Marc-Antoine Jullien, dit JULLIEN DE PARIS (1775-1848)
[14 ans en 1789]
En débutant cette notice, j’ai envi de l’appeler
« histoire d’une vie ratée ». La carrière de Jullien commença
trop tôt, lorsqu’elle se termina il n’avait pas encore vingt ans !
Ensuite sa vie qui se poursuivra pendant encore plus de cinquante ans ne sera
pour lui qu’une longue tentative pour jouer à nouveau un rôle politique de
premier plan. Il en arrivera même à renier la période pendant laquelle il fut
un homme important. Car l’ombre de Robespierre comme le qualifiera un de ces
biographes, sera pendant quelques mois un homme
très puissant et aussi très écouté par les dirigeants du pays. Sa chute sera
brutale et jamais il ne reviendra au premier plan.
Il était le fils de Marc-Antoine Jullien (1744-1821) qui fut
député suppléant de la Drôme à la Législative avant d’être élu premier
titulaire à la Convention. Dès 1790, alors qu’il est encore élève au
collège, il collabore un temps au Journal du Soir. Bientôt malgré son
très jeune age, il devient membre du Club des Jacobins de Paris où, très vite
il se fait remarquer par ses discours pacifiques. En 1792, il part en Angleterre
chargé, entre autre par Condorcet, de missions plus ou moins secrètes. Il y
restera de mai jusqu’à la fin septembre rencontrant Lord Stanhope, l’un des
chefs de l’opposition, mais aussi Talleyrand.
Nommé en fin d’année aide-commissaire des guerres (une
sorte d’intendant militaire), il servira à Toulouse où il aura également au
sein de la société des Jacobins un rôle important dans la lutte contre le
fédéralisme. Mais sa virulence déplais et il est envoyé à Tarbes ou
parallèlement à ses fonctions militaires il joue un rôle important comme
propagandiste. Il conservera son poste jusqu’au 4 août 1793 date à laquelle
il est rappelé à Paris. En effet il a attiré l’attention de Robespierre qui
à son propos a noté « homme énergique et probe, capable des fonctions
les plus importantes ». Le 10 septembre, il est effectivement chargé
d’une importante mission par le Comité de salut Public dans les ports du
littoral atlantique, il ne rentrera à Paris qu’en floréal an II (avril
1794).
Pendant toute cette période il rendra compte au Comité mais
aussi de façon plus confidentielle à Robespierre dont il sera l’agent
officieux. L’importance de ses fonctions, la qualité de son protecteurs mais
aussi son caractère de pure Montagnard le feront craindre et conduirons à
quelques frictions avec les Représentant du Peuple en mission. Mais surtout par
une lettre datée du 16 pluviôse an II (4 février 1794) adressée à
Robespierre, il dénoncera Carrier en mission à Nantes et obtiendra son rappel.
Par la suite il se rendra à Bordeaux où il aura vent de l’attitude
contestable et pleine de contradiction de Tallien et des intrigues menés par sa
maîtresse Thérèsia Cabarrus.
Rappelé à Paris il quitte Bordeaux le 5 floréal an II (24
avril 1794) et aussitôt arrivé dans la capitale il est nommé adjoint à la
Commission exécutive de l’instruction publique, de nos jours on dirait
qu’il est Secrétaire d’état. Il a alors tout juste 19 ans ! Il semble
qu’alors ses relations avec Robespierre ne soient plus ce qu’elles ont
été, on peut penser que sa nomination de « quasi ministre » ne
soit pas une promotion pour celui qui en réalité était le représentant
officieux de l’Incorruptible. On peut en effet penser qu’il est maintenant
en retrait par rapport à son maître qu’il craint de voir prendre la route du
pouvoir absolu. Mais dès le 29 floréal (18 mai) il est a nouveau envoyé en
mission à Bordeaux, cette fois il est le seul représentant du pouvoir puisque
Tallien à été rappelé et qu’il a été mi fin à la mission d’Ysabeau.
Il organisera alors la traque contre les chefs Girondins encore cachés dans la
région de Saint Emilion. En bon agent de la Terreur il enverra à la
guillotine, Guadet, Salles et Barbaroux et ne laissera à Pétion et à Buzot
d’autre choix que le suicide. On retrouvera plus tard ces deux derniers à
moitié dévorés par les loups.
Tallien de son coté rappelé à Paris n’est pas resté
inactif, il sera l’un des principaux artisans de la journée du 9 thermidor,
qui parmi bien d’autre sonnera le glas de la carrière de Jullien. Le 23
thermidor an II (10 août 1794) il est arrêté, il restera en prison jusqu’au
23 vendémiaire an IV (14 octobre 1795) mais aura la chance d’échapper à la
guillotine.
A sa sortie de prison Jullien a 20 ans et sept mois !!
Il lui reste prés de 63 ans années à vivre mais jamais il ne reparaître sur
la scène politique nationale. Il tentera de se mettre au service de Bonaparte
sans succès et cela après avoir fait un bout de route avec Babeuf. En Italie
il sera le rédacteur du Courrier de l’Armée d’Italie puis avec Championnet fondera la très éphémère
République Parthénopéenne à Naples et ce après avoir participé à la
Campagne d’Egypte. Jusqu’à sa mort ses positions seront alors parfois
contradictoires, après avoir applaudi au 18 brumaire, il s’élèvera contre
les proscriptions jacobines qui suivront l’attentat de la rue Saint Nicaise en
décembre 1800. Il recevra pourtant la Légion d’honneur en 1803. Mais en 1813
il sera incarcéré.
Il écrira beaucoup et sera le rédacteur de journaux
d’opposition pendant la Restauration. Mais c’est surtout comme animateur de
la Revue encyclopédique qu’il aura une influence dans les sphères
intellectuelles de l’époque. Sur le plan politique il sera un temps proche
des saint-simoniens.
Il mourra le 4 avril 1848 ayant pu assister à la
proclamation de la seconde République.
Avant d’en terminer je voudrais revenir sur un certain
manque de courage dont il fit preuve en refusant d’assumer les
responsabilités qu’il avait eu dans les mois où de fait, il était le
maître de Bordeaux. En 1823 parue une réédition des mémoires de Louvet dans
lesquels il était mis en cause pour son rôle dans la chasses aux survivant
Girondins. Il écrira alors une lettre que les éditeurs publierons à la fin de
l’ouvrage. En substance, pour se défendre, il insistera sur son jeune age à
l’époque qui lui interdisait, selon lui, d’avoir pu disposer d’une aussi
grande influence. Pourtant dans la même lettre, il se ventera, à juste titre,
d’avoir été à l’origine du rappel de Carrier !
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Notice écrite par J.M.
Ruthon Dictionnaire de la Révolution, direction Soboul, Paris 1989 : article de F. Wartelle. P. Gascar, L’ombre de Robespierre, Paris 1979. Mémoire de Louvet Paris 1823. Rapport de Courtois sur les papiers trouvés chez Robespierre, Paris an III. E. di Rienzo, Néo-jacobinisme et question italienne dans les manuscrits de Marc Antoine Jullien de Paris. Annales Historiques de la Révolution Française, n° 313 Juillet-septembre 1998. P. de Vargas, L’héritage de Marc Antoine Jullien de Paris à Moscou. Annales Historiques de la Révolution Française, n° 301 Juillet-septembre 1995. |
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