François-Nicolas VINCENT (1767-1794)
[22 ans en 1789]
Paris 1767- Paris 1794
L’homme qui devait devenir un des militants cordeliers les plus actifs et les plus violents naquit, comme Babeuf, « dans la fange » : fils d’un concierge de prison parisien, il fit malgré tout un peu d’études et devint clerc de procureur. Il connut la misère et vécut dans une mansarde, si l’on en croit la déposition d’un témoin à son procès qui l’avait côtoyé alors. Il fut l’un des premiers membres du Club des Amis des droits de l’homme et de la vérité, dit des Cordeliers, où il occupa la fonction de secrétaire.
Après le 10 août, il fut élu membre du conseil général de la Commune insurrectionnelle et devint Commissaire du pouvoir exécutif. Il semble avoir été très consciencieux dans son travail, ce qui lui valut une nomination par Pache comme chef de Bureau au ministère de la guerre. Le 28 février 93, il fut nommé commissaire des guerres à l’armée de Corse. Mais il refusa sa nomination au motif, exprimé dans une lettre à Beurnonville, qu’il était plus utile à Paris... Suite à diverses tractations, il se retrouva pour finir commissaire auprès de l’armée de Berruyer. Occupa-t-il jamais le poste ? Ce n’est pas certain, bien qu’il se soit fait payer 600 livres en raison des frais que lui auraient imposé ses missions (selon sa propre déclaration). Escroquerie ? C’est probable, bien que Pache ait approuvé sa réclamation.
Bouchotte, proche des milieux cordeliers, nomma ensuite Vincent secrétaire général au département de la guerre. Il s’y occupa surtout de l’épuration des bureaux, sur la base de dénonciations qu’il réclamait par circulaire aux comités révolutionnaires de surveillance des sections. Mais il était si violent dans ses discours et si arrogant que Pache s’inquiéta. Il essaya de le faire sermonner par Legendre, au cours d’un repas resté célèbre dans la petite histoire révolutionnaire. Vincent y aurait déclaré par provocation, au député dantoniste qui l’incitait à se modérer, son intention de promener dans le jardin des Tuileries un mannequin habillé en représentant du peuple, et de déclarer : « Voyez les beaux représentants que vous avez, ils vous prêchent la simplicité, et voilà comment ils se harnachent dans les départements et aux armées pour se faire craindre des sots et leur en imposer. » La discussion tourna à la dispute, Legendre menaçant de brûler Vincent avec son mannequin, et Pache dut s’interposer. Le lendemain, Bouchotte adressa une mise en garde à son secrétaire général. D’autres reproches furent faits à Vincent à cette période, notamment celui de malversations financières assez importantes touchant à des marchés de fournitures pour l’armée.
Lorsque les généraux de Vendée furent inquiétés par les dantonistes, Vincent prit parti pour eux. Philippeaux, dont les dénonciations étaient à l’origine de l’affaire, affirme dans un mémoire qu’il l’insulta et le menaça lors d’un repas où ils se rencontrèrent, criant : « Je t’ai dénoncé aux Cordeliers, nous avons fait justice de ta commission (1), et nous saurons faire ébouler les députés qui, comme toi, oseraient critiquer la conduite des généraux investis de notre confiance. »
Vincent fut finalement arrêté le 27 frimaire an II sur ordre du CSG, et incarcéré au Luxembourg. Le 1er nivôse, Hébert prit sa défense aux Jacobins en attribuant ses violences à sa jeunesse et à sa fougue et en récusant les accusations de malhonnêteté. Il fut également défendu par plusieurs sections parisiennes, qui envoyèrent des députés à la Convention pour réclamer son renvoi devant le Tribunal révolutionnaire, qui a coup sûr selon les orateurs, le laverait de tout soupçon. Finalement, Voulland, au nom du CSG, réclama sa libération, car on n’avait pas pu réunir de preuves contre lui.
Rendu à la vie publique, Vincent se lança à fond dans la lutte des Cordeliers, réunis autour d’Hébert, contre les dantonistes. Il manifesta fortement son soutien au Père Duchesne le 14 ventôse, ce qui lui valut d’être arrêté avec les « hébertistes » le 23. Accusé d’avoir « provoqué l’anéantissement de la représentation nationale et conspiré contre la liberté du peuple français », il fut condamné à mort avec les autres chefs cordeliers au terme d’un procès bâclé.
[1] Commission instituée par le décret de la Convention du 1er brumaire, pour examiner la conduite de Ronsin et Rossignol.
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |