Robert LINDET (1746-1825)
[43 ans en 1789]

Lindet

Avant la période révolutionnaire, Lindet suivit une formation puis une carrière de juriste en devenant avocat puis procureur. Il fut élu par ses concitoyens maire de Bernay avant de se présenter avec bonheur à l’assemblée Législative. Il y siégea à gauche mais en refusant toutefois de se lier avec la faction dominante de cette partie de l’assemblée, à savoir les brissotins. Réélu à la Convention Nationale, Lindet se rangea d’emblée dans les rangs montagnards et fut chargé de la rédaction de l’acte d’accusation du roi déchu. Il vota la mort de ce dernier par une simple phrase qui laisse déjà déceler une volonté de ne pas se mettre en avant de la scène politique : " Je crois qu’il serait imprudent de vouloir exciter la compassion en faveur de Louis... je vote pour la mort. "

Lindet ne prit presque pas part aux querelles des factions. Jamais il ne faut inscrit au Club des Jacobins ou des Cordeliers et, bien que montagnard fervent, il ne prit guère part à l’élimination de la faction girondine. C’est donc uniquement pour ses qualités de travail et d’organisation reconnues sur tous les bancs de la Convention que Lindet fut élu au premier Comité de Salut Public ( le " Comité Danton " ) en compagnie de Danton, Cambon, Guyton-Morveau ou encore Treilhard. Les autres membres du Comité laissèrent Danton occuper la première place du gouvernement, et Lindet décida de s’atteler au ravitaillement du pays, à la répartition des tâches dans les sections du Comité et à la correspondance avec les représentants en mission. Une tâche très lourde pour un homme de l’ombre, décidé à se donner pleinement dans l’action révolutionnaire en refusant de se couvrir de gloire et d’or à la manière d’un Danton.

Son travail reconnu de tous, c’est avec logique et bon sens que Lindet fut réélu au second Comité de Salut Public avec les mêmes attributions officieuses. Il continua d’y organiser jours et nuits le ravitaillement d’un pays en guerre face à une coalition regroupant la plupart des pays d’Europe en laissant soin aux grands ténors d’occuper le centre de l’arène politique.

Lindet fut ensuite envoyé en mission ou il s’acquitta de ses fonctions sans excès et avec une scrupuleuse honnêteté, à la différence de bon nombre de ses collègues qui eux pillèrent la République au lieu de la sauver. Il ne prit pas part aux divisions internes au Comité de Salut Public et aux événements du 9 thermidor et fut épargné part la réaction qui suivit la chute de Robespierre et Saint-Just. Il prit toutefois la défense de ses collègues, Barère, Billaud Varenne et Collot-d’Herbois, ce qui lui valu d’être " démissionné " du gouvernement.

Dégoûté par la tournure du nouveau régime, Lindet rejoignit discrètement les babouvistes et participa à la conjuration des Egaux en compagnie de Buonarotti.

Après l’échec de la conjuration, Lindet fut acquitté par la Haute Cour et décida de se réinvestir dans la vie politique.

Il fut élu député au Conseil des Cinq-Cents et se vit appeler au Ministère des Finances par des hommes pour qui il n’avait pas grande estime. Cette fonction fut éphémère car Lindet refusa d’apporter une caution Républicaine au coup d’état militaire du général Bonaparte le 18 brumaire. Il démissionna donc de son ministère et revint à une vie plus sereine jusqu'à sa mort en 1825.

Grand patriote, révolutionnaire et Républicain convaincu, Lindet n’en reste pas moins un illustre inconnu, grand absent des livres et manuels d’Histoire. A voir comment ces derniers traitent les grands hommes de notre Histoire en les oubliant sans remords, on finit par se demander si la vraie gloire ne consiste pas à en être absent.



Notice écrite par Yohan Senez
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