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Barère journaliste |
La Révolution a su développer pendant quelques années une presse d’opinion où les royalistes luttaient par articles interposés contre les enragés jacobins. Au milieu de ces joutes verbales, quelques journalistes relatèrent de façon assez neutre, les évènements dont ils furent témoins et acteurs, tout en y ajoutant, de temps à autre des commentaires.
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C’est ainsi que Bertrand Barère
débuta sa carrière journalistique avec la création, le 19 juin 1789, du
quotidien Le Point du Jour. Né le 10 septembre 1755 à Tarbes, dans les
Hautes-Pyrénées, Barère devint avocat à vingt ans. Il occupe, début 1789, le
poste de délégué à l’Assemblée électorale et il participe à la rédaction des
cahiers de doléances.
Le tarbais devient député du Tiers-Etat aux Etats-Généraux. Monté à Paris, il donne son avis sur la nouvelle société à construire, relate dans son premier périodique, les débats à l’Assemblée et les soubresauts de la Révolution naissante : « L’assemblée nationale va s’occuper surtout de la recherche des causes de la misère publique et des moyens d’y remédier. Le premier usage qu’elle fera ensuite de son temps et de ses lumières, sera employé à la déclaration des droits de l’homme… ( Le Point du Jour, 29 juin 1789 ) …Vers cinq heures, l’assemblée s’est formée de nouveau, toujours pénétrée d’une tristesse profonde. Les troupes autour de Paris et de Versailles laissaient craindre des ordres sinistres ; un mystère impénétrable enveloppait les projets du gouvernement… Mr de Noailles se présenta et rapporta la prise de l’hôtel des Invalides et l’assaut de la Bastille… ( Le Point du Jour, 16 juillet 1789 ) … Les religieux de St-Sever de Rustan, ont recommandé à l’assemblée nationale, un vieillard accablé d’infirmités. Cet acte de justice et d’humanité doit être sans doute respecté et ces religieux devraient aussi, à leur tour, respecter les propriétés nationales, en ne faisant pas des coupes dans les bois… ( Le Point du Jour, 8 décembre 1789 ). » |
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| A l’origine de la création du département des Hautes-Pyrénées, Barère est élu le 6 avril 1793 au Comité de Salut Public. Le roi a été exécuté. Les monarchies voisines semblent sur le point d’envahir la jeune république. Certaines régions se soulèvent contre la dictature de Paris. Au Comité et à l’Assemblée, on tente comme on peut de sauver le système. Bon orateur, le tarbais devient rapidement porte-parole du Comité. Il électrise les élus par ses discours enlevés qui sont restés dans l’histoire sous le nom de Carmagnoles : « Mais laisserez-vous subsister une ville qui, par sa rébellion a fait couler le sang des patriotes ?… Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n’est plus… » ~1793. |
| Trop de sang, trop d’exécutions… Le 27 juillet 1794, aidés par Barère et Vadier, les députés se soulèvent enfin contre Robespierre et la Montagne s’effondre. Les attaques pleuvent contre les membres du Comité qui se font patelins et s’accrochent au pouvoir. Le 3 septembre 1794, Barère doit démissionner. L’année 1795 commence mal et le tarbais se défend à la tribune et dans un rare journal dont on trouve difficilement quelques exemplaires encore – LES ALORS – « Je viens parcourir devant vous quelques pages du grand livre de la Révolution, non pour rouvrir des plaies encore saignantes, mais pour que chacun de nous soit plus indulgent envers ses collègues…en voyant quelle part active il a pris au mouvement révolutionnaire, quelle direction il a donné à l’esprit public, quelle influence il a eu sur les décrets, quel langage il a tenu quand tous les dangers menaçaient la patrie… J’ai déjà retracé à la Convention l’horrible tableau que présentait la France à l’époque du 10 août 1793 : attaquée sur toutes les frontières ; trahie dans ses camps, dans ses places fortes ; déchirée dans l’intérieur ; dénuée d’armes, de poudres, d’approvisionnement ; menacée d’une famine organisée par les anglais… C’est ALORS que chacun de nous jetant un regard sur l’état de la république et justement effrayé de la responsabilité de la Convention, dut prendre dans son cœur l’engagement de proposer chaque jour les mesures qu’il croirait les plus promptes à anéantir tous les ennemis de l’égalité… Dans la séance du 12 août, c’est au nom du peuple que les députés demandent l’arrestation de toutes les personnes suspectes et leur envoi à la bouche du canon des tyrans… ALORS Danton s’écriait : « Si les tyrans mettaient notre liberté en danger, nous les surpasserions en audace… ». ALORS, l’assemblée décrétait la peine de mort pour tout volontaire qui quitterait l’armée… ALORS, les 48 sections venaient solliciter l’augmentation du nombre de maisons d’arrêt… ALORS, un décret de la Convention avait mis les aristocrates hors la loi… ALORS, Lacroix faisait décréter que le Comité de Salut Public était chargé de prendre des mesures… ALORS, un député demandait une loi répressive contre le brigandage qui se commet sur la vente des frégates…euh ! non, pardon !… des marchandises à l’usage des citoyens… ALORS, Dubois-Crancé dénonçait à la Convention le fédéralisme des administrations des départements… ALORS, Danton ajoutait que la Convention se prononce aujourd’hui entre les intérêts des accapareurs et ceux du peuple (LES ALORS, No 1). |
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Malgré tous ses efforts, le pyrénéen est arrêté avec Billaud-Varenne, Collot d’Herbois et Vadier. Ils sont condamnés à la déportation en Guyane. Barère est « oublié » dans les cachots du Château d’Oléron et il s’évade de la prison de Saintes pour survivre dans un pays où le royalisme règle ses comptes. Y parviendra-t-il ? Ceci est une autre histoire....
