Méderic Louis-Elie MOREAU DE SAINT-MÉRY (1750-1803)
[39 ans en 1789] 

Né à Fort-Royal (Martinique) le 13 janvier 1750, mort à Paris le 28 janvier 1819.

Fils d’un riche notable de Martinique, il fut éduqué sur place jusqu’à dix-neuf ans, puis se rendit à Paris pour y faire des études de droit. Cinq ans plus tard, reçu avocat, il repartit pour les colonies. Il s’installa à Saint-Domingue, épousa la fille d’ un négociant de l’île et se lança dans des travaux d’histoire. Paru entre 1784 et 1790, son ouvrage en six volumes Lois et Constitutions des colonies françaises de l’Amérique sous le Vent de 1550 à 1785 fit de lui le premier et le plus grand des historiens du système colonial.

De séjour à Paris en 1785, il participa, aux côtés de Pilastre des Roziers, à la fondation du Musée mais se chargea surtout de surveiller et d’influencer la politique coloniale de la métropole. Après un bref retour aux Antilles en 1786, il revint dans la capitale en 1788 et prit une part majeure, avec Gouy d’Arcy, Massiac et Reynaud, à la création d’un Comité colonial destiné à empêcher toute réforme du système esclavagiste. A l’annonce des Etats Généraux, il rédigea le cahier de doléances des colons de Saint-Domingue, où il réclamait une représentation de ceux-ci aux Etats et la création d’Assemblées coloniales pour établir une législation spécifique dans les îles. Toutes propositions qui furent refusées par Louis XVI, qui considérait les colonies comme lui appartenant en propre et donc non susceptibles de représentation politique à aucun niveau.

Moreau fut le principal acteur de la création du Club Massiac, qui se constitua en août 89 pour empêcher toute évolution de la situation politique qui pourrait, si légèrement que ce soit, être favorable aux esclaves ou aux Noirs libres dans les colonies.

Le rôle de Moreau dans les événements parisiens de l’été 89 fut important. Président de l’assemblée générale des Electeurs parisiens à partir du 1er juillet (en tant qu’électeur du district de Saint-Thomas), il participa au 14 juillet comme membre du Comité des électeurs et organisa la distribution des armes aux révoltés. Le lendemain, c’est sous sa pression que furent élus Bailly et La Fayette aux postes respectifs de maire et de commandant de la toute nouvelle garde nationale.

Le 18 septembre, il fut élu à la Commune, mais démissionna quelques jours plus tard suite à son élection comme député de la Martinique à l’Assemblée Nationale. Il participa à tous les débats de la Constituante sur la situation coloniale, et proposa un système d’élection dans les îles qui liait indissolublement esclavagisme et représentation politique : il accordait le droit de vote uniquement aux propriétaires de dix esclaves ou plus, et l’éligibilité à ceux de vingt esclaves. Mais malgré ses efforts, il ne parvint pas à faire inscrire l’esclavage dans la Constitution : Robespierre dénonça cette ambition et parvint à convaincre ses collègues que ce serait déshonorer la jeune monarchie constitutionnelle ; pour finir, la Constituante accorda, après bien des débats, le droit de vote aux Libres de couleur de la deuxième génération, le 15 mai 1791. Moreau ne se découragea pas et parvint, en accord avec Barnave, à faire abroger le décret en septembre : il profita pour ce faire du durcissement politique consécutif à la fuite du Roi et de l’annonce des premières révoltes noires, qui, mal connues et savamment interprétées par le parti colonial dans le sens qui lui convenait, effrayèrent les députés.

L’évolution ultérieure de la révolution fut défavorable à Moreau. Membre des Feuillants, il fut attaqué par les fédérés de Marseille et blessé en juillet 1792, mais parvint à s’enfuir en Normandie, puis en Amérique. Il y reprit ses travaux savants publiant une Description de la partie espagnole de Saint-Domingue en 1795, puis la Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de Saint-Domingue l’année suivante. Il ne rentra en France qu’en 1798. L’appui de Talleyrand lui valut une charge au ministère de la Marine où il mit tout en œuvre pour paralyser l’application des réformes révolutionnaires dans les colonies (entre temps l’esclavage avait été aboli, l’égalité civique accordée à tous les habitants des îles sans référence à leur couleur). Nommé conseiller d’Etat par Bonaparte, puis administrateur du duché de Parme, mais finalement disgracié par l’Empereur, il bénéficia d’une pension à la Restauration, mais mourut dans une relative obscurité.



Notice écrite par Claudine Cavalier
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