William PITT (1759-1806)
[30 ans en 1789]

William Pitt

Né à Hayes le 20 février 1759 ; mort à Putney le 17 mars 1806.

« L’infâme Pitt » comme le surnommaient les révolutionnaires fut un très grand homme politique. S’il fut l’ennemi acharné de la Révolution à partir de 1792, lorsque celle-ci se radicalisa, il n’était aucunement attaché à un ordre des choses immuable, bien au contraire : il compte parmi les plus remarquables réformateurs du système politique anglais.

Fils de Lord Chatham, le célèbre ministre whig, et neveu de George Grenville, il avait été destiné au pouvoir dès son enfance et élevé en conséquence par son père lui-même, qui lui enseigna très tôt le latin et le grec et l‘entraîna personnellement à l‘art oratoire. Il fit de brillantes études à Cambridge, où il étudia la philosophie, l’histoire, les lettres anciennes, mais aussi les sciences, mathématiques et chimie en particulier. Il y rencontra celui qui devait devenir son inséparable ami et compagnon politique, William Wilberforce. Il étudia par la suite le droit à Lincoln Inn, et devint avocat.

Après une première tentative pour entrer au Parlement comme député de Cambridge en 1780, Pitt se fit élire, sous le patronage de James Lowther, par le « bourg pourri » de Appleby : il avait vingt-deux ans ; ses débuts parlementaires révélèrent très vite en lui un redoutable orateur, doublé d’un politique pragmatique. D’abord allié aux whigs, proche de Fox, il participa à la campagne contre Lord North et la poursuite de la guerre d’Indépendance américaine. Habile à jouer le jeu compliqué des alliances, il devint chancelier de l’Echiquier en 1782, dans le gouvernement whig de William Shelburne dont s‘étaient alors détachés les principaux leaders politiques du parti. La démission de Shelburne, incapable de résister à l’alliance Fox-North qui s’était nouée contre lui, lui fit perdre le poste l’année suivante. Il aurait pu alors devenir premier ministre, car le roi George III, hostile à Fox, souhaitait le voir prendre cette place : mais il refusa, sachant bien qu’il lui serait impossible de gouverner sans une majorité parlementaire solide et cohérente. Il consacra l’année suivante à déstabiliser ses adversaires politiques, notamment par une campagne contre la corruption (thème qui allait devenir une constante de sa politique) et pour la réforme du système électoral. La chute de Fox, destitué par le roi, le conduisit finalement à accepter, après deux autres refus, le poste de premier ministre : à vingt-quatre ans, il devenait ainsi le plus jeune premier ministre de l’histoire d’Angleterre.

Son gouvernement devait durer dix-sept ans et compter de nombreuses batailles parlementaires, notamment contre son ennemi Fox et contre la Chambre des Communes, qui ne lui fut jamais complètement acquise. Il lutta activement toute sa vie contre la corruption, stigmatisant le système des « bourgs pourris » (qui lui avait pourtant valu son élection) et épurant les grandes compagnies commerciales afin de diminuer l’emprise du monde des affaires sur la sphère politique. Ses tentatives pour réformer le système électoral en ouvrant l’élection à une frange plus importante de la population échouèrent successivement, mais il parvint à restaurer les finances du pays, rongées par la dette accumulée à la suite de la guerre d’Indépendance, grâce à une politique fiscale audacieuse et novatrice. En 1786, il passa un traité de commerce avec la France, destiné à ouvrir le marché français aux produits britanniques.

La Révolution française trouva d’abord en lui un défenseur, hostile au pamphlet de Burke. Favorable à la jeune monarchie constitutionnelle française, il prit des mesures rigoureuses pour empêcher les émigrés de semer le trouble en Angleterre et chassa Calonne du pays. Même après le 10 août et la chute de la royauté, il refusa de prendre parti contre les révolutionnaires français. Ce ne fut qu’au début de 1793, lorsque l’invasion de la Belgique et l’annexion d’Anvers et des bouches maritimes de l’Escaut menacèrent de porter atteinte au commerce britannique, qu’il dut se décider à entre dans la première coalition européennes contre la France. Encore attendit-il pour le faire la déclaration de guerre de la France. La plus grande partie de sa politique étrangère consista dès lors à financer les ennemis du régime français (grâce au fameux « or de Pitt » tant dénoncé par les révolutionnaires) en même temps que les campagnes militaires britannique : cette politique se révéla efficace en permettant de nombreuses victoires (prise des colonies française, de la Corse, etc.) mais ruineuse pour le pays. Face aux dépenses nécessaires, Pitt adopta certaines mesures proches de celles mises en œuvre par le régime qu’il combattait : il fit voter l’income-tax, impôt sur le revenu qui touchait toutes les classes de la société, en même temps qu’il étouffait toutes les velléités d’opposition par une série de pratiques répressives extrêmes : suppression de l’habeas corpus, vote du Seditious Meetings Act qui interdisait toute réunion privée d’individus et du Combinations Act, qui empêchait la formation de toute société visant à discuter la possibilité de réformes politiques. La presse fut muselée tandis que les révoltes de la marine, nombreuses durant la période, furent réprimées par la violence ; une politique de levée d’hommes très rigoureuse fut mise en place, le Quota system, qui obligeait chaque comté à fournir annuellement un certain nombre de soldats.

Ces mesures, qui firent surnommer Pitt le Robespierre anglais, permirent à l’Angleterre de durer dans la guerre, mais une politique aussi violente et ruineuse ne pouvait être conservée longtemps. Dès 1796, Pitt tenta de négocier avec le gouvernement français. Mais les négociations échouèrent, tandis que le soulèvement des catholiques d’Irlande aggravait la situation du pays. Pitt écrasa avec une grande brutalité le soulèvement irlandais, tout en promettant aux catholiques l’émancipation politique et l’égalité de statut avec les protestants. Il fit voter en 1800 l’Union Bill, qui faisait de l’Irlande une partie du Royaume unie, mais George III refusa de supprimer le statut inférieur des catholiques, l’empêchant ainsi de tenir sa promesse : il démissionna donc de son poste de premier ministre en 1801. Il conservait sa place de député de Cambridge, mais il se détourna momentanément de la politique nationale pour se consacrer à l’organisation locale de milices de volontaires en prévision d’une descente française.

Mais en 1804, face à une situation devenue intenable pour l’Angleterre, le roi le rappela au pouvoir. Malgré ses efforts, il ne parvint pas à constituer un véritable gouvernement d’union nationale, qui aurait été nécessaire, comme il en avait clairement conscience, pour contrer la pression que la poursuite de la guerre faisait subir au pays. Si la victoire de Trafalgar remportée par Nelson en 1805 permit à l’Angleterre de reprendre la maîtrise des mers, les défaites d’Ulm et surtout d’Austerlitz lui portèrent un coup terrible. Pitt, accablé par une situation qu’il ne dominait plus, et rongé par une cirrhose du foie, mourut en janvier 1806.
 



Notice écrite par Claudine Cavalier
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