Comme nous l’avons vu précédemment, Bertrand Barère resta très discret sur son rôle pendant la Terreur dans les colonnes de son éphémère journal LES ALORS.
Condamné à la déportation, le tarbais réussit à s’évader de la prison de Saintes et se réfugie à Bordeaux où il a de la famille. Pour survivre, l’ancien membre du Comité de Salut Public écrit plusieurs livres comme « Montesquieu peint par ses ouvrages » ou « De la Pensée du Gouvernement Républicain »…publiés en 1797.
Régulièrement choisi comme député par les habitants des Hautes-Pyrénées, l’élection de Barère est cassée par le Directoire, en 1797 et il se met à sa recherche, le manquant d’un quart d’heure.
| Le Pyrénéen revient se cacher à Paris et il est amnistié en décembre 1799 par Bonaparte qui lui propose, sans succès, une place de Préfet. Voulant plus, le tarbais devra finalement se contenter de la rédaction d’un périodique intitulé LE MÉMORIAL ANTI-BRITANNIQUE qui va paraître tous les deux jours de 1803 à 1805. |
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L’Angleterre qui a aidé au soulèvement de la Vendée, favorisé les complots royalistes, introduit un grand nombre de faux assignats en France pour en faire chuter le cours et a déjà été montrée du doigt en 1798 dans quelques journaux comme L’ENNEMI DU GOUVERNEMENT ANGLAIS.
Voyons un peu ce notre journaliste lui reproche dans son premier numéro du MÉMORIAL, le 26 septembre 1803 : « Lorsque la paix des nations est arbitrairement troublée, lorsque les calamités d’une nouvelle guerre sont impunément déversées sur l’Europe, lorsque les traités sont ouvertement violés par une puissance naturellement agressive, politiquement usurpatrice, constamment injuste, les esprits sages et éclairés doivent examiner quels peuvent être les motifs, les moyens, les résultats d’une telle violation du droit des gens. Ils doivent rechercher les causes secrètes ou publiques, politiques ou militaires qui peuvent motiver et diriger l’orgueilleuse ambition de cette puissance turbulente, pour qui l’Europe n’est tour à tour qu’une ferme (il n’y avait pas encore la vache folle) ou un champ de bataille et qui considère le monde comme un patrimoine ou le traite comme une colonie…Le gouvernement anglais est partout regardé comme l’ennemi et le fléau des plus dangereux… »
Le périodique, qui paraît tous les deux jours, propose également une partie VARIÉTÉS : « Aujourd’hui, l’Angleterre est mécontente des Européens qui, depuis la paix, étaient allés commercer avec elle et les fait transporter à ses frais sur le Continent… On dirait que SM Britannique craint que les vents de l’équinoxe ne portent une armée française sur les bords de la Tamise…Le vaisseau Duguay-Trouin a justifié le beau nom qu’il porte, en se frayant, à coups de canons, le passage à travers les vaisseaux anglais qui bloquent le port du départ à Saint-Domingue…Les Anglais en veulent beaucoup à la Seine ; ils viennent de déclarer ses ports en état de blocus. Il est probable que, lorsque les Français bloqueront la Tamise, Londres aura plus peur que Paris n’en ressent aujourd’hui… »
Le 2 décembre 1804, la publication devient LE MÉMORIAL DE L’EUROPE, et paraît tous les 3 jours : « …On a été aussi révolté à Berlin, à Vienne et Pétersbourg qu’à Paris et à Madrid de l’exécrable piraterie récemment commise par les amiraux anglais contre les bâtiments de l’Espagne…EMPIRE FRANÇAIS : Le corsaire français l’Adolphe s’est emparé, près de l’île de Wight, d’un navire anglais à trois mâts, chargé de blé, de bois… EXTÉRIEUR : La communication entre l’Irlande et l’Angleterre est presque interceptée par des nuées de corsaires français… »
Prié d’arrêter sa publication en 1805, Barère repart dans ses Pyrénées. Il sera à nouveau élu député et regagnera ému l’assemblée pendant les Cent Jours, puis ce sera l’exil en Belgique jusqu’en 1830.
La fin de sa vie le verra élu Conseiller Général de Tarbes et il s’éteindra en 1841 à l’âge de 87 ans, dans la pauvreté, regrettant son isolement forcé alors qu’il déclara : « J’ai eu 50 millions et toutes les places de France à ma disposition et je n’ai rien pris… »
Bertrand Barère, rédacteur de trois journaux, à l’origine de nombreuses lois comme celle de la liberté de la presse (Déclaration des Droits de l’Homme), auteur d’une dizaine de livres, traducteur d’ouvrages anglais et italiens, sera peut-être un jour considéré sous un autre angle pour son œuvre. Bien sûr, il n’a pas quitté le pays quand tout allait mal et a participé à la Terreur instaurée pour sauver la première République. La guerre civile, qui fit couler des flots de sang, fut probablement encouragée dans l’ombre par le vieil ennemi dont le Pyrénéen parle tout au long de son journal avec tant de colère. Rappelons-nous la Guerre de Cent Ans et le trône de France qui échappe à l’Angleterre. Pourquoi faut-il que le genre humain utilise une grande partie de son énergie pour nuire à son prochain ? L’être humain est probablement programmé pour s’autodétruire, mais le plus tard sera le mieux.
Jean-Pierre Boudet, instituteur.
Retrouvez la
vie et l’oeuvre de Bertrand Barère sur le site
http://site.voila.fr/HISTOPRESSE1/index.jhtml
(Une seconde partie de cet article, dédiée à Barère, écrivain et
journaliste, y est prévue pour cet été 2005).
http://www.sagapresse.com est un site sur la presse, consacré aux vieux journaux, échanges et annonces.