Jacques JALLET (1732-1791)
[57 ans en 1789]

Né à La Mothe Sainte-Héraye (Deux-Sèvres) le 13 décembre 1732.

Prêtre sans vocation aux dires de certains, c’était un humaniste, il faisait le bien autour de lui et considérait qu’il était dans son rôle de curé d’aider les hommes et de chercher à les instruire. Il était certainement très proche des philosophes. On peu dire qu’il était un apôtre de la Révolution avant même le début de celle-ci. Aussi, dès la convocation des Etat-Généraux, il se montrera un chaud partisan des réformes. Au sein de l’Assemblée, ses détracteurs diront qu’il combattit sans relâche son propre ordre, en réalité il avait depuis longtemps saisi l’injustice qu’il y avait à voir un clergé opulent alors que le peuple était dans la misère.

Mais s’il a mérité d’entrer vivant dans l’histoire, c’est parce qu’il est à l’origine du premier ralliement de quelques curés du Poitou, dont lui-même, avec les représentants du Tiers.

En effet, le 13 juin 1789, il rejoindra la salle où sont réunis les députés des communes et où ceux du sa province font contrôler leurs pouvoirs. Son geste marquera symboliquement la date de naissance de l’Assemblée nationale et même celle de la Révolution politique. Plus tard, peut-être, le doute l’envahira. En effet, élu évêque de son département, après une longue période de réflexion, il renoncera, craindra, semble-t-il, l’opposition des curés. Il est probablement heureux pour lui qu’il soit mort avant d’avoir eu de véritables regrets, en effet quels sentiments auraient été les siens pendant les persécutions religieuses ? Qu’aurait pensé l’humaniste des excès de la Terreur ?

Son père simple jardinier, étant mort en 1737, il fut élevé par son oncle maternel, l’abbé Merceron curé de Nanteuil. C’est grâce à ce dernier et à la fortune d’un châtelain de la Mothe, le marquis d’Artaguiette d’Yron, qu’il pourra faire des études d’abord chez les Oratoriens de Niort puis à la faculté de Droit de Poitiers et enfin au Séminaire. Il semble que ce soit à la suite d’un chagrin d’amour qu’il entra dans les ordres.

Dans un premier temps, il sera vicaire à Gençay puis curé à Chérigny dans ce qui deviendra par la suite le canton de Brioux. Dans sa cure, il utilisera ses loisirs à l’étude des philosophes et entrera en rapport avec Dupont de Nemours et avec le Comité d’Agriculture créé en 1785 au près du contrôleur général des finances. Vis à vis de ses paroissiens, il ne limitait pas son rôle à ce qui ressortait directement de son état, il les conseillait sur les questions agricoles. En 1785, il rédigea un mémoire sur « la calamité de 1785 » dans lequel il insiste sur le sort des plus pauvres de sa paroisse.

En mars 1789, il fut désigné pour être l’un des rédacteurs du cahier de doléance du clergé du Poitou, dans ce cadre, il s’opposa fermement aux positions de l’évêque. Il n’ambitionnait pas semble-t-il, d’être député, il le fut pourtant étant désigné le 7e sur les 7 représentants du clergé du Poitou le 1er avril 1789. Dés son arrivée à Paris, le 21 mai, il publiera une brochure intitulée : « Première lettre de l’évêque d’A..., député aux Etat-généraux, à l’évêque de B..., non député » dans laquelle il exposera ses idées sur l’intérêt qu’il y a à regrouper les trois ordres. Le 12 juin, il prononcera dans la Chambre du clergé un discours demandant la réunion. Le lendemain 13, accompagné de Lecesve, curé de St Triaize de Poitiers et Ballard, curé de Poiré sur Velluire ; il fera son entrée dans la salle de l’Assemblée nationale au moment ou les députés des communes de la sénéchaussée de Poitiers faisaient vérifier leurs pouvoirs. Cette décision historique annoncera en fait le serment du jeu de paume et la réunion des trois ordres en une Assemblée constituante. A cette occasion, il prononcera les mots suivants :

« Une partie des députés aux Etat-Généraux du clergé du Poitou se rend aujourd’hui dans la salle de l’Assemblée générale. Nous y venons, Messieurs, pour prendre communication des pouvoirs de nos co-députés des trois Ordres et pour y communiquer nos mandats, afin que les uns et les autres étant vérifiés et légitimés, la Nation ait enfin de vrais représentants.
Nous venons, Messieurs, précédés du flambeau de la raison, conduits par l’amour du bien public, nous placer à côté de nos concitoyens, de nos frères. Nous accourons à la voix de la patrie qui nous presse d’établir entre les Ordres la concorde et l’harmonie, d’où dépendent le succès des Etat-Généraux et le salut de l’Etat. Puisse cette démarche être accueillie par tous les Ordres avec le même sentiment qui nous la commande ! Puisse-t-elle être généralement imitée ! Puisse-t-elle enfin nous mériter l’estime de tous les Français ! »

En septembre, il fera part de ses idées sur les institutions publiques dans un petit ouvrage de 10 pages qui sera imprimé sur ordre de l’Assemblée et qui s’intitule : Idées élémentaires sur la constitution dans lequel il se montrera partisan du veto suspensif. Le mois suivant, il publiera son Opinion relative aux droits de la Nation sur les biens du ci-devant clergé dans lequel il dit que la nation est souveraine pour décider de son usage. Il interviendra fermement contre la peine de mort et demandera que les grades militaires soient pourvus par l’élection. Il interviendra également dans le cadre des discussions sur la constitution civile du clergé dont il sera un chaud partisan. Le 27 décembre 1790, il prêtera lui même le serment.

Le 29 novembre 1790, les électeurs du département l’éliront évêque constitutionnel des Deux-Sèvres, au second tour par 135 voix sur 205 votants. Il est notable de constater qu’au premier tour, il avait obtenu 94 voix mais que 15 s’étaient portées sur Mgr Charles de Coucy, évêque de La Rochelle. Après avoir réfléchi plusieurs mois, craignant peut-être de ne pas être suivi par les curés du département, il décidera de ne pas accepter sa nomination. En janvier 1791, il publiera une brochure favorable au serment et intitulée : Pourquoi ne jurent ils pas puisqu’ils savent jurer ?, puis une autre favorable au mariage des prêtres : Sur le mariage des prêtres.

Le rôle important qui fut le sien sur le plan national ne l’empêcha pas de s’intéresser à son pays d’origine. E en août 1790, il interviendra ainsi en faveur de Chef-Boutonne pour tenter d’obtenir que cette commune soit le siège du tribunal du district de Melle. Sa démarche restera cependant sans succès.

A l’Assemblée, il avait été membre des comités de vérification et des finances. Il vota pour les assignats et pour le rattachement d’Avignon.

Il est mort d’une crise d’apoplexie, avant la fin de la session, le 14 août 1791.


BIBLIOGRAPHIE :
Lemay Edna Hindie, Dictionnaire des Constituants, Paris 1991
Merle Louis, La vie et les œuvres de Gabriel Gallot, Société des Antiquaires de l’ouest, Poitiers 1961
Barthélemy A. L’abbé Jallet, constituant, Revue Historique de la Révolution Française, Paris 1910 et 1911.



Notice écrite par J.M. Ruthon
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