Constantin François de Chassebœuf, dit VOLNEY (1757-1820)
[32 ans en 1789]

Craon 1757, Paris 1820
Il fit d’abord des études de médecine, puis se dirigea vers l’histoire. Proche de Madame Helvétius et de d’Holbach, il participa à leurs salons où l’avait introduit Cabanis. Il voyagea longuement au Moyen-Orient, et en rapporta un Voyage en Egypte et en Syrie qui le rendit célèbre. A partir de 1785, il prit le pseudonyme de Volney, contraction de Voltaire et Ferney, qui constituait déjà, en soi, un programme de pensée... Il allait être, en effet, l’un des grands voltairiens de la Révolution.
Lors de la préparation des Etats Généraux, il se lança dans le journalisme et la politique : c’est au sujet des élections et des troubles de Bretagne, où il avait des propriétés, que son journal, La Sentinelle du Peuple, fut consacré. Il s’agit en fait d’une série de pamphlets remarquables. Il y propageait les idées nouvelles et surtout dénonçait les menées des privilégiés en des termes si acérés (il avait un très grand talent) qu’il se fit connaître jusqu’à Paris. Il réclamait l’égalité devant l’impôt, l’admissibilité de tous aux grades et aux fonctions, le progrès de l’instruction publique. Il militait aussi pour la réforme des Etats de Bretagne, et rompait des lances avec le Parlement de Rennes : n’annonçait-il pas « que le nouveau Parlement de Bretagne sera composé d’un quart d’ecclésiastiques, d’un quart de nobles et d’une moitié de roturiers, que les charges ne seront plus héréditaires, mais qu’on les obtiendra par concours, et que celle de président sera annuelle, passant alternativement dans les trois ordres » ? Il contribua de la sorte à travailler l’opinion. Mais il préféra quitter la région après les émeutes de Rennes. Il n’avait rien d’un activiste. Il se présenta aux élections en Anjou, sa terre natale, et fut élu, non sans avoir essuyé les attaques de la noblesse locale, qui l’appelait (d’après lui) « un séditieux, un boutefeu, un émissaire, un ambitieux, un bredouilleur, un hypocrite, un fou, un marchand de coq-à-l’âne, un philosophe, un enragé, un athée, et un fanatique. »
A la Constituante, il fit parti du Comité de Constitution, mais c’est après la dissolution de l’Assemblée qu’il publia le fruit de ses réflexions, dans Les Ruines ou méditations sur les révolutions des Empires. Sous couvert d’une fiction vaguement fantastique, à la mode du temps (le narrateur, méditant sur les ruines de Palmyre, reçoit d’un « Génie des Tombeaux » des leçons sur la nature humaine et l’histoire du monde), il y faisait profession de matérialisme et de violente haine pour les religions instituées, mais aussi de foi dans la perfectibilité humaine et dans la nécessité d’assurer les Droits de l’homme par la politique. L’oeuvre novatrice de la Constituante était exaltée. Il eut un très grand succès. Il ne se mêla plus dès lors de politique, du moins officiellement, mais se consacra à la réflexion philosophique. En 1793 parut La Loi naturelle ou catéchisme du citoyen, où il continuait ses réflexions matérialistes et cherchait, sous l’influence du stoïcisme, à dégager des règles de conduite simples et universelles : le premier devoir de l’homme était selon lui la conservation de soi : « Conserve-toi, instruis-toi, modère-toi, vis pour tes semblables afin qu’ils vivent pour toi. ». Il était proche des Girondins, ce qui lui valut d’être emprisonné, mais il fut libéré après Thermidor. Il devint professeur d’histoire à l’Ecole Normale et entra à l’Institut. Il voyagea aux Etats-Unis, sur lesquels il publia des travaux de géographie. Favorable à Bonaparte, il approuva le coup d’état du 18 Brumaire et fut nommé sénateur. Mais il fut horrifié par le Concordat, puis par l’expédition à Saint-Domingue, et dénonça la proclamation de l’Empire comme une trahison. Napoléon ne lui en voulut pas et le fit comte d’Empire, mais il se retira de toutes les affaires publiques et rejoignit les Idéologues. La Restauration lui valut le titre de pair de France, en raison de son opposition à l’ « usurpateur ».
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |