L'armée de Mayence en Vendée
Texte par
Christine Duranteau
Soumis le 28/06/2004



L'armée de Mayence en Vendée (Septembre 1793 - Novembre 1793)

" ...Plus de Vendée, plus de royauté ; plus de Vendée, plus d’aristocratie ; plus de Vendée, et les ennemis de la République ont disparu.
Les événements de Mayence nous renvoient des garnisons longtemps exercées dans l’art des combats ;...
Ordonnez que ces garnisons se rendront en poste dans les forêts de la Vendée, l’honneur français les appelle ; le salut de la République leur commande ;... "

Extrait du rapport de Barère à la Convention Nationale (1er Août 1793)

Le siège de Mayence (Mars - Juillet 1793)

La ville de Mayence, au confluent du Rhin et du Main, a été occupée par les Français en 1644 et en 1688. Adam Philippe, Comte de Custine, entre dans la ville en ce 21 octobre 1792.
Cinq mois plus tard, le 17 Mars 1793, de nouvelles autorités sont élues et siègent à Mayence, en application des lois françaises sur les territoires occupés.
Battu par les Prussiens et menacé d’être encerclé dans la ville, Custine se retire le 30 Mars 1793. Mais une garnison de l’armée française confiée au général D’Oyré, s’est enfermée dans les murs de Mayence. Environ 22 000 personnes se trouvent alors dans la ville. Kléber, à la tête de neuf bataillons, se charge de ses défenses extérieures.
Le 31 Mars commence le siège de la ville par 80 000 prussiens qui installent leur artillerie sur les collines environnantes. Mayence résiste mais la disette s’installe.
Et le 23 Juillet, Mayence capitule... il ne reste plus que 17 000 personnes dans la ville.

La garnison française quitte Mayence libre, à condition de ne pas porter les armes contre les coalisés pendant un an. A l’annonce de cette nouvelle, la Convention ordonne la mise en accusation de D’Oyré et de tous les officiers d’état-major. Cependant, le 4 Août, l’Assemblée change d’avis et décrète que l’armée de Mayence a bien mérité de la Patrie et le 17, Kléber reçoit une commission de général de brigade.
Custine, arrêté en Juillet, est guillotiné le 28 Août 1793 en raison de sa conduite ambiguë.

C’est lors du siège de Mayence, semble-t-il, que la première reconnaissance officielle de la jeune République Française par une puissance ennemie a lieu. Lors d’un échange de prisonniers, les officiers prussiens s’expriment en ces termes : " ...le Roi de Prusse à la République Française... ".


Custine


Kléber

L'armée de Mayence

Sur les 19 000 combattants d’élite composant cette armée de Mayence, environ 2 000 ne sont jamais venus en Vendée. Une partie des effectifs seulement appartient à l’armée royale, les " culs blancs ". Le reste est composé de volontaires, telle la légion des Francs formée pendant le siège de Mayence, et comprenant 120 cavaliers et 400 fantassins.
A la tête de ces soldats, des généraux de grande renommée : Aubert Dubayet, surnommé " le brave Annibal " commandant en chef la division, Kléber dont Napoléon dira " qu’il grandissait de vingt coudées dans la bataille " commandant l’avant-garde, Vimeux commandant la 1ère brigade et Beaupuy commandant la 2nd, Haxo commandant la réserve.

Les tactiques militaires les plus largement employées dans cette armée sont de deux types.
La formation la plus traditionnelle est " la ligne ou l’ordre mince ". Les soldats placés sur trois rangs offrent une bonne concentration du tir, nécessaire pour effectuer des feux de file ou assurer une retraite efficace. Cet ordre mince est utilisé pour tourner l’ennemi ou empêcher celui-ci de tourner les troupes. De nombreux témoignages vendéens confirment cet état de fait et parlent de retraite en ligne des Mayençais, et des morts jonchant le sol en position parfaitement alignée.
La formation de combat révolutionnaire est " la colonne " d’attaque associée à la baïonnette. Elle demande moins d’instruction que la précédente et est donc plus adaptée aux volontaires. L’utilisation la plus malheureuse de cette formation, comme nous le verrons plus tard, est celle effectuée par le général Léchelle à Entrammes.

Un nouveau type d’artillerie semble avoir également fait son apparition en Vendée avec l’arrivée de l’armée de Mayence. Il s’agit de l’obusier, une invention récente, bouche à feu intermédiaire entre le canon et le mortier, lançant des obus creux, explosifs et donc... incendiaires.

Jamais aussi grave péril n’a menacé la Vendée...

Arrivée à Nantes (Septembre 1793)

 Article I - Le ministre de la Guerre donnera sur-le-champ les ordres nécessaires pour que la garnison de Mayence soit transportée en poste dans la Vendée. Il sera mis, à cet effet, à la disposition du ministre de la Guerre 3 000 000 de francs pour l’exécution de cette mesure.
...
Article V ... Les généraux feront un choix pour former un corps de tirailleurs et de chauffeurs intrépides.
Article VI ... Il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce, pour incendier les bois, les taillis et les genêts.
Article VII ... Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits,...
Article VIII ... Les femmes, les enfants, les vieillards seront conduits dans l’intérieur ; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté, avec tous les égards dus à l’humanité."

Extraits du Décret de la Convention Nationale (1er Août 1793 )

Lors de son arrivée à Nantes, début Septembre 1793, une solide réputation précède cette armée disciplinée, remarquable à ses habits blancs et ses plumets rouges flottant au vent.
Cette troupe glorieuse, dont la Convention n’a pas déterminé l’affectation, est revendiquée par l’armée de Canclaux (armée des côtes de Brest) et par celle de Rossignol (armée des côtes de La Rochelle). Les premières rivalités entre généraux républicains apparaissent .
Le 2 septembre, à Saumur, les représentants prennent un arrêté pour établir un Conseil de guerre avec pour objectif d’élaborer un plan de campagne. Après de nombreux débats, à la question " la garnison de Mayence dirigera-t-elle sa marche par Saumur ou par Nantes ? ", aucune majorité n’est trouvée (10 voix pour Nantes, 10 voix pour Saumur).
Il est donc demandé aux généraux de se concerter de nouveau. Et il est décidé que l’armée de Mayence marcherait sur Nantes et serait rattachée à l’armée des côtes de Brest.

Grande est la joie des Mayençais qui se félicitent d’être associés à des troupes qui ont déjà signalé leur courage en de nombreuses occasions et à un général doté d’une très bonne réputation.

Le 10 septembre, selon l’ordre de Canclaux, Kléber prend la tête de l’avant-garde mayençaise pour seconder l’attaque de Beysser sur Port St Père. Pour la première fois, les paysans voient éclater les obus, comme l’écrit Canclaux dans une lettre à Beysser : " on m’a seulement demandé la permission de leur faire connaître les obus...". C’est le premier triomphe des Mayençais. Puis, Kléber poursuit vers Legé désertée. Le 16, ils arrivent devant Montaigu, sur la piste de Charette qui file déjà sur Cholet. Le 17, Kléber s’empare de Clisson sans trouver trace de l’ennemi.

Bataille de Torfou (19 Septembre 1793)

Les principales armées royalistes se sont en effet concentrées autour de Cholet. L’avant-garde mayençaise campant à Mortagne, les vendéens vont à sa rencontre en marchant au milieu des flammes qui dévorent leurs moissons et leurs chaumières. Ils vont se mesurer pour la première fois contre des bataillons valeureux et bien armés.
Kléber avance lentement dans ce pays couvert. Il ordonne à une trentaine de chasseurs à cheval de gagner les hauteurs de Torfou et de s’y maintenir. Le feu vendéen les arrête mais l’infanterie de Marigny arrive et charge à la baïonnette. Les hommes de Charette et Joly cèdent. Les soldats républicains occupent la crête et Kléber fait avancer deux pièces de canon. Le feu de l’artillerie et de la mousqueterie cause de part et d’autre un carnage horrible.
Mais les hommes de Charette ne représentent que l’avant-garde d’une immense armée déployée sur un front impressionnant, représentant environ 20 000 combattants contre 2 000 soldats de Kléber. Et c’est cette ligne étendue que découvre Kléber en débouchant sur le plateau de Torfou, pensant poursuivre une armée en fuite alors qu’elle occupe le bois autour de Torfou et a pris position derrière un ravin.

Les Mayençais, chargés des objets pillés dans les villages, n’avancent que lentement. Et sur la gauche, deux bataillons lâchent pied. Kléber ordonne à une compagnie d’aller les remplacer. Au moment de ce départ, le reste des troupes pense à un mouvement de retraite et fuit. Kléber se porte sur la gauche et constate que l’ennemi est maître du village mais ses soldats disputent le terrain. De retour sur la droite, il ne peut que constater l’état insoutenable de la situation. A ce moment, il est blessé à l’épaule et ordonne la retraite.
Ces guerriers sont vaincus et au milieu d’un pays inconnu, dans des chemins défoncés, à travers des haies, ils reculent pour la première fois devant les vendéens. Pour s’échapper l’armée républicaine n’a qu’une seule issue, le pont du ruisseau de Gétigné. Le colonel Chevardin, chef de bataillon des chasseurs de Saône et Loire, est chargé de couvrir la retraite. Il y meurt mais le reste de l’armée est sauvée.
Aux yeux de Kléber, un seul homme est responsable de ce désastre : Beysser. Il n’a pas obéi à l’ordre donné de tenir avec l’armée de Mayence et son esprit d’indépendance l’a poussé à marcher sur Montaigu dont il s’est emparé.

Le lendemain, les généraux vendéens décident que Charette et Lescure écraseront Beysser à Montaigu, et réunis ensuite à Bonchamps attaqueront Canclaux à sa sortie de Clisson. Une nouvelle victoire sourit à Charette et Lescure bien aidés en cela par la désobéissance de Beysser qui une fois de plus a oublié les ordres de Canclaux et est resté à Montaigu où 2 000 de ses hommes vont trouver la mort.
Mais la désobéissance n’est pas l’apanage des républicains, Charette et Lescure au lendemain de leur succès, décident de se diriger vers St Fulgent où Mieszkowski est isolé avec 4 500 hommes au lieu de marcher contre Canclaux.
Cette faute va avoir une conséquence extrêmement grave pour les royalistes : elle sauve Canclaux. Seule, l’armée de Bonchamps essaie de repousser à plusieurs reprise les soldats rescapés de l’armée de Mayence. Mais, Aubert-Dubayet avec ses meilleurs soldats résistent et permet à Canclaux de continuer sa marche vers Nantes, vaincu mais sauvé.

La voix du patriotisme ...

Du 18 au 22 septembre, les vendéens viennent de gagner cinq grandes batailles et se croient hors de danger. C’est sans compter sur la confiance que porte Canclaux aux Mayençais vaincus. Le 25 Septembre, il s’empare de Clisson et établit son quartier général à Montaigu le 1er Octobre.

La convention nationale par décret du même jour, nomme Léchelle commandant en chef de l’armée de l’Ouest (réunion de l’armée des côtes de La Rochelle à celle des côtes de Brest).
Le ministre de la guerre, par lettre en date du 2, écrit au général : " ... les changements faits dans l’état-major, pour remplacer ceux qui ne sont pas républicains par d’autres reconnus tels, vous assureront des succès que vous n’auriez pas obtenus sans cela. Faites entendre la voix du patriotisme, et surtout à la ci-devant garnison de Mayence, qui, longtemps enfermée dans cette terre étrangère, n’a pu se fortifier, autant que nous, dans les principes actuels de notre gouvernement..."

Canclaux continue son mouvement. Le 6 Octobre, l’avant-garde républicaine menée par Kléber se heurte aux avant-postes vendéens. Mais toute l’armée vendéenne se cache dans les genêts et derrière les haies. Les Mayençais progressent, Kléber déploie huit compagnies de grenadiers et conserve ses autres bataillons en colonne par pelotons de manière à déborder la gauche de l’ennemi. Les chasseurs se précipitent dans les rangs vendéens, baïonnette au fusil. Les combattants sont tellement mêlés que des deux côtés, les canons se taisent. Canclaux arrive et tourne l’ennemi par son flanc droit. Les blancs fortement ébranlés, prennent la fuite.

Mais un événement de grande sensation termine cette journée victorieuse des bleus : Canclaux, Grouchy et Dubayet reçoivent la nouvelle de leur rappel. Canclaux et Aubert-Dubayet n’ont contre eux que d’être nobles. Grouchy semble avoir montré trop d’humanité et le contenu de son ordre du jour du 20 Septembre plaide en sa défaveur : "Il est défendu à tout militaire de l’armée d’incendier aucune maison sans ordre des représentants du peuple et des généraux.Il est défendu d’attenter à la vie des femmes, des enfants et des vieillards. Il est défendu de porter atteinte aux proriétés et de piller. Les propriétés des brigands appartiennent à la République. Ce n’est point aux soldats d’en disposer... "


Canclaux

La destitution de Canclaux est regrettée par les militaires ...:
...ce qu’il y a de malheureux, c’est que Canclaux, qui commandait cette armée, a été destitué ... en vertu d’un décret qui supprime tous les généraux nobles ; ce décret fait grand tort, Canclaux était un grand général...il emporte les regrets de toutes les armées..." (Extrait d’une lettre du soldat Broussais)
...autant que par les représentants :
...qu’on destitue les nobles et gens suspects, mais qu’on laisse à l’armée tous ceux qui servent bien la République, sans quoi on décourage une foule de braves gens... " (Extrait de la lettre de Choudieu et Bellegarde au Comité de Salut Public, le 8 Octobre)

Léchelle arrive le 8 octobre à Montaigu et réunit un conseil de guerre où Kléber soutient le plan Canclaux. Léchelle trouve ce projet à son goût mais précise qu’il faut se montrer, et marcher en masse majestueusement ! C’est la stupéfaction dans l’assistance qui fait dire au représentant Merlin " Je crois qu’on a pris à tâche de nous envoyer ce qu’il y a de plus ignorant. "

Marche de l'armée sous Léchelle

Clisson, le 13 Octobre ; Tiffauges, le 14 ; Kléber continue sa percée en réduisant tout en cendres sous ses pas. Les maisons s’embrasent sous l’effet des mèches incendiaires faites en roseau ou en papier et pleines de poudre de soufre. La Vendée résiste et ses soldats au nombre de 30 à 40 000 se regroupent sur les côteaux de Mortagne, pour se porter vers Cholet.

Et alors que le ministre par une dépêche avise Léchelle : " ...Surveillez l’armée de Mayence, tâchez d’en former sans affectation des têtes de colonne dans différentes divisions. Il faut détruire l’esprit de corps, et qu’il n’y ait d’autre émulation que de servir la patrie...". Kléber entre le 15 Octobre dans Cholet désertée par les vendéens. Ceux-ci sont à Beaupréau en conseil de guerre pour débattre sur la question de l’engagement dans une dernière bataille à Cholet. Si l’ensemble des généraux répondent favorablement à cette interrogation, il faut également envisager une éventuelle retraite. Bonchamps reparle de faire franchir la Loire pour soulever la Bretagne et D’Elbée pense que les Vendéens ne quitteront jamais leur sol. Mais les voix du Prince de Talmont, d’Autichamp et Donissan parlent en faveur de l’exode. Le plan de Bonchamps est adopté.

Le 17 Octobre, l’armée vendéenne forte de 40 000 hommes marche vers Cholet où elle va se heurter à une armée beaucoup moins nombreuse mais plus forte par sa flamme guerrière et sa discipline. Le combat est terrible, on se fusille à bout portant et on s’égorge à l’arme blanche. Des milliers de combattants couvrent le sol. D’Elbée et Bonchamps sont mortellement blessés et plusieurs des vieux compagnons de Mayence de Kléber disparaissent lors de cette journée.
Les vendéens vaincus se précipitent vers la Loire, suivis par 60 000 paysans, et arrivent sur les bords du fleuve à Saint Florent Le Vieil, le 18 Octobre.

...Bientôt toute la contrée est en feu ; quantité de brigands, cachés dans les châteaux, fermes et hameaux environnant la route, ayant refusé de se rendre, deviennent, ainsi que leur repaires, la proie des flammes... Ainsi se termina cette sanglante et mémorable journée... Les champs et les chemins avoisinant la ville de Cholet furent jonchés de cadavres... Jamais ils [les vendéens] n’ont donné un combat aussi opiniâtre, si bien ordonné, ...Les rebelles combattaient commes des tigres et nos soldats comme des lions... Si dans le récit de cette bataille, il n’est pas fait mention du général Léchelle.., c’est que personne ne peut assurer les y avoir vus. Ils sont restés constamment hors de portée du canon.. " (Extrait des mémoires de Kléber).

.. Je dois convenir ici que sans l’armée de Mayence, qui fit des prodiges de valeur, tout était perdu. Kléber et Beaupuy eurent plusieurs chevaux tués sous eux et, marchant à pied à la tête des colonnes, ils rivalisaient de courage et de dévouement avec les plus braves... " (Extrait du rapport du représentant Choudieu)

La virée de Galerne

Après avoir traversé la Loire, les vendéens nomment un nouveau généralissime. Henri De La Rochejaquelein obtient cet honneur et décide de porter ses pas en Bretagne pour s’emparer d’un port et permettre ainsi d’entrer en contact avec la flotte anglaise. Candé, Château-Gontier, Laval, en trois jours plus de 110km sont parcourus et quelques jours de repos seront les bienvenus à Laval. L’armée vendéenne voit ses rangs se renforcer avec les 6 000 chouans des frères Cottereau mais, le 25 Octobre l’approche des Mayençais est annoncée.
Léchelle a donné son ordre de marche : 20 000 hommes filent sur une colonne, deux par deux, pour attaquer Laval. A perte de vue, un immense " serpent " se déroule. Le canon se fait entendre sur la hauteur d’Entrammes.

...Avant que 30 000 hommes soient défilé et se soient mis en bataille, ceux qui sont à la tête sont toujours hachés et dissipent leurs munitions...Nous allions là dans la certitude de vaincre, mais la maladresse de notre général Léchelle nous arracha la victoire. Il nous faisait tous marcher sur une seule colonne ; nous défilions deux par deux dans la grande route et nous occupions un espace immense, tandis que notre avant-garde, qui essuyait le feu bien exécuté d’un ennemi qui l’attendait, rangé depuis longtemps en bataille, ne pouvait être secourue que par deux ou quatre hommes à la fois, qui étaient renversés, pour ainsi dire, en paraissant..." (Extrait d’une lettre du soldat Broussais)

Kléber fait déployer ses bataillons à droite et à gauche de la route pour soutenir l’avant-garde qui cède du terrain. Léchelle fait arrêter la deuxième division sans la déployer et se dispose à la retraite. La déroute commence et Léchelle donne lui-même l’exemple de la fuite. Kléber envoie deux de ses bataillons pour assurer cette retraite. Mais le désordre est à son comble et Kléber voit pour la première fois fuir les soldats de Mayence. Une centaine de soldats ralliés par Merlin et Turreau arrêtent quelques temps l’ardeur de l’ennemi.
Poursuivis jusqu’à Château-Gontier, Kléber essaie de réunir quelques hommes pour protéger le pont. Il les trouve dans la légion des Francs, le 2ème bataillon du Jura, et les grenadiers de Blosse mais très vite, la seule issue pour les républicains est d’effectuer une retraite en bon ordre. C’est alors que les vendéens s’emparent de deux pièces d’artillerie et retournent ces armes contre les bleus qui abandonnent au cours de cette déroute, dix neufs pièces de canons, des chariots de pain et d’eau-de-vie. Kléber perd plus de 1 000 hommes.

Tel fut le résultat de cette fatale journée, et de l’inconcevable entêtement d’un homme si peu fait pour commander. " Le jugement de Kléber est sans appel. Et pourtant, c’est à l’armée de Mayence que Léchelle veut attribuer toute la faute de ce revers.
Le 28 Octobre, l’armée traverse le Lion-d’Angers et prend position au-delà de la ville. Léchelle choisit de parcourir l’armée de Mayence avec Kléber et un seul cri s’élève alors : " A bas Léchelle, à bas ! ..Vive Dubayet ! qu’on nous le rende ! Vive Kléber ! ". Les représentants Choudieu, Merlin et Turreau, s’ils ne peuvent cautionner les vivas pour Dubayet, conçoivent que les soldats apostrophent Léchelle qui ne mérite plus leur confiance, et engagent celui-ci à demander un congé pour le rétablissement de sa santé.
Léchelle quitte l’armée mais en laissant entendre que la défaite était due à l’or de Pitt qui avait influencé l’armée de Mayence. Il gagne Nantes et descend à l’hôtel de France (place Graslin) où il trouve la mort le 11 Novembre 1793.

Il est mort de chagrin, presque dans mes bras. " écrit Carrier à la Convention.
Il s’est empoisonné hier au soir, le 22 Brumaire. Il est mort deux heures après, et les scellés ont été mis de suite sur ses papiers. "
(Extrait d’une correspondance particulière de Nantes).
Pour d’autres, il est mort dans les bras de son ami Susbielle en chantant " La Marseillaise".

La fin de l'armée de Mayence

Le 29 Octobre, un nouveau conseil de guerre doit décider si l’armée républicaine se maintiendra au Lion-d’Angers ou se portera sur Château-Gontier. Kléber propose de faire entrer les débris de l’armée dans Angers pour la réorganiser, lui procurer des souliers et autres effets indispensables. Le lendemain, la troupe se met en marche pour séjourner six jours à Angers.

Le Comité de Salut Public décide par arrêté que l’armée de Mayence serait amalgamée avec les autres troupes et écrit aux représentants : " Le Comité voit avec inquiétude que la garnison de Mayence semble former une masse à part et animée de principes différents de ceux qui distinguent les armées républicaines. Le Comité non seulement vous autorise, mais vous charge de la diviser et d’en disséminer toutes les parties de manière que cette espèce d’esprit de corps soit détruit...."
Le 3 Novembre, Nouvion, chef d’état-major, annonce en conseil de guerre à Angers que la réorganisation et l’amalgame de l’armée sont terminés.

L’armée de Mayence n’existe plus ... vaincue par les Républicains.

Quelques sources :

- Emile Gabory, Les guerres de Vendée
- Jean-Julien Savary, Guerre des Vendéens et des chouans contre la république française (Tome II)
- Georges Bordonove, La guerre de Vendée
- Poirier de Beauvais, Mémoires inédits
- Kléber, Mémoires politiques et militaires 1793-1794
- F.Chevalier, Jean Léchelle et les événements de la Vendée (Revue des questions historiques)


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© Christine Duranteau 2004
Notes et Archives 1789-1794