôtel de ville, les détachements se mettent en route pour se rendre sur la route de Provence où à lieu le rassemblement général. Le cortège, composé des corps administratifs, de la municipalité et du tribunal, se rend au milieu de la troupe. A Grenoble, le même jour, la fête est organisée pour l'armée, les civils en sont exclus, sauf les gardes nationaux qui ont demandé et obtenu "de participer à cette auguste cérémonie" [3]. A Grenoble, grâce à la présence d'une dépôt de poudre, le début de la fête est marqué par la sonnerie des cloches mais aussi par le bruit du canon. Ces fêtes tendent à se politiser, surtout à Grenoble, où elle s'adresse, hormis les soldats, "aux hommes libres dans Grenoble" et pas "aux peuples esclaves" qui ne peuvent en jouir.

 C’est lors de ces fêtes que se généralise l'apparition des premiers autels de la Patrie. Celui du camp des Crottes a quatre faces recouvert d'un dôme appuyé sur 4 sapins. Celui de l’Etoile à quatre faces, vingt pieds de haut, surmonté d’un dôme de trente pieds, orné de feuillage, guirlandes et devises. Celui de Grenoble, le 11 avril 1790, est à double face, couvert d'un baldaquin à colonnes ioniques ornés de guirlandes blanches, rouges et bleues et de verdure.

A partir de 1790, toutes ces fêtes ne sont plus statiques mais déambulatoires, comme celle de Grenoble ou de Gap du 14 juillet 1791. Elles empruntent un itinéraire précis afin de démontrer la puissance mobilisatrice de la Révolution. Le cortège de la fête de la Fédération du 14 juillet 1791 de Gap "marche …par les principales rues de la ville" [4] tandis que celui de Grenoble, à la sortie de la mairie, le cortège passe par la rue du Quai, le pont de pierre, le chemin de la Porte de France pour arriver à l'Esplanade.

             Durant ces fêtes, on lie désormais le clergé au mouvement, puisqu’une messe est généralement célébrée en plus du serment qui est beaucoup plus martial, civique, unilatéral et déjà beaucoup moins emprunt de l’amour au Roi : “ prêtons le serment...d’être fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi ; de vivre libre et de mourir libres ; de verser s’il est nécessaire, jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour le service de la Patrie et l’exécution des décrets de l’Assemblée nationale. Faisons aussi le serment de regarder tous les français comme nos frères et enfants d’une même famille ”.

 Avec la déclaration de guerre, les actions révolutionnaires donnent lieu à de grandes réunions populaires, telle la fête du 24 août 1792 à Grenoble, rendue en l'honneur des victimes du 10 août. La sonnelité est de rigueur. Une pyramide couvert d'une drap noir constellé d'une multitude de larmes d'argent, remplace l'autel au centre de la fête. La cérémonie commence lorsque la nuit est tombée. L'heure est ainsi plus propice à accentuer l'effet de la mise en scène. La pyramide est éclairée sur ses tranches par des lampions et à ses quatre coins brûlent des urnes funéraires. Ces nouvelles fêtes constituent un enjeu politique et une démonstration idéologique dans la mesure où elles rassemblent une masse de citoyens.

 Mais avec le déroulement des événements politiques intérieurs, en 1793, le rythme des fêtes révolutionnaires se ralentit jusqu'à devenir nul. Il faut attendre la prise de Lyon pour voir les premières fêtes révolutionnaires de masse.

 

La flambée festive :
1793-an II

 

Ces fêtes révolutionnaires de l’après crise fédéraliste sont fortement marquées par une empreinte populaire. Sans être encore des fêtes décadaires, elles sont l’expression du civisme et de la morale de la sans-culotterie. Achèvement d'un dispositif prévu lors d'une organisation, les fêtes révolutionnaires deviennent le théâtre qui met en scène les valeurs de la République et des sans-culottes : la fraternité exprimée par le partage en commun d’un repas. A la fête civique du 10 brumaire an II, sur la place de la Liberté à Belley, tous les citoyens et toutes les familles sont réunis à une même table, comme à l’Etoile en juillet 1790, “en apportant chacun son met, pour ne former qu’une seule table et la plus grande famille d’égalité de la ville de Belley régénéré ” [5].

Les fêtes révolutionnaires de l'automne 1793 et du début de l'an II, sont toutes dirigées vers le même but, affirmer la victoire politique des sans-culottes et démontrer leur puissance. Pour cela, les sans-culottes, souvent instigateurs de ces fêtes, avec l'aval complaisant des représentants du peuple en mission, utilisent des ressorts festifs déjà rodés. Ainsi, beaucoup de fêtes sans-culottines s'ouvrent par le canon, comme à Grenoble le 10 août 1793 et toutes adoptent le cortège déambulatoire. Mais lors de ces fêtes apparaît l'usage des discours, assez peu répandu jusque là et aussi les offrandes. La fête est non seulement une démonstration mais devient instruction. Désormais, les membres des sociétés populaires sont les animateurs de ces fêtes : "les membres de la société républicaine de Grenoble, les députés des diverses autres sociétés…ouvraient la marche (qui)…était fermée par le peuple en masse, confondu indistinctement avec ses magistrats et ses juges, les généraux, chefs de brigade et autres officiers de la garnison" [6].

La fête du 10 août 1793 est la démonstration de force du pouvoir sociétaire puisqu'elle regroupe les membres de la société populaire de Grenoble mais aussi des députés des sociétés populaires du département de l'Isère. Cette fête impose le gouvernement de l'après crise fédéraliste : des gardes nationaux et des officiers municipaux du canton de Grenoble y assistent.

 Toutes les ficelles sont utilisées pour démontrer la puissance du gouvernement en place, au peuple mais aussi et particulièrement à l'armée. Ainsi, l'arrivée d'un nouveau fonctionnaire est prétexte à une cérémonie. Lorsque l'officier de police militaire Jean Baptiste Pété, de Trévoux dans l'Ain, arrive à Grenoble, le 30 août 1793, il se fait reconnaître par les troupes dans le jardin de la commune de Grenoble. Pété, encore en tenue civile, s'avance accompagné des deux officiers supérieurs, face aux troupes en armes. Arrivés au milieu de la place, les tambours roulent puis Dulin, commandant de la place, lit à haute voix la nomination de Pété puis le commissaire ordonnateur lui demande de prêter serment. Jean Baptiste, dans un silence de circonstance, lève la main droite et dit : "je jure de maintenir la Liberté, l'Egalité, l'Unité et l'Indivisibilité de la République et de remplir les fonctions qui me sont confiées avec exactitude et probité" [7]. Sa prestation de serment est suivie d'un nouveau roulement de tambour, Dénnié prend la parole : "citoyen Jean Baptiste Pété, en conséquence du titre 2 de l'instruction du 13 juin 1793, relative aux tribunaux militaires, créés par la loi du 12 mai précédent, je vous installe, au nom du commissaire ordonnateur en chef de l'armée des Alpes, dans l'emploi d'officier de police de sûreté près la dite armée" [8]. Le silence circonstanciel est de nouveau bousculé par des roulements de tambour, Bragard s'avance et s'adresse à la troupe : "officiers, sous officiers et soldats de la République, nous reconnaitrons le citoyen Jean Baptiste Pété en qualité d'officier de police de sûreté près l'armée des Alpes, et nous souscrirons aux réquisitions qu'il sera dans le cas de nous faire en exécution des lois" [9]. La cérémonie se termine sur un dernier roulement de tambour.

 Alors que l’Ain voisin, connaît en l’an II, une flambée de fêtes décadaires sous l’impulsion des commissaires du représentant du peuple Albitte, où ont lieu des abjurations de prêtres, en Dauphiné, et à Grenoble en particulier, le rythme festif est tout autre. En effet, si l’Ain est le terrain de pratique des nouveaux cultes révolutionnaires, avec les abjurations de prêtres en point d’orgue, l’Isère et Grenoble ne se content que d’adopter un rythme festif célébratif. En effet, les premières fêtes de l’an II ont pour origines la présence des représentants du peuple en mission à l’armée des Alpes, qui encouragent, le 30 nivôse an II, la municipalité de Grenoble à fêter le 2 pluviôse, jour anniversaire de la mort de Louis XVI, en lui communiquant des affiches à placarder. En effet, alors qu’en l’an II le décadi dans l’Ain est un jour de chôme et de fête obligatoire, en Isère et à Grenoble en particulier, le décadi n’est pas considéré comme tel puisqu’il n’est un jour de repos que pour les autorités et pas pour les citoyens que l’on ne peut pas obliger à chômer. L'an II est marqué par des fêtes nouvelles, celle de l'Etre Suprême qui se déroule à Grenoble dans un temple octogonal reconstitué par plus de 20 ouvriers et artistes qui mettent plus de 10 jours pour le construire, ou celle du printemps, le 10 floréal an II, qui préfigure les fêtes du Directorie.

Dès lors, avec la fin de la Terreur, c’est très facilement que le rythme festif à Grenoble ne comprend “ que sept fêtes nationales dans l’année qui doivent être célébrée ” [10].

 

 Les fêtes de l’après sans-culotterie

 

            Avec la réaction thermidorienne, “ la flambée festive éphémère...cesse ” [11] mais l’organisation et la structuration des fêtes nationales se met en place. Dans l’Ain, toutefois, l’expression populaire festive se poursuit jusqu’en l’an III, les messidoriens l’utilisant pour démontrer leur pouvoir et leur force.

Sous le Directoire, le cycle des fêtes est modifié et complété. Désormais la fête prend la dimension d’un système construit, où la création spontanée n’a plus lieu : “ nous vous invitons à donner à sa solennité tout l’éclat et la pompe que vos localités peuvent permettre ” [12]. La fête officielle et organisée met en scène l’histoire de la Révolution mais aussi les fêtes morales, rythmant “chaque mois le printemps et l’été ” dans une “pédagogie civique par la fête ” [13]. L’exemplarité est mise en exergue. Ces fêtes, comme les fêtes de la fédération, suivent toute un même schéma, où l’on mêle étroitement les valeurs et la morale. A Ambérieu en Bugey, on fait prêter serment puis dans une ambiance de chants on fait brûler une couronne au pied de l’arbre de la Liberté, tandis

Les fêtes du Directoire suivent toutes un schéma festif très élaboré mais différent si il s’agit d’une fête morale ou d’une fête anniversaire. Le schéma festif de la fête morale se veut plus centralisateur et civique, prenant sur le religieux, à l’image de celle de la Reconnaissance, fêté à Grenoble : “ rassemblement à la salle décadaire. Sorti à 10 heures. La marche ouverte par la garde nationale à cheval ; suivoit la compagnie de hussards, le char garni de feuillages où étaient les blessés, les tambours et une musique nombreuse. La garde nationale et un détachement de la garnison bordait la haie des autorités constituées...un cortège nombreux suivait. La gendarmerie fermoit la marche ” [14]. Ce cortège suit un itinéraire précis pour se rendre au champ de Mars ; il passe par la Grande Rue et sort par la porte de Bonne. Arrivé au champ de Mars, les troupes de ligne en garnison à Grenoble sont mises sous les armes autour de l’enceinte. En son centre se trouve l’hôtel de la Patrie, qui à désormais une forme d’amphithéâtre, surmonté de l’arbre de la Liberté. L’autel est décoré de devises et de trophés. Autour de cette mise en scène patriotique et civique très élaborée par rapport aux première fêtes de la fédérations, à lieu tout un programme, tout d’abord des musiques et des chants civiques. Des discours du président de l’administration municipale et du commissaire du pouvoir exécutif. S’en suit une distribution de couronnes civiques avec des discours, enfin la cérémonie se termine par des chants, de la musique et un retour à la mairie pour partager un repas fraternel.

Pour ce qui est des fêtes anniversaires, celles-ci ont aussi un schéma festif mais plus travaillé et qui tend moins sur le registre religieux et plus sur la mise en scène de l’histoire à la façon théâtrale : “ plusieurs détachement de la garnison, de la Garde Nationale, divers groupes de citoyens armés de piques, de faux et des instruments de leurs professions partiront de divers points au son des tambours et de la musique et feront l’attaque simultanée de la forteresse Rabot ; des pièces de canon défendront et attaqueront ce fort et chaque soldat aura plusieurs cartouches à tirer. Le président placera le drapeau tricolore sur la forteresse au milieu des salves d’artillerie et des chants de victoire ” [15]. Ce type de fête se veut éducatif, aussi bien pour les spectateurs que pour les troupes qui s’entraient en grandeur nature, mais aussi et surtout imposant par la mise en place des moyens afin de marquer les esprits et démontrer la puissance des forces de la République.

Au début du Directoire, en l’an IV, ces fêtes donnent lieu, à Grenoble, à des comptes rendus imprimés ; c’est le cas avec la fête de la juste punition du dernier roi des Français qui se déroule à Grenoble le 10 pluviôse an IV.

             L’application et le strict respect du calendrier des fêtes n’est pas toujours exact et dépend souvent de l’ardeur des administrations municipales. Il faut une lettre circulaire du commissaire du pouvoir exécutif du département de l’Isère, le 5 ventôse an IV, pour que le programme festif officiel soit connu des municipalités du département. Ce dernier est très strict et ne se limite qu’à 7 fêtes nationales :
        Le 1er vendémiaire, avec la fête de la fondation de la République .
        Le 10 germinal, avec la fête de la jeunesse.
        Le 10 floréal, avec la fête des époux.
        Le 10 messidor, avec la fête de la reconnaissance.
        Le 10 messidor, avec la fête de l’agriculture.
        Le 9 thermidor, avec la fête de la liberté.
        Le 10 fructidor, avec la fête de la vieillesse.

La fête du 10 pluviôse, dans un soucis d’unanimité, n’est plus inscrite dans le calendrier officiel et qui est fêtée la dernière fois à Grenoble en l’an IV.

Si les fêtes sont souvent célébrées “ avec beaucoup de solennité ”  [16] dans les communes rurales de l’Ain, leur but politique laisse souvent à désirer. En effet, l’aspect non religieux de ces fêtes les rebute les habitants des campagnes. De ces faits, le discrédit tombe rapidement sur ces fêtes et ceux qui y participent. Des autorités rurales, comme celle du canton d’Eybens, pense qu’il faut faire participer plus activement les prêtres aux fêtes, en prenant une délibération, le 23 frimaire an VI ; “ les fêtes instituées par le Génie de la Liberté ne pourront être célébrée avec toute la pompe désirée des vrais patriotes qu’en requérant les ministres des cultes, non seulement à joindre leurs célébration ” [17].

De plus, pour mobiliser les populations et les intéresser, il faut interdire les fêtes populaires, les vogues, comme c’est le cas dans le canton de Vienne en l’an VI. Cette interdiction montre bien les difficultés à imposer un calendrier exclusif des fêtes nationales, tant et si bien qu’à la fin du Directoire, les fêtes décadaires, plus populaires et moins démonstratives, elles ont généralement lieu au Temple de la Raison, font leurs réapparition au plus grand bonheur des autorités : “ cette nouvelle institution est une de celles qui ne contribueront pas peu à porter le coup de mort au despotisme royal et sacerdotal, à réchauffer le républicanisme que des scènes d’horreur avaient amorti et à la formation de l’esprit public ” [18] écrit l’administration du canton urbain de Voiron le 24 frimaire an VII. Ces fêtes décadaires regroupent citoyens et administrateurs. Si l'audience, le matin, est plutôt clairsemée, l'après midi, consacrée à des jeux de plein air, concours de tir, de sabre, courses, évolutions ou défilés militaires, le peuple est plus nombreux.


 

[1] MAZAURIC (Claude) : “ La fête révolutionnaire manifestation de la politique jacobine, Rouen, 1793 ” in Les fêtes de la Révolution. Colloque de Clermont Ferrand, Paris, Société des Etudes Robespierriste, 1977.
[2] Fête de la Fédération de Gap, 14 juillet 1791. A.C. Gap B.B. 81.
[3] A.D. Isère L65.
[4] Fête de la Fédération de Gap, 14 juillet 1791. A.C. Gap B.B. 81.
[5] Registre de délibérations de la société des sans-culottes de Belley. A.C.Belley.
[6] Fête du 10 août 1793 à Grenoble, A.D. Isère L60.
[7] A.D. Ain 11L.
[8] A.D. Ain 11L.
[9] A.D. Ain 11L.
[10] A.D. Isère, L 255.
[11] VOVELLE (Michel): “ La fête révolutionnaire” in l’état de la France pendant la Révolution Française. Editions de la Découverte, Paris, 1988.
[12] Lettre de l’administration centrale du département de l’Ain, 21 fructidor an 7. Collection de l’auteur.
[13]VOVELLE (Michel) : “La fête directoriale” in l’état de la France pendant la Révolution Française. Editions de la Découverte, Paris, 1988.
[14] A.D. Isère L 255.
[15] Fête du 14 juillet à Grenoble, 22 messidor an VI. A.D. Isère L255.
[16] Tableaux des fêtes du canton d’Ambérieu, an IV. A.D. Ain 2L.
[17] Délibération de la municipalité de canton d’Eybens, 23 frimaire an VI. A.D. Isère L255.
[18] A.D. Isère L 255.



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