Louis-Michel
LE PELETIER de Saint-Fargeau (1760-1793)
[39 ans en 1789]

Paris 1760-Paris 1793
Président à mortier au Parlement de Paris à partir de 1785, avec une dispense d’âge (il était avocat depuis 1777), il fit partie des parlementaires protestataires du 5 mai 88, et fut membre de la Société des Trente. Franc-Maçon, membre de la loge Phoenix, il prit position contre les édits de Lamoignon. Élu député de la noblesse par Paris aux États Généraux, il ne se rallia au Tiers que le 27 juin. Mais il réclama le rappel de Necker après le 11 juillet, et vota la suppression des privilèges. En juin 90, il fut à l’origine du décret qui contraignait les nobles à reprendre leur nom de famille. Rapporteur du comité de jurisprudence criminelle de l’Assemblée, il demanda l’abolition de la peine de mort en s’écriant : « Ce n’est pas dans le XVIIIème siècle qu’on doit consacrer une erreur des siècles précédents ! » Il échoua à l’obtenir, mais fit voter la suppression de la pendaison au profit de la décapitation, mesure égalitaire, et l’abolition de la torture. Favorable à des législatures très courtes et au veto suspensif, il s’opposa à Mirabeau contre l’attribution du droit de paix et de guerre au roi.
Sous la Législative, il fut président du Conseil général de l’Yonne.
Élu à la Convention par ce département, il fit campagne pour la liberté illimitée de la presse. Il rédigea un Plan d’Education publique et nationale. Il y préconisait une scolarité commune, obligatoire, de sept à douze ans, pour les garçons comme pour les filles, et financée par un impôt spécial prélevé uniquement sur les classes aisées. Il attirait l’attention sur l’importance de cette dernière mesure en ces termes : « Une bien plus grave inégalité va s’établir encore à raison des diverses facultés des parents. Et ici, les personnes aisées, c’est-à-dire le plus petit nombre, ont tout l’avantage. Quiconque peut se passer du travail de son enfant pour le nourrir a la facilité de le tenir aux écoles tous les jours et plusieurs heures par jour. Quant à la classe indigente, comment fera-t-elle ? Cet enfant pauvre, vous lui offrez bien l’instruction, mais avant, il lui faut du pain (…) (Les paysans pauvres) la féodalité est détruite, mais ce n’est pas pour eux, car ils ne possèdent rien dans les campagnes affranchies. Les contributions sont plus justement réparties, mais par leur pauvreté même, ils étaient presque inaccessibles à la charge. Pour eux le soulagement est aussi presque insensible… » D’où la nécessité d’une imposition spéciale sur les riches pour financer l’éducation des pauvres… Quand en juillet 93, Robespierre, grand admirateur de ce plan, le présenta à la Convention, il fut rapidement rejeté.
Au procès de Louis XVI, Le Peletier vota pour la mort et contre l’appel au peuple et le sursis. La veille de l’exécution, il fut poignardé dans un restaurant du Palais-Royal par un ancien garde du corps du Roi, Pâris. Il mourut quelques heures plus tard, en disant : « Je meurs content, je meurs pour le liberté de mon pays. » La Convention fit déposer son corps au Panthéon, et il devint le premier des trois « martyrs de la Liberté », avec Marat puis Chalier.|
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |