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L'armée de Mayence en Vendée |
L'armée de Mayence en Vendée (Septembre 1793 - Novembre 1793)
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" ...Plus de Vendée, plus
de royauté ; plus de Vendée, plus d’aristocratie ; plus de Vendée, et les
ennemis de la République ont disparu. Extrait du rapport de Barère à la Convention Nationale (1er Août 1793) |
Le siège de Mayence (Mars - Juillet 1793)
| La ville de Mayence, au
confluent du Rhin et du Main, a été occupée par les Français en 1644 et en
1688. Adam Philippe, Comte de Custine, entre dans la ville en ce 21
octobre 1792. Cinq mois plus tard, le 17 Mars 1793, de nouvelles autorités sont élues et siègent à Mayence, en application des lois françaises sur les territoires occupés. Battu par les Prussiens et menacé d’être encerclé dans la ville, Custine se retire le 30 Mars 1793. Mais une garnison de l’armée française confiée au général D’Oyré, s’est enfermée dans les murs de Mayence. Environ 22 000 personnes se trouvent alors dans la ville. Kléber, à la tête de neuf bataillons, se charge de ses défenses extérieures. Le 31 Mars commence le siège de la ville par 80 000 prussiens qui installent leur artillerie sur les collines environnantes. Mayence résiste mais la disette s’installe. Et le 23 Juillet, Mayence capitule... il ne reste plus que 17 000 personnes dans la ville. La garnison française quitte Mayence libre,
à condition de ne pas porter les armes contre les coalisés pendant un an.
A l’annonce de cette nouvelle, la Convention ordonne la mise en accusation
de D’Oyré et de tous les officiers d’état-major. Cependant, le 4 Août, l’Assemblée
change d’avis et décrète que l’armée de Mayence a bien mérité de la Patrie
et le 17, Kléber reçoit une commission de général de brigade. C’est lors du siège de Mayence, semble-t-il, que la première reconnaissance officielle de la jeune République Française par une puissance ennemie a lieu. Lors d’un échange de prisonniers, les officiers prussiens s’expriment en ces termes : " ...le Roi de Prusse à la République Française... ". |
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L'armée de Mayence
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Sur les 19 000 combattants
d’élite composant cette armée de Mayence, environ 2 000 ne sont jamais
venus en Vendée. Une partie des effectifs seulement appartient à l’armée
royale, les " culs blancs ". Le reste est composé de volontaires, telle la
légion des Francs formée pendant le siège de Mayence, et comprenant 120
cavaliers et 400 fantassins. A la tête de ces soldats, des généraux de grande renommée : Aubert Dubayet, surnommé " le brave Annibal " commandant en chef la division, Kléber dont Napoléon dira " qu’il grandissait de vingt coudées dans la bataille " commandant l’avant-garde, Vimeux commandant la 1ère brigade et Beaupuy commandant la 2nd, Haxo commandant la réserve. Les tactiques militaires les plus largement
employées dans cette armée sont de deux types. Un nouveau type d’artillerie semble avoir également fait son apparition en Vendée avec l’arrivée de l’armée de Mayence. Il s’agit de l’obusier, une invention récente, bouche à feu intermédiaire entre le canon et le mortier, lançant des obus creux, explosifs et donc... incendiaires. Jamais aussi grave péril n’a menacé la Vendée... |
Arrivée à Nantes (Septembre 1793)
| Article I - Le ministre de la Guerre
donnera sur-le-champ les ordres nécessaires pour que la garnison de
Mayence soit transportée en poste dans la Vendée. Il sera mis, à cet
effet, à la disposition du ministre de la Guerre 3 000 000 de francs pour
