LOUIS XVI, roi de France (1754-1793)
[35 ans en 1789]

Louis XVI

Né en 1754 de Louis-Ferdinand, fils de Louis XV et de Marie-Josèphe de Saxe, il reçut le titre de Duc de Berry. Il était normalement le troisième seulement dans l’ordre de succession au trône, mais la mort prématurée de son frère aîné, le duc de Bourgogne, puis celle de son père, en firent le Dauphin de France à partir de 1766. Il reçut une éducation traditionaliste, très poussée en histoire, langues et géographie, qui en fit un homme cultivé mais qui le renforça dans une conception rigide de l’absolutisme royal dont il ne devait jamais pouvoir sortir par la suite. Il épousa en 1770 une archiduchesse d’Autriche, Marie-Antoinette de Habsbourg, dont il eut quatre enfants. Louis XV, qui l’aimait bien et qu’il appelait « Papa-Roi » ne prit jamais la peine de le former à la politique, et il se trouva, lorsqu’il devint roi à vingt ans « l’homme le plus embarrassé de son royaume. »

Il prit comme principal ministre et conseiller Maurepas, qui fut jusqu’à sa mort son « Mentor », et le manipula facilement. Sous son influence, il rappela les parlements et leur rendit le droit de remontrance, tout en constituant un ministère réformiste, avec Turgot aux Finances, Condorcet à la Marine et Malesherbes à la Maison du Roi. Mais il ne soutint pas ses ministres lorsque leurs projets libéraux se heurtèrent à l’opposition parlementaire. De même, il renvoya en 81 Necker, appelé en remplacement de Turgot, lorsque la publication du premier Compte-Rendu lui aliéna la Cour et les parlements.

Grand travailleur et pénétré de la nécessité de faire « le bien de ses peuples », d’une dévotion simple mais intransigeante, s’il ne gouverna jamais vraiment lui-même, son rôle ne fut pas négligeable, notamment en ce qui concerne le perfectionnement de la marine française et le développement des sciences. Bon géographe, il dirigea personnellement la préparation de l’expédition de La Pérouse. Sa grande passion demeura toutefois la chasse, à un point qui étonne encore aujourd’hui à la lecture de ses « journaux », sur lesquels on a fondé tant de jugements facilement méprisants, et qui sont en fait des carnets de chasse. (Le célèbre « rien » du 14 juillet 89 signifie tout simplement que Louis XVI n’a pas chassé ce jour-là).

Après le départ de Necker, le règne, qui s’avérait pourtant prometteur, trompa tous les espoirs qu’on y avait placés. Les finances, lourdement grevées par la guerre d’Amérique, ne pouvaient plus être équilibrées sans toucher aux privilèges, et Louis XVI ne put jamais s’y résoudre, pas plus qu’à envisager le plus léger partage de son pouvoir au profit d’instances représentatives. Calonne crut pouvoir sauver le système en convoquant une assemblée de notables en 87, destinée à faire accepter des privilégiés la nécessaire refonte fiscale, et il convainquit à grand peine le roi de ses idées. L’échec de ce dernier recours renforça Louis XVI dans ses convictions absolutistes. 

Après avoir, malgré ses promesses de soutien, renvoyé Calonne (qui en conserva toujours beaucoup d’amertume), et en vain tenté d’endiguer par un retour aux méthodes de Louis XV l’opposition parlementaire, il dut consentir à convoquer les Etats Généraux en 89 et à rappeler Necker. Il refusa aussi longtemps qu’il le put, contre toutes les revendications des cahiers de doléance, le doublement du Tiers et le vote par tête, ainsi que toute atteinte aux privilèges, et le 5 mai, lors de son discours d’ouverture des Etats, il déçut terriblement l’opinion parisienne, et tout ceux qui espéraient qu’il mettrait son autorité au service des changements attendus. S’il ne put que céder face au coup de force de la nouvelle Assemblée Nationale, il tenta de recourir à la force armée en rappelant les régiments étrangers à Paris, tout en faisant semblant d’admettre le changement. Mais lorsqu’il renvoya Necker et constitua le 12 juillet un ministère clairement répressif, la réponse populaire fut immédiate, et la prise de la Bastille le contraignit à nouveau à céder. Il redevint populaire en reconnaissant la nouvelle municipalité parisienne, mais s’enferma dès lors dans les mensonges successifs qui allaient le perdre et peser si lourdement sur le destin de la révolution. 

Il est probable d’ailleurs qu’il n’eut pas conscience du danger qu’il courait, ni de celui qu’il faisait courir à la France. Il refusa de sanctionner les décrets de l’Assemblée Nationale après la nuit du 4 août, ainsi que d’accepter la déclaration des Droits de l’Homme, et dès octobre, il écrivit au roi d’Espagne : « J’ai choisi votre Majesté comme chef de la seconde branche, pour déposer en vos mains la protestation solennelle que j’élève contre tous les actes contraires à l’autorité royale qui m’ont été arrachés par la force depuis le 15 juillet dernier et en même temps, pour accomplir les promesses que j’ai faites par mes déclarations du 23 juin précédent. » Les dites déclarations étaient de pures affirmations d’absolutisme, et sa conscience était désormais à couvert pour le double jeu qu’il ne cessa plus de mener. 

Ramené de force à Paris par les journées populaires du 5 et 6 octobre, il fut dès lors prisonnier dans son propre palais des Tuileries. Il fit semblant d’accepter la Constitution, mais refusa de sanctionner la Constitution civile du Clergé, qui heurtait trop ses profondes convictions religieuses. Malgré les conseils de Mirabeau, qui espérait encore pouvoir sauvegarder la monarchie, il subit de plus en plus l’influence de la reine, et tenta de s’enfuir pour reconquérir Paris de l’extérieur. Arrêté à Varennes, il ne fut toutefois pas déchu par la Législative, mais ce fut la fin du peu de crédit qui lui restait dans l’opinion, et de toutes les illusions qu’avaient encore certains de pouvoir compter sur lui comme roi constitutionnel. Il misa alors sur la guerre étrangère et l’aide des armées autrichienne et prussienne, mais perdit à nouveau. 

Le 10 août emporta les restes de la monarchie, et il fut enfermé au Temple. Il y mena dès lors une vie simple et digne qui frappa jusqu’à ses adversaires les plus acharnés. Jugé par la Convention pour haute trahison, et lourdement compromis par la découverte des papiers de l’armoire de fer, il ne se défendit que par des dénégations systématiques de tout ce qu’on lui imputait, allant jusqu’à refuser de reconnaître ses propres lettres.  Il n’avait probablement plus aucune illusion sur son sort, bien que sa condamnation à mort fût loin d’être acquise d’avance. Finalement condamné sans sursis à une très courte majorité, il fut guillotiné le 21 janvier 1793.



Notice écrite par Claudine Cavalier
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Notes et Archives 1789-1794