Louis-Marie de Salgues, puis Marquis de
LESCURE, dit « Le Saint du Poitou » (1766-1793)
[23 ans en 1789]

Louis-Marie de Salgues de
Lescure, dernier du nom, capitaine de cavalerie à la suite du régiment
Royal-Piémont, est né le 15 Octobre 1766 à Paris. Enfant, ce futur officier de
l’armée vendéenne est confié au père Duteil, ex-jésuite, qui lui transmet son
amour pour Dieu et un goût très prononcé pour les études.
Il entre à l’Ecole Militaire à 13 ans pour en sortir trois ans plus tard. Il
connaît le latin, l’anglais, l’italien et l’allemand ; ainsi que l’histoire et
la géographie ; et excelle dans les mathématiques. Son père, livré au jeu, vient
de faire pour huit cent mille livres de dettes. A sa mort, son fils consacrera
dix huit ans de sa vie pour rembourser les créanciers.
Le 27 Octobre 1791, il
épouse Marie-Louise-Victoire Donnissan qui deviendra la célèbre marquise de La
Rochejaquelein en épousant en seconde noce, Louis de la Rochejaquelein, le frère
du général vendéen Henri. En février 1792, ils partent pour Paris avec
l’intention d’émigrer mais décident finalement de rester auprès du Roi.
Le 10 Août, le peuple attaque les Tuileries. M. de Lescure ne peut pénétrer dans
le château surveillé par la Garde Nationale. Soupçonné d’être chevalier du
poignard (surnom donné aux personnes qui se rendaient auprès du roi), il décide
de fuir avec toute sa famille. Son ancien gouverneur, Monsieur Thomassin, devenu
un temps, commissaire de police et capitaine de la section Saint Magloire,
obtient des passeports et voyage avec la famille de Lescure pour se rendre au
château de Clisson sur la paroisse de Boismé (ou Boëmé) dans les Deux-Sèvres.
De nombreuses personnes trouveront refuge dans la propriété de M. de Lescure, accueillies par charité ou faisant partie de la famille. C’est ainsi que nous y retrouvons Henri de la Rochejaquelein, Marigny, des Essarts, et un certain chevalier de Saint Laurent de la Cassaigne, ainsi qu’une cinquantaine de domestiques.
Mais bientôt, des combats
sont signalés aux alentours des Herbiers et de Bressuire. L’insurrection
vendéenne vient de commencer. Nous sommes en Mars 1793. M. de la Rochejaquelein
envoie son domestique aux renseignements. Celui-ci est arrêté en possession
d’une douzaine de sacrés-cœurs (emblèmes des royalistes) peints sur du papier et
joints à une lettre de M. de la Cassaigne pour Melle de la Rochejaquelein.
Dans les jours qui suivent cette affaire, Henri décide de partir pour rejoindre
l’armée vendéenne. Le 9 Avril suivant, M. de Lescure est arrêté et emprisonné
sur parole chez Allain, marchand épicier à Bressuire, la prison de la ville
affichant « complet ».
A la suite de rumeurs
signalant que les vendéens marchent sur cette ville, les troupes républicaines
évacuent précipitamment Bressuire, le 2 Mai. M. de Lescure est oublié et peut
ainsi partir sans être inquiété vers son château de Clisson, alors qu’arrive son
cousin Henri de la Rochejaquelein et ses soldats-paysans.
C’est à cette époque que M. de Lescure décide de prendre les armes et de
rejoindre l’armée vendéenne.
La prise de Thouars,
le 5 mai 1793, est sans doute la bataille qui fait connaître M. de Lescure à
toute l’armée. Avec environ 1 200 hommes, Henri de la Rochejaquelein et Lescure
se postent sur une hauteur au-dessus du pont de Vrine. Le combat dure depuis
plusieurs heures et la poudre commence à manquer. Henri de la Rochejaquelein
part à la recherche du reste de l’armée vendéenne et des munitions. Lescure se
lance alors à l’attaque, en criant aux paysans de le suivre mais se retrouve par
deux fois, seul au niveau du pont et subit les tirs de mousqueterie de
l’adversaire sans jamais tomber. A la troisième reprise, Henri de la
Rochejaquelein apporte son aide à Lescure pour entrer dans la ville, imité par
les paysans. Au bout de deux heures de combat, la ville se rend.
La réputation de Lescure est faite auprès des paysans vendéens, même si M. de
Lescure estime que « la joie de la première bataille
lui avait fait perdre la tête, et l’avait rendu plus téméraire».
De Thouars, en passant par
Parthenay et la Chataigneraie, l’armée vendéenne arrive à Fontenay le Comte. Les
républicains avec quarante pièces de canons sont rangés en bataille devant la
ville. M. de Lescure commande l’aile gauche et se trouve seul en avant de sa
troupe où il reçoit, sans être blessé, des coups de canons à mitraille. Ses
soldats se lancent alors précipitamment dans la bataille et c’est tout aussi
brusquement qu’ils se mettent tous à genoux en apercevant une croix de mission,
laissant passer ainsi une trentaine de boulets de canons au-dessus de leur tête.
M. de Lescure, dont la piété est aussi grande que la bravoure, respecte leur
prière avant de les mener à l’affrontement. Ce fait particulier est,
semble-t-il, le sujet retenu par M. Robert Lefebvre, premier peintre du cabinet
du Roi, pour le portrait officiel de M. de Lescure.
Après les combats de Fontenay le Comte des 16 et 25 mai, Lescure se retrouve à celui de Saumur le 9 Juin où il prend le commandement de l’avant-garde. Blessé d’une balle dans le bras gauche, il reste tout de même pendant sept heures à la tête de ses soldats. Après la prise de la ville, et avant de se retirer dans le château de La Boulaye, il donne sa voix à Cathelineau pour l’élection du premier général en chef de l’armée vendéenne.
C’est lors de sa convalescence que Lescure apprend la victoire de Charette à Machecoul. Il décide d’établir la première relation avec le chevalier en lui adressant une lettre de félicitations, compliments retournés par celui-ci pour la victoire de Saumur. Profitant de ce premier contact, et ayant décidé de prendre Nantes, les officiers de l’armée catholique demandent l’aide de Charette qui accepte, connaissant toute l’importance de la prise de ce port.
Alors que l’armée vendéenne marche sur Nantes, Lescure avec sept cents paysans, défend Parthenay devant Westermann. A la tête de dix milles hommes, Westermann se rend ensuite à Amailloux et livre le village aux flammes avant d’incendier le 2 Juillet, le château de Clisson, propriété de Lescure ; puis le château de la Durbellière, propriété de la Rochejaquelein.
Les événement s’accélèrent, la Convention Nationale, par décret du 1er Août, menace la Vendée avec l’arrivée de l’armée de Mayence : «Le ministre de la Guerre donnera sur-le-champ les ordres nécessaires pour que la garnison de Mayence soit transportée en poste dans la Vendée ».
Les troupes royalistes,
après la malheureuse affaire de Nantes le 29 juin, demandent de nouveau l’aide
de Charette pour l’attaque de Luçon, le 14 Août. Il se présente avec une armée
forte de six à sept mille hommes. Lors du conseil de guerre, M. de Lescure
expose son plan de bataille.
Il propose d’attaquer en plaine et à découvert, les hommes étant disposés en
trois échelons. Il faut signaler que M. de Lescure a étudié pendant plusieurs
années la tactique militaire, mais il ne maîtrise cependant que la théorie
lorsqu’il prend les armes contre la république. Cette manœuvre en échelons
convient mieux à des troupes organisées. Ce plan suscite de longs débats et le
général D’Elbée insiste pour attaquer selon l’usage habituel, manœuvrer cette
masse de soldats-paysans étant difficile. Mais Lescure, entêté, soutient avec
vigueur son opinion, aidé en cela par Charette.
L’aile gauche, la plus
avancée, sera commandée par Charette et lui-même, et formera le premier échelon.
D’Elbée commandera le centre avec Stofflet pour ce qui sera le deuxième échelon.
La Rochejaquelein dirigera l’aile droite, la plus éloignée et constituera le
troisième échelon. Cette disposition doit permettre aux différents corps de
s’épauler les uns les autres.
Mais en face d’eux, le général Tuncq, averti de l’approche des royalistes, prend
ses dispositions : son aile droite se dissimule au fond d’un vallonnement, son
centre occupe la lisière d’un bois avec une grosse artillerie et son aile gauche
emploie pour la première fois une artillerie volante.
Charette atteint rapidement un mamelon et s’établit dans une excellente
position, suivi de Lescure. Mais D’Elbée est en retard et de la Rochejaquelein
n’a pas encore avancé d’un pas. Dès qu’une tête de colonne royaliste apparaît
dans la plaine, Charette et Lescure se lancent à l’assaut et prennent une
première batterie. Mais ils se trouvent rapidement isolés et ralentissent leur
attaque tout en s’efforçant de garder le terrain conquis sur les républicains
avant de battre en retraite. Les troupes de D’Elbée ne sont pas encore en ligne,
seul Stofflet avait pris position, La Rochejaquelein s’étant « égaré ».
Cette défaite de Luçon, reprochée à Lescure et Charette, pour leur attaque estimée trop prompte, Lescure la reprochera au général D’Elbée : « Une fois le plan adopté par le Conseil, ce n’était plus le mien, c’était le vôtre. Si vous m’eussiez imposé l’office de général en chef, j’eusse tâché de m’en acquitter. Vous m’avez chargé de commander l’aile gauche avec M. Charette : nous avons battu l’ennemi. Ainsi, quant à nous, nous avons fait notre devoir. » Cette journée scelle l’amitié naissante entre Charette et Lescure.
L’armée de Mayence, quant à
elle, poursuit sa progression ; arrive à Montaigu le 16 Septembre et prend
Clisson, le 17, sans rencontrer encore l’ennemi.
M. de Lescure est à Thouars pour un combat qui ne sera pas à son avantage mais
où naît l’histoire étonnante de Jeanne de Lescure. Se tenant au côté de M. de
Lescure tout au long du combat, elle se comporte bravement avec beaucoup
d’intrépidité, avant de disparaître. Le corps d’une femme sera ensuite retrouvé
sur le champ de bataille. Turreau parle de cet épisode dans ses mémoires en ces
termes « … une jeune Lescure, sœur d’un des chefs… était à l’attaque de
Thouars, le 14 Septembre 1793, que dirigeait son frère … ».
Jeanne de Lescure , de son vrai nom Jeanne Robin, n’était pas la sœur de M. de
Lescure, celui-ci étant fils unique, mais la fille de son métayer. Déguisée en
soldat, elle suivait l’armée et se battait avec les paysans depuis plusieurs
jours. Elle s’était confiée à Mme de Lescure en lui demandant de conserver le
secret car M. de Lescure avait déclaré plusieurs fois qu’il ferait tondre et
chasser la première femme, déguisée ou non, qui suivrait l’armée. D’ailleurs,
peu de femmes participaient aux combats. Elles ne suivront l’armée qu’après le
passage de la Loire alors que la Vendée est en flammes.
Pour vaincre le dangereux
péril qui la menace, la Grande Armée Catholique et Royale se rassemble de
nouveau avec l’armée de Charette à Torfou, en ce 18 Septembre. L’heure est grave
et l’union s’impose. En face, Kléber. Les soldats de Charette fuient devant
cette menace… mais ils ne constituaient qu’une faible avant-garde. Et les
républicains découvrent une impressionnante armée déployée sur un front d’une
étendue encore plus remarquable. Mais voyant décamper les paysans de Charette,
les autres corps commencent à prendre la fuite créant une véritable débandade.
Bonchamps, Charette et Lescure vont dépenser beaucoup d’énergie pour ranimer le
courage de leurs hommes. Lescure, avant que son aile ne soit dispersée, trouve
l’inspiration : « Y a t’il 400 hommes de bonne volonté pour mourir avec
moi ? ». D’un coup, une colonne de 1 700 soldats se présente à la hauteur
du général pour s’élancer sur les Mayençais.Kléber voit les vendéens reprendre
les rangs et ses bataillons lâcher prise. Il donne le signal de la retraite.
Forts de ce succès, les
généraux vendéens arrêtent un plan qui doit leur permettre de détruire les
divisions républicaines. Charette et Lescure attaqueront Beysser à Montaigu,
puis rejoindront Bonchamps pour attaquer Canclaux à Clisson.
La première mission accomplie, les deux généraux ne peuvent se résoudre à
marcher contre Canclaux, et se laissent séduire par l’isolement de Mieszkowski à
Saint Fulgent. Cette nouvelle victoire de Charette et Lescure, a laissé
Bonchamps seul, face à Canclaux.
Leur désobéissance impardonnable et leur manquement à la parole donnée lors du
conseil de guerre, ont une conséquence immédiate : Canclaux et l’armée de
Mayence sont sauvés.
A Paris, la Convention
décide que « la Vendée sera détruite avant le 20 Octobre ». Et tout va
très vite. Les combats et les incendies se multiplient. L’heure de l’agonie est
proche et les armées vendéennes se regroupent à Mortagne. Kléber approche.
Sur le chemin de Cholet, parti à la rencontre des Mayençais, Lescure tombe à
l’improviste sur les troupes de Bard et Marceau. La bataille engagée aux champs
de La Tremblaye en ce 15 Octobre sera l’une des plus meurtrières et des plus
douloureuses. Lescure est mortellement touché à la tempe gauche. Alors que son
domestique, Bontemps évacue le blessé vers Beaupréau, le reste de l’armée
vendéenne se réfugie à Cholet où l’une des plus grandes batailles se prépare.
Les républicains sortent vainqueurs de cette affreuse mêlée. Passer la Loire semble la seule voie de salut pour les soldats vendéens. Tous se portent vers Saint Florent le Vieil où M. de Lescure, dans un état désespéré, est emmené vers Varades de l’autre côté de la Loire. Il fait élire Henri de la Rochejaquelein, généralissime de l’armée vendéenne, et participe au débat sur la prochaine marche de l’armée. L’avis de M. de Lescure est de se porter vers Nantes dont la garnison était entrée dans la Vendée. Alliés avec les soldats de Charrette, les restes de l’armée vendéenne pourraient facilement combiner des opérations sur les arrières des Républicains. Mais la décision finale est prise de se porter vers la Bretagne. Commence ici l’épisode connu sous le nom de « Virée de Galerne », synonyme d’un long et douloureux calvaire pour le « Saint du Poitou ».
Traîné dans de mauvais véhicules, au prix d’une terrible souffrance, Lescure arrive à Laval. Après quelques heures de repos, il semble se trouver mieux et son entourage aura toutes les peines du monde à l’empêcher de remonter à cheval pour aller au combat. Sur la route de Granville, Lescure apprendra la mort de la Reine à laquelle il était très dévoué. Puis, les douleurs s’aggravent et le lendemain, il demande son confesseur. Le 4 Novembre, il rend l’âme sur la route de Fougères, à hauteur du hameau Les Besnardières, avant le bourg de La Pellerine.
Mme de Lescure, informée du sort réservé par les Républicains au corps de Bonchamps, voulut faire embaumer celui de son mari et l’emmener avec elle. A Fougères, le corps sera éviscéré et après un service religieux, sera mis dans un caisson qui suivra l’artillerie jusqu’à Avranches. Le marquis de Donnissan le fera inhumer, à l’insu de Mme de Lescure, aux abords de la ville dans un lieu resté inconnu. Sa dépouille ne sera jamais retrouvée.
Selon la Comtesse de La Bouëre, un transfuge qui avait pris les armes avec les vendéens, est responsable de la mort de M. de Lescure. En 1794, arrêté à Argenton-le-Château par les royalistes, il est condamné à mort comme traître et espion. Il déclara : « qu’il ne l’avait pas volé ; que c’était lui qui avait blessé à mort M. de Lescure à La Tremblaye ».
Quelques sources :
- Mémoires de Madame La Marquise de La
Rochejaquelein
- Emile Gabory, Les Guerres de Vendée
- Boutillier de Saint-André, Mémoires d’un père à ses enfants
- Souvenirs de la Comtesse de La Bouëre
- Jean-Julien Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République
Française (Tomes I et II)
- Louis Brochet, La Vendée à travers les âges
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Notice écrite par Christine Duranteau |
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© Philippe Royet 1996-2007 |