l’exécution de cette mesure. ... Article V ... Les généraux feront un choix pour former un corps de tirailleurs et de chauffeurs intrépides. Article VI ... Il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce, pour incendier les bois, les taillis et les genêts. Article VII ... Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits,... Article VIII ... Les femmes, les enfants, les vieillards seront conduits dans l’intérieur ; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté, avec tous les égards dus à l’humanité." Extraits du Décret de la Convention Nationale (1er Août 1793 ) Lors de son arrivée à Nantes, début
Septembre 1793, une solide réputation précède cette armée disciplinée,
remarquable à ses habits blancs et ses plumets rouges flottant au vent. Grande est la joie des Mayençais qui se félicitent d’être associés à des troupes qui ont déjà signalé leur courage en de nombreuses occasions et à un général doté d’une très bonne réputation. Le 10 septembre, selon l’ordre de Canclaux, Kléber prend la tête de l’avant-garde mayençaise pour seconder l’attaque de Beysser sur Port St Père. Pour la première fois, les paysans voient éclater les obus, comme l’écrit Canclaux dans une lettre à Beysser : " on m’a seulement demandé la permission de leur faire connaître les obus...". C’est le premier triomphe des Mayençais. Puis, Kléber poursuit vers Legé désertée. Le 16, ils arrivent devant Montaigu, sur la piste de Charette qui file déjà sur Cholet. Le 17, Kléber s’empare de Clisson sans trouver trace de l’ennemi. |
Bataille de Torfou (19 Septembre 1793)
| Les principales armées royalistes se sont
en effet concentrées autour de Cholet. L’avant-garde mayençaise campant à
Mortagne, les vendéens vont à sa rencontre en marchant au milieu des
flammes qui dévorent leurs moissons et leurs chaumières. Ils vont se
mesurer pour la première fois contre des bataillons valeureux et bien
armés. Kléber avance lentement dans ce pays couvert. Il ordonne à une trentaine de chasseurs à cheval de gagner les hauteurs de Torfou et de s’y maintenir. Le feu vendéen les arrête mais l’infanterie de Marigny arrive et charge à la baïonnette. Les hommes de Charette et Joly cèdent. Les soldats républicains occupent la crête et Kléber fait avancer deux pièces de canon. Le feu de l’artillerie et de la mousqueterie cause de part et d’autre un carnage horrible. Mais les hommes de Charette ne représentent que l’avant-garde d’une immense armée déployée sur un front impressionnant, représentant environ 20 000 combattants contre 2 000 soldats de Kléber. Et c’est cette ligne étendue que découvre Kléber en débouchant sur le plateau de Torfou, pensant poursuivre une armée en fuite alors qu’elle occupe le bois autour de Torfou et a pris position derrière un ravin. Les Mayençais, chargés des objets pillés
dans les villages, n’avancent que lentement. Et sur la gauche, deux
bataillons lâchent pied. Kléber ordonne à une compagnie d’aller les
remplacer. Au moment de ce départ, le reste des troupes pense à un
mouvement de retraite et fuit. Kléber se porte sur la gauche et constate
que l’ennemi est maître du village mais ses soldats disputent le terrain.
De retour sur la droite, il ne peut que constater l’état insoutenable de
la situation. A ce moment, il est blessé à l’épaule et ordonne la
retraite. Le lendemain, les généraux vendéens
décident que Charette et Lescure écraseront Beysser à Montaigu, et réunis
ensuite à Bonchamps attaqueront Canclaux à sa sortie de Clisson. Une
nouvelle victoire sourit à Charette et Lescure bien aidés en cela par la
désobéissance de Beysser qui une fois de plus a oublié les ordres de
Canclaux et est resté à Montaigu où 2 000 de ses hommes vont trouver la
mort. |
La voix du patriotisme ...
| Du 18 au 22 septembre, les vendéens
viennent de gagner cinq grandes batailles et se croient hors de danger.
C’est sans compter sur la confiance que porte Canclaux aux Mayençais
vaincus. Le 25 Septembre, il s’empare de Clisson et établit son quartier
général à Montaigu le 1er Octobre.
