Henri du Vergier, Comte de LA ROCHEJAQUELEIN, dit « l'intrépide » (1772-1794)
[17 ans en 1789]
Né le 30 Août 1772 au château de la
Durbellière, à Saint Aubin de Baubigné près de Châtillon, Henri De La
Rochejaquelein grandit sous l’influence de la noblesse. Adolescent, il entre
dans l’Armée française et devient deuxième lieutenant de la Garde
Constitutionnelle du Roi. Il participe le 10 Août 1792 à la défense des
Tuileries où Charles de Bonchamps (autre chef vendéen) lui sauve la vie.
Sous la pression, le 13 Avril 1793, il prend
la tête des paysans poitevins venus le chercher dans son château de la
Durbellière, où il prononce ses paroles devenues célèbres :
« Mes
amis, si mon père était ici, vous auriez confiance en lui. Pour moi, je ne
suis qu’un enfant ; mais par mon courage, je me montrerai digne de vous
commander. Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je
meurs, vengez-moi. »
A la tête de son armée, il libère
Bressuire des républicains et rend la liberté à son cousin Lescure,
prisonnier sur parole. Le 4 Mai, l’Armée Catholique et Royale approche de
Thouars où elle est victorieuse. Mais le 16 Mai, elle échoue devant Fontenay,
le triomphe attendra le 25 Mai. Lors de ce combat, Henri De La Rochejaquelein
porte ses traditionnels mouchoirs rouges de Cholet (à sa ceinture pour tenir
ses pistolets, à son cou et autour de la tête). Ses officiers lui demandent
d’abandonner cette tenue trop reconnaissable mais il refuse. Alors tous ses
soldats décident d’adopter les mouchoirs afin qu’ils ne soient plus une
cause de danger pour lui.
Le 9 Juin, ils marchent sur Saumur. De La
Rochejaquelein commande l’aile droite de l’armée et entre dans la ville
mais le château tient toujours. Il se rend le lendemain et les Républicains
laissent 10 000 prisonniers qui sont renvoyés sur leur parole de ne plus porter
les armes contre les vendéens…
Le 29, pendant l’attaque de Nantes, De La
Rochejaquelein reste en Deux-Sèvres pour stopper Westermann mais il est obligé
de reculer face aux républicains.
Le 14 Août, il est aux côtés de D’Elbée
lors de l’attaque de Luçon. Mais les pertes sont considérables et l’armée
rentre en Vendée pour la défendre car on commence à l’attaquer de tous les
côtés sans relâche. Henri De La Rochejaquelein se poste du côté de Thouars
et de Doué.
Le 1er Septembre, la Convention
publie sa loi des suspects et décrète l’envoi en Vendée de l’armée de
Mayence. Les différentes colonnes entrent en scène le 6 Septembre. Les chefs
vendéens tentent d’arrêter cette marée de terreur. L’exode connu sous le
nom de « Virée de Galerne » s’amorce, prélude à la défaite de
Cholet le 17 Octobre, et au passage de la Loire. 80 000 personnes se pressent
dans la vallée : soldats, femmes, enfants, vieillards et blessés qui
fuient le meurtre et l’incendie. De La Rochejaquelein est furieux, il veut
aller au-devant de l’ennemi mais on finit par le convaincre qu’il ne peut
abandonner l’armée.
Le 18 Octobre au matin, le passage de la
Loire commence. Une vingtaine de mauvaises barques portent successivement les
fugitifs. Pendant les deux jours où se déroule la traversée, une seule femme
trouve la mort.
Napoléon, émerveillé, témoigne : « Mes ingénieurs sont des hommes habiles, mais à Saint Florent,
les Vendéens furent des sylphes. »
Et les voici sur la rive droite du fleuve,
mais ils n’ont plus de généralissime. D’Elbée, blessé à Cholet, a trouvé
asile sur l’île de Noirmoutier. Les chefs se réunissent en un conseil de
guerre pour élire le généralissime qui aura l’honneur de conduire la Vendée
à la victoire.
Le poste est offert à Lescure qui décline
l’offre : « Messieurs, je
suis blessé mortellement … Il est nécessaire que l’armée ait sur-le-champ
un chef actif, aimé de tout le monde, connu des paysans, ayant la confiance de
tous : c’est le seul moyen de nous sauver. M. De La Rochejaquelein est le
seul qui se soit fait connaître des soldats de toutes les divisions … Le
choix que je propose ranimera le courage des Vendéens ; je vous conseille
et vous prie de nommer M. De La Rochejaquelein . »
Le conseil ratifie ce choix et Henri De La
Rochejaquelein est élu généralissime le 20 Octobre 1793, à 21 ans.
Il propose aussitôt de marcher sur Angers
ou Nantes, mais l’arrivée du Chevalier de Saint Hilaire parlant d’une
flotte considérable en préparation dans les ports anglais, modifie sa décision
et dirige la marche de l’armée vers la Normandie. Les Blancs s’emparent de
Château-Gontier, le 21 Octobre et partent pour Laval. La ville est emportée le
23 Octobre.
Le 26, les troupes de Westermann et Kléber
rencontrent les Vendéens. Après un long engagement, c’est la retraite des
Mayençais.
Le 27, toutes les forces républicaines
retrouvent l’Armée Catholique et Royale. Kléber, au Comité de Salut Public,
le 28 Octobre, rend hommage à Henri De La Rochejaquelein : « …
alors, sans direction supérieure, nous avons tâché de ramener la victoire
sous notre drapeau ; mais les brigands déployaient une tactique inaccoutumée.
Nous avions contre nous leur impétuosité vraiment admirable et l’élan
qu’un jeune homme leur communiquait. Ce jeune homme, qui s’appelle Henri De
La Rochejaquelein, et dont ils ont fait leur généralissime après le passage
de la Loire, a bravement gagné ses éperons. Il a montré dans cette
malheureuse bataille une science militaire et un aplomb dans les manœuvres que
nous n’avions pas retrouvés chez les brigands depuis Torfou. C’est à sa prévoyance
et à son sang froid que la République doit cette défaite, qui a consterné
nos troupes ; mais, quel que soit son empire sur l’esprit des paysans, il
est bien difficile qu’il puisse longtemps se maintenir au milieu d’un pays
qui n’est plus la Vendée… »
Le 14 Novembre, les Vendéens atteignent les
murailles de Granville. Après trente-six heures d’un âpre combat, les vendéens
battent en retraite vers Avranches, l’aide anglaise tant attendue n’étant
pas au rendez-vous. Mais les paysans, voyant que la route prise n’est pas
celle ramenant au bord de la Loire, exigent de retourner dans leurs pays ;
l’armée se dirigent vers Angers. Du 18 au 22 Novembre, les blancs remportent
les victoires de Pontorson, Dol, Trans et Antrain.
Epuisés, ils atteignent Angers le 3 Décembre
et dès le lendemain, vaincus, ils se dirigent vers Le Mans. Ils pénètrent
dans la ville le 10 Décembre et décident d’y rester quelques jours pour y
soigner de nombreux blessés et malades. Les troupes républicaines sous les
ordres de Marceau, Kléber et Westermann attaquent simultanément, le 13 Décembre,
les vendéens qui s’échappent par la route de Laval poursuivis par les
hussards de Westermann. C’est le désastre : les prisonniers sont fusillés
par centaines, et des monceaux de cadavres jonchent les routes. Le lendemain, le
reste de l’armée vendéenne encombrée des non combattants quittent Laval
pour Ancenis qu’ils atteignent le 16 Décembre.
De La Rochejaquelein et Stofflet trouvent
des bateaux et passent la Loire avec quelques centaines de soldats. Ils devaient
rendre compte de la situation des Républicains sur l’autre rive. Les bleus,
sur des barques canonnières, tirent quelques coups de canons et une cavalerie
venue de Saint Florent met en fuite De La Rochejaquelein et Stofflet. Ils
restent plusieurs semaines sans troupes, obligés de se déguiser en paysans
pour parcourir les paroisses, alors que le reste de l’armée et la foule qui
n’a pas pu traverser, se dirigent vers Savenay où ils vont être anéantis.
Il propose son aide à Charette qui ne
daigne lui offrir qu’une place sous son commandement. Il refuse et
s’installe en forêt de Vezins avec Stofflet où ils recomposent leur armée.
Le 28 Janvier 1794, au cours d’une
escarmouche en forêt de Nuaillé, Henri De La Rochejaquelein tombe sous les
balles républicaines. Stofflet a pris tous les moyens pour dissimuler sa mort
le plus longtemps possibles aux vendéens.
C’est seulement le 13 Février 1794 que
Turreau communique au Comité de Salut Public, depuis Saumur :
« Le
général Cordelier me marque que La Rochejaquelein est tué et enterré à Trémentines.
Trente rapports me sont faits sur cet événement et tous s’accordent. Ce
qu’il y a de certain, c’est qu’il n’était pas à Cholet et que c’était
son armée qui attaquait cette ville ; elle était commandée par Stofflet.
J’ai ordonné à Cordelier de faire déterrer La Rochejaquelein et d’acquérir
des preuves de sa mort. »
"Si de
ma vie dépend le bonheur de la Vendée, alors je suis prêt à la sacrifier
toute entière"
(Henri De La Rochejaquelein)
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Notice écrite par Christine
Duranteau Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein (Veuve de Lescure, épouse de Louis de La Rochejaquelein) Mémoires de Bertrand Poirier de Beauvais (Commandant de l’artillerie de l’armée rebelle) Georges Bordonove, La guerre de Vendée, Edition René Julliard, 1964 Emile Gabory, Le journal de la France, Edition Jules Tallandier Elie Fournier, Turreau et les colonnes infernales, Edition Albin Michel, 1985 |
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© Philippe Royet 1996-2007 |