Maximilien Isidore Marie de ROBESPIERRE (1758-1794)
[31 ans en 1789]

Né à Arras,
le 6 mai 1758.
C’est avec
beaucoup d’appréhension que je commence cette notice sur l’Incorruptible.
De lui, Gérard Walter dans l’Appel au lecteur placé au début de sa
biographie a écrit : “ Quelle que soit votre attitude devant la Révolution
française, n’oubliez pas que le nom de Robespierre compte parmi les quatre ou
cinq qui représentent la France au Panthéon de l’humanité. Vous n’avez
donc pas le droit de garder de lui une image superficielle ou fausse. ” En
l’occurrence c’est moi qui dois m’efforcer de donner de Maximilien une
image qui ne soit ni superficielle ni fausse ! Quand on sait que l’objectivité
ne peut exister pour un tel personnage et si l’on garde en souvenir les
horreurs qui ont été écrites sur lui, on verra que la tâche n’est pas
facile. Tout un chacun a entendu parler de Robespierre, mais qu’en sait
l’homme de la rue ? Il se souvient de son surnom, l’Incorruptible, mais voit
surtout en lui un tyran sanguinaire et froid comme l’acier. Ce ne sont pas nos
édiles municipales ou nos dirigeants politiques qui feront quelque chose pour
que cette situation change. On sait par exemple, quelles polémiques suscitera
la décision de donner son nom à un lycée de sa ville natale, on sait
qu’aucune rue de Paris ne porte son nom ; il n’en va différemment que de
quelques villes de la couronne parisienne et de quelques cités de province. Pas
de statue, mais un buste à Saint-Denis, rien à voir avec la statue monumentale
de Danton à Paris. Mais Danton était corruptible lui ! ! A l’occasion des cérémonies
du Bicentenaire son nom sera soigneusement occulté. Pourtant, en 1968, après
bien des discussions, une promotion de l’ENA décidera de porter son nom. En
tout, bien peu de chose. Souvent, des écrivains pseudo historiens
d’aujourd’hui, continuent à utiliser les pamphlets écrits après Thermidor
pour poursuive l’œuvre de dénigrement toujours vivante à son égard.
J’ai, il y a peu, lu quelque part que les historiens de la Révolution se
copiaient de génération en génération, c’est d’autant plus vrai pour
Robespierre et pour les autres victimes de la légende noire, Collot d’Herbois
par exemple à qui Michel Biard vient enfin de rendre justice.
Mon intention
n’est pas de réhabiliter Maximilien, il n’en a pas besoin et, si cela était
nécessaire, j’en laisserai le soin à plus compétent que moi. Je voudrai
simplement que les lignes qui vont suivre contribuent à lui rendre justice, ce
sera ma seule ambition.
Robespierre
était le premier fils d'un avocat au Conseil d’Artois, d’une famille de
petite bourgeoisie d’hommes de loi et de commerçants. Il n’avait que six
ans au décès de sa mère qui eut un effet désastreux sur le comportement du père
de famille. Celui-ci en effet ne fit aucunement face à ses responsabilités, il
quitta ses enfants et semble être mort en Prusse quelques année plus tard.
Maximilien, confié à la tutelle de ses grands-parents sera d’abord élève
des Oratoriens d’Arras puis en 1769 il bénéficiera d’une modeste bourse
attribuée par l’Abbaye de Saint Vaast qui lui permettra de poursuivre ses études
à Paris, au lycée Louis le Grand. Etudiant sérieux et travailleur, il ne
retournera dans sa province qu’en 1782 titulaire d’une solide instruction
qui lui permettra de devenir avocat au Conseil d’Artois. Sa compétence et son
sérieux lui ouvrent alors une carrière qu’il peut espérer brillante.
Contrairement à une légende tenace, pas plus que Danton il ne sera un avocat
sans cause, au contraire il plaide un nombre d’affaire équivalant et même
supérieur à d’autres avocats de son âge. Il ne néglige pas ce que nous
appellerions aujourd’hui les relations mondaines et s’il n’est pas
Franc-maçon, il est membre d’une société littéraire, les Rosati, et
de l’Académie d’Arras. Dans le cadre de sa profession d’avocat, il se
fera remarquer par certaines de ses affaires, celle par exemple du paratonnerre
où il défend la modernité contre l’obscurantisme. Il n’hésitera pas non
plus à défendre une humble lingère contre une puissante Abbaye. Mais vers la
fin de la décennie, il est plus ou moins rejeté par sa classe d’origine :
ses prises de position contre les préjugés de l’époque et contre la dureté
des institutions judiciaires y sont pour quelque chose. En 1788, il ne traitera
pas plus d’affaire que l’année ou il s’inscrivait au barreau, notons
cependant qu’il n’a alors que 30 ans et dirons-nous, l’avenir devant lui.
Pourtant que ses collègues du barreau d’Arras l’ont très fermement censuré
pour ses prises de position contestataires.
A la veille
des événements qui vont bouleverser le pays et auxquels il va prendre part
d’une manière que nul ne peut alors imaginer, il s’est rapproché de ce que
nous appellerons le peuple et ce en poursuivant une évolution logique qui lui
rend les privilèges de plus en plus difficile à accepter. En se sens il va rédiger
une brochure intitulée, A la nation artésienne sur la nécessité de réformer
les Etats d’Artois. Dans cet ouvrage, c’est avec vigueur qu’il critique le
fonctionnement des institutions de sa province, et les privilégiés qui y siègent.
Il est proche des pauvres et rédigera le cahier des savetiers d’Arras, il a
probablement aussi l’appui des curés qui ont apprécié ses prises de
position contre l’évêché. Il en appelle au Roi en lui adressant tout un
catalogue de mesures à prendre.
Le 26 avril
1789, il est élu député du tiers état pour l’Artois, le 5e sur
8.
Sa carrière
politique est commencée, elle prendra fin un peu plus de cinq ans plus tard,
mais des années qui comptent pour dix ! ! Maintenant sa vie est à Versailles
puis très vite à Paris, il ne reviendra à Arras que quelques jours à la fin
de la législature en octobre 1791. Dès 89, si je puis dire, il a choisi son
camp, il ne cessera plus de lutter pour la Démocratie, pour la Nation, pour la
Vertu et pour le Peuple. Le Robespierre de 1789 est le même homme, le même
citoyen que celui qui le 10 thermidor de l’an II montera à l’échafaud. Il
sera l’âme de la Révolution et ne transigera jamais avec ses principes.
Mais, malheureusement la guerre qu’il n’avait pas voulu l’empêchera de réaliser
l’œuvre qui était la sienne : bâtir un pays composé de citoyens libres, égaux
et vertueux. Bien sûr il y avait là de l’utopie, mais moins que dans les théories
fumeuses qui fleuriront pendant le XIX e siècle et qui verront leur
aboutissement en 1917 avec les résultats que l’on connaît.
Non en effet,
Robespierre et les Jacobins, contrairement à ce qu’écrivent certains
historiens à la mode, ne sont nullement les précurseurs des régimes soit
disant démocratiques qui pendant le XX e siècle ensanglanteront et
ensanglantent encore le monde et asserviront l’homme à une idéologie. En
effet à la différence de ces tristes tyrans, Robespierre ne travaillait pas
pour une faction, pour un parti politique, mais pour la régénération de
l’homme, il savait que sa route serait semée d’embûches, il savait même
qu’il ne verrait pas le bout du chemin, il savait que ses principes ne le
conduiraient pas à vivre dans des Palais gouvernementaux, mais à mourir
incompris. Cela, probablement explique son mysticisme que ses contemporains ne
comprendront pas et que même ses laudateurs ont aujourd’hui parfois bien du
mal à admettre. Pour lui c’est par le culte de l’Etre Suprême, que la
vertu indissociable de la qualité de citoyen s’insinuera petit à petit dans
l’âme immortelle de l’homme. Son désir de faire aboutir la Révolution, le
conduira à des excès, la Grande Terreur de Prairial en est un, mais le démocrate
décrété d’accusation par la Convention se refusera à prendre les mesures
qui, peut être au soir du 9 thermidor lui auraient permis de vaincre ses
adversaires.
Robespierre
à l’Assemblée Constituante, comme plus tard à la Convention, sera un homme
de tribune, il ne siégera dans aucun comité, mais sera l’un de ceux qui
prononcera le plus de discours, 500 selon Marc Bouloiseau. Il sera pourtant secrétaire
de l’Assemblée le 21 juin 1790. A la fin de la session, le 28 novembre 1791,
il est élu Accusateur Public près le Tribunal Criminel de Paris, mais il ne siégera
pas et démissionnera de ce poste en avril 1792. Sa section, celle des Piques,
le désignera pour siéger au Conseil général de la Commune insurrectionnelle
du 10 Août 1792, Louvet lui reprochera plus tard de s’être désigné lui-même
comme membre du bureau. Désigné pour siéger au Tribunal extraordinaire du 17
août chargé de juger les auteurs des crimes commis contre le peuple lors de la
journée du 10 août, il refusera cette fonction. Il s’expliquera sur cette décision
en rappelant que les accusés sont ses ennemis politiques et que donc il ne peut
être juge et partie. Le 5 septembre il est élu député de Paris à la
Convention, le premier sur 24 par 338 voix contre 136 à Pétion sur 525 électeurs.
Notons que le lendemain Danton fera mieux que lui étant élu par 638 voix sur
700 électeurs. Le 27 juillet 1793 il entre au Comité de Salut Public et y
demeurera un an exactement, jusqu’au 9 thermidor de l’an II (27 juillet
1794). A deux occasions il présidera la Convention du 22 août au 4 septembre
1793 et du 4 au 18 juin 1794. Il accédera à cette seconde présidence en étant
élu à l’unanimité. Bien entendu son action au Club des Jacobins sera des
plus importantes, et il s’en servira de tribune pendant la période où il ne
sera pas député et encore au début de la Convention, lorsque les Girondins
seront les maîtres de cette assemblée ainsi que plus tard peu avant Thermidor.
Comme on peut le constater, Robespierre est plus un orateur et un homme de
cabinet qu’un homme d’action. Au sein du seul comité dont il sera membre,
celui de Salut Public, le plus important donc, il n’aura pas d’affectation
particulière, il n’en sera pas non plus le Président puisqu’une telle
fonction n’était pas prévue. Il n’organisera pas la victoire comme Carnot,
ni les subsistances comme Lindet, mais il sera l’âme de l’institution, son
guide. Certains membres du Comité seront envoyés en mission en province ou aux
armées, Maximilien ne quittera jamais Paris. Il siège à la Convention, aux
Jacobins et au Comité, il travaille dans sa chambre dans la maison du menuisier
Duplay où il habite à partir de juillet 1791.
Elu député
aux États-Généraux, ses débuts seront difficiles ; s’exprimer devant une
Assemblée de plus de 1000 membres, totalement inorganisée n’est pas la même
chose que de parler devant le Cercle des Rosati ou devant les membres de
l’Académie d’Arras. On doit le reconnaître, il est peu écouté, ses
discours sont peu suivis, son nom même est souvent estropié, les Gazettes qui
le citent parlent souvent “ d’un député ” sans plus de précision. Mais
très vite c’est en dehors de l’Assemblée qu’il est entendu, rapidement
le peuple connaîtra ce Robespierre qui défend les émeutiers du 6 octobre ou
le défenseur des paysans lutant pour l’application des décisions prisent le
4 août. On saura bien vite qu’il s’oppose au veto royal, au suffrage
censitaire, qu’il est partisan d’un système d’instruction gratuite et
obligatoire. Bien vite il s’impose comme un des principaux leaders de la
gauche avec, entre autre, Pétion et Barnave. Mais contrairement à ceux-ci, il
ne considérera pas que la Révolution est terminée parce que la Constitution
est votée. Après la fuite de Louis XVI à Varennes, il se prononce pour la déchéance
du monarque et accepte que son remplacement se fasse par “ des moyens
constitutionnels ” ; il accepte donc l’idée d’une régence. Pourtant à
la fin de la session il ne pense pas que la Révolution soit terminée. Il n’a
accepté la Constitution que comme un pis aller, pour lui c’est la Nation qui
est souveraine, et elle seule. Redevenu simple citoyen, c’est au Club des
Jacobins qu’il va faire entendre sa voix, il dénoncera les manœuvres de la
Cour, la politique menée par les ministres et aussi l’irresponsabilité de
Brissot et de ses amis qui poussent à la guerre sans se préoccuper de savoir
si le pays est prêt à en assumer les risques. A partir de ce moment il
commence à prendre ses distances avec les Girondins dont certains furent ses
amis. Il contribuera à préparer les esprits à une insurrection qui mettra à
bas l’institution monarchique ; pourtant il ne participera pas directement aux
événements du 10 août.
A la
Convention, dès l’ouverture de la session, lui, Danton et Marat seront attaqués
violemment par les Girondins. Louvet lui reprochera d’aspirer à la dictature
et d’être l’un des responsables des massacres de septembre. Il est à noter
sur ce point, que ces massacres lorsqu’ils furent perpétrés, n’appelèrent
pas de critique des Girondins et furent même approuvés par certains, Gorsas
entre autre. Robespierre aura alors beau jeu de condamner l’incapacité des
bellicistes Brissotins inaptes à faire une guerre que pourtant ils avaient
appelés de tous leurs vœux. Il saura aussi les dénoncer pour leur incapacité
à organiser les subsistances, plus simplement pour leur incapacité à
gouverner le pays et même à lui donner une constitution réellement démocratique.
Les événements de la fin juin et du début juin 1793 organisés par les
sans-culottes parisiens et par la commune permettront aux Jacobins et à
Robespierre, leur maître à penser, de disposer enfin des moyens de mettre en
œuvre une politique vraiment populaire, égalitaire et démocratique.
Une des premières
tâches que devait assumer la Convention était de décider du sort du monarque.
En considérant que le peuple avait déjà jugé le roi en s’insurgeant contre
lui, Robespierre était opposé à toute idée de procès ; pour lui, l’Assemblée
n’avait qu’à rendre un verdict. Il ne fut pas suivi et lors du procès il
vota en toute logique, contre l’appel au Peuple, pour la mort et contre le
sursis. Pourtant sous la Constituante, Maximilien s’était montré opposé par
principe à la peine de mort, mais bientôt confronté à une contre-révolution
dès plus active et qui risquait de mettre à bas les acquis et l’avenir même
de la Révolution, il se trouva dans l’obligation de réviser son jugement en
acceptant la mise en œuvre de la sanction suprême. Dans son esprit, il
s’agissait d’une mesure temporaire qui, dictée par des événements
exceptionnels, prendrait fin en même temps qu’eux.
Après la
chute des Girondins, il pouvait espérer obtenir de la Convention qu’elle
mette en œuvre les principes qu’il défendait. De fait le 27 juillet 1793, il
fut désigné comme membre du Comité de Salut Public et devait conserver ce
poste jusqu'à sa mort, soit pendant exactement une année. Comme je l’ai dit
plus haut il ne disposait d’aucun droit de prééminence sur ses collègues,
pourtant il devait insuffler au Comité les principes et les idées qui devaient
conduire la France vers la voie de la démocratie. La chose était difficile à
réaliser, l’influence de la Commune était encore grande, dirigée qu’elle
était par les sans-culottes les plus extrêmes ayant à leur tête des
patriotes comme Chaumette ou Hébert ; le Peuple lui-même étant largement
influencé par les “ enragés ” comme l’abbé Roux. Une autre difficulté
venait de ce que Marat, assassiné le 13 juillet, n’était plus là pour
canaliser les masses. De l’autre coté de l’échiquier politique, Danton et
ses amis jouaient la modération. Les difficultés rencontrées par les armées
aux frontières, les menées fédéralistes des Girondins égarés avec les
aristocrates, les événements de Vendée, conduiront le Comité à “ mettre
la Terreur à l’ordre du jour ” en organisant le gouvernement révolutionnaire
par la loi 14 frimaire de l’an II (4 décembre 1793). L’idée de
Robespierre, qui fut l’un des principaux protagonistes de cette loi, était
d’en finir avec les tentations Dantonistes de la diplomatie secrète et de
tout mettre en œuvre pour gagner la guerre tant à l’extérieur qu’à
l’intérieur. Robespierre qui savait devoir gouverner avec l’appui des députés
de la Plaine se trouva en fait dans l’obligation de mener une politique que
j’oserai qualifier de centriste. Cela le conduisit à éliminer d’abord
l’extrême gauche Hébertiste puis les modérés Dantonistes. Mais pour ces
derniers les choses s’avérèrent difficiles et il se fit des ennemis
puissants, comme d’autre part il avait précédemment décapité les
sans-culottes parisiens, il s’était coupé de sa base populaire. Tout cela pèsera
fort lourd dans la balance au soir du 9 thermidor.
L’affaire Cécile
Renaud qui dira avoir voulu voir un tyran mais qui était porteuse de deux
couteaux et l’attentat d’Admiral contre Collot d’Herbois, seront considérés
comme des tentatives de destruction de la Représentation Nationale, et justifièrent
la loi du 22 prairial de l’an II (10 juin 1794) qui supprimait toutes
garanties des droits de la défense. Les jurés du Tribunal Révolutionnaires
jugeaient selon leur seule conviction, sans entendre les prévenus ni les témoins.
Cette loi passa mal devant la Convention et les députés prirent peur. Cela
s’ajoutait au discours de Robespierre sur les idées religieuses et morales et
la loi du 18 floréal de l’an II sur le culte de l’Etre suprême qui déplut
fortement à la frange anticléricale de la Convention, pour laquelle Maximilien
cherchait à se faire nommer Grand Pontife. Des difficultés apparurent entre
lui et certains membres des Comités de Salut Public et de Sûreté Générale
qui firent que Robespierre cessa de paraître au Comité comme à la Convention
pendant près d’un mois.
Il fit son
grand retour par un discours devant l’Assemblée le 8 thermidor (26 juillet)
après diverses interventions aux Jacobins. Mais devant la Convention, sans en
avoir informé les autres membres du Comité, il devait attaquer Cambon
responsable des finances, lui reprochant de prendre des mesures rétrogrades. De
même il se prononça en faveur d’une épuration de la Convention et même des
Comités, mais sans nommer personne. Or de nombreux représentants rentrés de
mission en province se sentirent, probablement à juste titre, visés ; on pense
à Fouché, Tallien, Fréron, Collot d’Herbois, etc. Des contacts furent pris
avec les modérés qui commençaient, depuis la victoire de Fleurus le 8
messidor de l’an II (26 juin 1794), à s’interroger sur l’utilité de
poursuivre et même d’amplifier la politique de Terreur. En effet, Jourdan
avait repoussé l’ennemi et la République n’était plus menacée de l’extérieur
ni de l’intérieur, les Vendéens étant vaincus. Le 9 thermidor donc, une
alliance hétéroclite à laquelle s’étaient joints les Dantonistes
survivants devait empêcher Maximilien de parler, puis le décréter
d’arrestation avec ses collègues Couthon, Saint-Just, Le Bas et son frère
Augustin.
Incarcérés
les prisonniers furent libérés sur ordre de la commune et conduits à l’Hôtel
de ville, mais la résistance s’organisa mal, les leaders sans-culottes ayant
été éliminés avec les Hébertistes, et, de leur coté, les accusés ayant
appris qu’ils avaient été mis hors la loi par la Convention agirent
mollement. En fait Robespierre jusqu’à la fin resta un démocrate, il lui était
difficile de s’opposer à ce qui était l’autorité souveraine des représentants
du peuple, il laissa traîner les choses, manqua d’énergie peut être. Quoi
qu’il en soit, au soir du 9 thermidor la partie était perdue et le lendemain
il périssait sur l’échafaud avec ses compagnons.
Sur le 9
thermidor et sur ses conséquences, interpellé 10 ans plus tard par Bonaparte,
Cambacérès devait répondre : “ C’est un procès jugé mais non plaidé
”. Dans ses mémoires écrites sous la Restauration, mais publiées il y a
peu, le même Cambacérès (page 258 du tome I) fait une remarque qui à mon
sens mérite d’être citée :
Au cas que Robespierre l’eût emporté, point de doute qu’il n’eût agi comme les Thermidoriens, et qu’il n’eût cherché à donner en apparence une autre direction au gouvernement. Aurait-elle eu des résultats aussi favorables que ceux qui ont suivi le 9 Thermidor ? J’ai peine à le croire ; et sous ce point de vue il est constant que la manière dont fini cette journée doit la faire considérer comme un bonheur public.
Que penser de
cette phrase sibylline ? Le simple fait, pour un homme aussi important que
Cambacérès et qui fut proche des Montagnards avant d’être un des chefs de
la période post thermidor, de poser la question de savoir si la chute de
Robespierre a été une bonne chose peut surprendre. A l’époque où il écrit
ses mémoires il ne fait de doute pour personne que Robespierre était un tyran,
or Cambacérès s’interroge. Je ne veux pas extrapoler sa pensée mais moi
aussi je pose une question : avait-il des doutes ? Le recul le conduit il à
penser qu’en perdant Robespierre, la Nation a beaucoup perdu ?
Ne nous étonnons pas si tous les scélérats ligués contre vous semblent vouloir nous préparer la ciguë. Mais, avant de la boire, nous sauverons la Patrie. Le vaisseau qui porte la fortune de la République n’est pas destiné à faire naufrage ; il vogue sous vos auspices, et les tempêtes seront forcées à le respecter.
Asseyez-vous
donc tranquillement sur les bases immuables de la justice et raviver la morale
publique. Tonnez sur la tête des coupables et lancer la foudre sur tous vos
ennemis. Quel est l’insolent qui, après avoir rampé aux pieds d’un roi,
ose insulter à la majesté du Peuple français en la personne de ses représentants
? Commandez à la victoire, mais replonger surtout le vice dans le néant. Les
ennemis de la République, sont tous des hommes corrompus. Le patriote n’est
autre chose qu’un homme probe et magnanime dans la force de ce terme. C’est
peu d’anéantir les rois ; il faut faire respecter à tous les peuples le
caractère du Peuple français. C’est en vain que nous porterons au bout de
l’Univers la renommée de nos armes, si toutes les passions déchirent impunément
le sein de la patrie. Défions nous de l’ivresse même des succès. Soyons
terribles dans les revers, modestes dans nos triomphes, et fixons au milieu de
nous même la paix et le bonheur par la sagesse et par la morale. Voilà le véritable
but de nos travaux ; voilà la tâche la plus héroïque et la plus difficile.
Encore une
citation, lorsqu’il fut reçu à la société des Rosati, Maximilien
commença ainsi son discours de remerciement :
Je vois l’épine avec la
rose,
Dans les bouquets que vous m’offrez ;
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Notice écrite par J.M.
Ruthon Sources : Robespierre Maximilien : Oeuvres en 10 volumes, 1910-1967. Réédité il y a peu par la Société des Etudes Robespierristes. Hamel Ernest : Histoire de Robespierre, Paris 1865-1867. Walter Gérard : Robespierre, Paris 1961. Massin Jean : Robespierre, Paris 1956. Mathiez Albert : Entre autre, Autour de Robespierre, Etudes sur Robespierre.. etc.. Mazauric Claude : Notice sur Robespierre dans le Dictionnaire de la Révolution française de Soboul. Paris 1989. Gross Jean-Pierre : Egalitarisme Jacobin et Droit de l’Homme. Paris 2000. |
© Philippe Royet 1996-2007 |