La convention nationale par décret du même
jour, nomme Léchelle commandant en chef de l’armée de l’Ouest (réunion de
l’armée des côtes de La Rochelle à celle des côtes de Brest). Canclaux continue son mouvement. Le 6 Octobre, l’avant-garde républicaine menée par Kléber se heurte aux avant-postes vendéens. Mais toute l’armée vendéenne se cache dans les genêts et derrière les haies. Les Mayençais progressent, Kléber déploie huit compagnies de grenadiers et conserve ses autres bataillons en colonne par pelotons de manière à déborder la gauche de l’ennemi. Les chasseurs se précipitent dans les rangs vendéens, baïonnette au fusil. Les combattants sont tellement mêlés que des deux côtés, les canons se taisent. Canclaux arrive et tourne l’ennemi par son flanc droit. Les blancs fortement ébranlés, prennent la fuite. Mais un événement de grande sensation termine cette journée victorieuse des bleus : Canclaux, Grouchy et Dubayet reçoivent la nouvelle de leur rappel. Canclaux et Aubert-Dubayet n’ont contre eux que d’être nobles. Grouchy semble avoir montré trop d’humanité et le contenu de son ordre du jour du 20 Septembre plaide en sa défaveur : "Il est défendu à tout militaire de l’armée d’incendier aucune maison sans ordre des représentants du peuple et des généraux.Il est défendu d’attenter à la vie des femmes, des enfants et des vieillards. Il est défendu de porter atteinte aux proriétés et de piller. Les propriétés des brigands appartiennent à la République. Ce n’est point aux soldats d’en disposer... "
La destitution de Canclaux est regrettée
par les militaires ...: Léchelle arrive le 8 octobre à Montaigu et réunit un conseil de guerre où Kléber soutient le plan Canclaux. Léchelle trouve ce projet à son goût mais précise qu’il faut se montrer, et marcher en masse majestueusement ! C’est la stupéfaction dans l’assistance qui fait dire au représentant Merlin " Je crois qu’on a pris à tâche de nous envoyer ce qu’il y a de plus ignorant. " |
Marche de l'armée sous Léchelle
| Clisson, le 13 Octobre ; Tiffauges, le
14 ; Kléber continue sa percée en réduisant tout en cendres sous ses pas.
Les maisons s’embrasent sous l’effet des mèches incendiaires faites en
roseau ou en papier et pleines de poudre de soufre. La Vendée résiste et
ses soldats au nombre de 30 à 40 000 se regroupent sur les côteaux de
Mortagne, pour se porter vers Cholet.
Et alors que le ministre par une dépêche avise Léchelle : " ...Surveillez l’armée de Mayence, tâchez d’en former sans affectation des têtes de colonne dans différentes divisions. Il faut détruire l’esprit de corps, et qu’il n’y ait d’autre émulation que de servir la patrie...". Kléber entre le 15 Octobre dans Cholet désertée par les vendéens. Ceux-ci sont à Beaupréau en conseil de guerre pour débattre sur la question de l’engagement dans une dernière bataille à Cholet. Si l’ensemble des généraux répondent favorablement à cette interrogation, il faut également envisager une éventuelle retraite. Bonchamps reparle de faire franchir la Loire pour soulever la Bretagne et D’Elbée pense que les Vendéens ne quitteront jamais leur sol. Mais les voix du Prince de Talmont, d’Autichamp et Donissan parlent en faveur de l’exode. Le plan de Bonchamps est adopté. Le 17 Octobre, l’armée vendéenne forte de
40 000 hommes marche vers Cholet où elle va se heurter à une armée
beaucoup moins nombreuse mais plus forte par sa flamme guerrière et sa
discipline. Le combat est terrible, on se fusille à bout portant et on
s’égorge à l’arme blanche. Des milliers de combattants couvrent le sol.
D’Elbée et Bonchamps sont mortellement blessés et plusieurs des vieux
compagnons de Mayence de Kléber disparaissent lors de cette journée. " ...Bientôt toute la contrée est en feu ; quantité de brigands, cachés dans les châteaux, fermes et hameaux environnant la route, ayant refusé de se rendre, deviennent, ainsi que leur repaires, la proie des flammes... Ainsi se termina cette sanglante et mémorable journée... Les champs et les chemins avoisinant la ville de Cholet furent jonchés de cadavres... Jamais ils [les vendéens] n’ont donné un combat aussi opiniâtre, si bien ordonné, ...Les rebelles combattaient commes des tigres et nos soldats comme des lions... Si dans le récit de cette bataille, il n’est pas fait mention du général Léchelle.., c’est que personne ne peut assurer les y avoir vus. Ils sont restés constamment hors de portée du canon.. " (Extrait des mémoires de Kléber). " .. Je dois convenir ici que sans l’armée de Mayence, qui fit des prodiges de valeur, tout était perdu. Kléber et Beaupuy eurent plusieurs chevaux tués sous eux et, marchant à pied à la tête des colonnes, ils rivalisaient de courage et de dévouement avec les plus braves... " (Extrait du rapport du représentant Choudieu) |
La virée de Galerne
| Après avoir traversé la Loire, les
vendéens nomment un nouveau généralissime. Henri De La Rochejaquelein
obtient cet honneur et décide de porter ses pas en Bretagne pour s’emparer
d’un port et permettre ainsi d’entrer en contact avec la flotte anglaise.
Candé, Château-Gontier, Laval, en trois jours plus de 110km sont parcourus
et quelques jours de repos seront les bienvenus à Laval. L’armée vendéenne
voit ses rangs se renforcer avec les 6 000 chouans des frères Cottereau
mais, le 25 Octobre l’approche des Mayençais est annoncée. Léchelle a donné son ordre de marche : 20 000 hommes filent sur une colonne, deux par deux, pour attaquer Laval. A perte de vue, un immense " serpent " se déroule. Le canon se fait entendre sur la hauteur d’Entrammes. " ...Avant que 30 000 hommes soient défilé et se soient mis en bataille, ceux qui sont à la tête sont toujours hachés et dissipent leurs munitions...Nous allions là dans la certitude de vaincre, mais la maladresse de notre général Léchelle nous arracha la victoire. Il nous faisait tous marcher sur une seule colonne ; nous défilions deux par deux dans la grande route et nous occupions un espace immense, tandis que notre avant-garde, qui essuyait le feu bien exécuté d’un ennemi qui l’attendait, rangé depuis longtemps en bataille, ne pouvait être secourue que par deux ou quatre hommes à la fois, qui étaient renversés, pour ainsi dire, en paraissant..." (Extrait d’une lettre du soldat Broussais) Kléber fait déployer ses bataillons à
droite et à gauche de la route pour soutenir l’avant-garde qui cède du
terrain. Léchelle fait arrêter la deuxième division sans la déployer et se
dispose à la retraite. La déroute commence et Léchelle donne lui-même
l’exemple de la fuite. Kléber envoie deux de ses bataillons pour assurer
cette retraite. Mais le désordre est à son comble et Kléber voit pour la
première fois fuir les soldats de Mayence. Une centaine de soldats ralliés
par Merlin et Turreau arrêtent quelques temps l’ardeur de l’ennemi. " Tel fut le résultat de cette fatale
journée, et de l’inconcevable entêtement d’un homme si peu fait pour
commander. " Le jugement de Kléber est sans appel. Et pourtant, c’est
à l’armée de Mayence que Léchelle veut attribuer toute la faute de ce
revers. " Il est mort de chagrin, presque dans
mes bras. " écrit Carrier à la Convention. |
La fin de l'armée de Mayence
| Le 29 Octobre, un nouveau conseil de
guerre doit décider si l’armée républicaine se maintiendra au
Lion-d’Angers ou se portera sur Château-Gontier. Kléber propose de faire
entrer les débris de l’armée dans Angers pour la réorganiser, lui procurer
des souliers et autres effets indispensables. Le lendemain, la troupe se
met en marche pour séjourner six jours à Angers.
Le Comité de Salut Public décide par arrêté
que l’armée de Mayence serait amalgamée avec les autres troupes et écrit
aux représentants : " Le Comité voit avec inquiétude que la garnison de
Mayence semble former une masse à part et animée de principes différents
de ceux qui distinguent les armées républicaines. Le Comité non seulement
vous autorise, mais vous charge de la diviser et d’en disséminer toutes
les parties de manière que cette espèce d’esprit de corps soit
détruit...." L’armée de Mayence n’existe plus ... vaincue par les Républicains. |
Quelques sources :
| - Emile Gabory, Les guerres de Vendée - Jean-Julien Savary, Guerre des Vendéens et des chouans contre la république française (Tome II) - Georges Bordonove, La guerre de Vendée - Poirier de Beauvais, Mémoires inédits - Kléber, Mémoires politiques et militaires 1793-1794 - F.Chevalier, Jean Léchelle et les événements de la Vendée (Revue des questions historiques) |