Mathieu Jouve, dit JOURDAN « COUPE-TÊTES » (1746-1794)
[43 ans en 1789]
Né à Saint-Jeures-de-Bonas (Haute-Loire) le 5 octobre 1746, mort à Paris le 27 mai 1794
Celui qui devait devenir l’une des plus célèbres figures d’épouvante de la Terreur naquit dans une famille modeste : sa jeunesse n’est pas connue sinon par ses propres déclarations et vantardises, mais il paraît s’être adonné au brigandage dès avant la Révolution. Ce fut d’abord à Avignon qu’il joua un rôle révolutionnaire : meneur de mouvements populaires, il devint l’un des lieutenants de Patrice à la tête de l’armée « patriote » locale, dite « des brigands de Monteux », qui s’était constituée pour lutter contre la ville voisine et rivale Carpentras, favorable au maintien du Comtat Venaissin dans les Etats du Pape. Un peu plus tard, c’est sous son commandement que cette armée, après avoir pris Cavaillon mit, en vain, le siège devant Carpentras en juin 1791. Sa responsabilité dans les massacres de la Glacière, commis alors qu’il était commandant du Palais de Papes, n’est pas bien établie, quoique probable : accusé de les avoir fomentés, voire dirigés, il fut acquitté en août 1792 mais la question de sa culpabilité demeure obscure. S’il est incontestable que c’est bien lui qui fit arrêter soixante personnes le 16 octobre à la suite du meurtre, dans l’église des Cordeliers, du patriote Lescuyer, il n’est pas prouvé qu’il ait personnellement ordonné leur assassinat collectif la nuit suivante.
L’amitié du conventionnel Rovère lui permit par la suite d’être nommé capitaine de gendarmerie, et c’est à ce poste qu’il accomplit la plupart de ses sinistres exploits : exactions diverses, arrestations arbitraires, massacres et surtout spéculation sur les biens de ses victimes, qu’il trafiquait et rachetait pour une bouchée de pain grâce à la protection intéressée de Rovère. La municipalité de Carpentras tenta plusieurs fois de mettre fin à sa puissance, qui était celle d’un chef de guerre sans scrupules au coeur de temps troublés, mais toujours en vain. Lorsque le tribunal criminel du Vaucluse porta plainte contre lui, il parvint à convaincre la Convention qu’il était une victime des sociétés populaires révoltées contre le gouvernement, et obtint la bénédiction de l’Assemblée pour frapper ses adversaires. Il parvint de la sorte à faire arrêter pour « hébertisme » de nombreux Jacobins locaux, dont Agricol Moureau, et s’apprêtait à reprendre son brigandage lorsque le représentant en mission Maignet, plus lucide que ses collègues, le dénonça au Comité de salut Public sur la base d’un rapport précis. Arrêté sur ordre du Comité de Sûreté Générale en même temps que d’autres membres de sa bande noire, Jourdan fut transféré à Paris, traduit devant le Tribunal Révolutionnaire et condamné à mort le 27 mai 1794.
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |