François HANRIOT (1759-1794)
[30 ans en 1789]

Il naquit dans une famille de paysans très pauvres, à Nanterre ; il aurait pu prononcer la célèbre phrase de Babeuf :  « je suis né dans la fange et j’ai reçu l’existence sur les durs degrés de la misère ». Son père était si démuni qu’il fut obligé de renoncer à l’agriculture et de se faire domestique. François fut malgré tout mis à l’école paroissiale, ce qui lui permit d’apprendre à lire et à écrire : engagé comme saute-ruisseau, il parvint finalement à devenir commis à l’octroi de Paris. Le 12 juillet 1789, il participa à l’émeute qui mit le feu aux barrières, ce qui lui valut de se retrouver enfermé à Bicêtre. Assez rapidement libéré, grâce à la campagne de presse de Marat en faveur des incendiaires, il milita au niveau sectionnaire, dans la section des Sans-Culottes. Secrétaire du comité local, puis capitaine de bataillon de la garde nationale, il participa aux massacres de septembre, sans que son rôle y soit clair. Il fut proclamé commandant général de la garde par la Commune de Paris, à la place de Boulanger, le soir du 30 mai 1793 : le lendemain, il dirigea le premier mouvement insurrectionnel, ordonnant le tir du canon d’alarme et sommant la Convention de se soumettre aux ordres des sections. Au 2 juin, il entoura l’Assemblée de 80 000 hommes, qu’il commanda avec intelligence et autorité : grâce à lui, l’insurrection se déroula sans que le sang fût versé et la Convention recula devant le peuple.

Lié avec les hébertistes, il était membre du club des Cordeliers. Proche de Marat, qui l’avait défendu et l’avait proclamé « sauveur de la patrie » après le 2 juin, il participa aux cérémonies de l’enterrement de l’Ami du peuple et de la translation de son cœur aux Cordeliers : il se chargea en personne de faire fleurir la tombe avec « des cyprès, des roses et des oeillets. » Durant l’été 93, il fut un militant exalté à la tribune du club, favorable aux mesures les plus extrêmes : il préconisait l’exclusion des nobles de toutes les fonctions, leur internement et leur mise au service de la nation, ainsi que la redistribution des terres aux indigents : « Il ne faut transporter ni les prêtres ni les nobles, il faut les garder chez nous, les désarmer, leur faire labourer la terre qu’ils ont blanchie de leurs crimes et leur donner 15 sols par jour pour vivre ; pour cela, il faut que le peuple se lève et je me lèverai à sa tête ; (...) Il y a trop longtemps que les sans-culottes versent leur sang, sans avoir d’autres récompense en vue que celle de consolider la liberté. Cela ne nous suffit plus aujourd’hui. Il faut que le peuple hérite : engageons-le à se lever, en lui montrant les riches moissons des nobles et des prêtres, disons-lui : soumets ces coquins-là à l’empire de la raison et leurs biens t’appartiennent. Il faut donc premièrement que tout le peuple ne se repose plus qu’il n’ait obtenu l’expulsion de tous les nobles de nos foyers et de nos armées ; secondement la répartition de leurs biens aux indigents, troisièmement, que tous les scélérats soient désarmés et remis à notre surveillance (1). » Il alla jusqu’à réclamer qu’on brûlât les bibliothèques (2). En même temps il défendit le principe d’un traitement égal et humain de tous les prisonniers.

 Il fut compromis dans l’affaire de ventôse et du prétendu « complot hébertiste », mais Robespierre le protégea et il ne fut pas inquiété. Désormais indéfectiblement fidèle à l’Incorruptible, bien qu’il n’en partageât guère les vues modérées, il essaya de le servir de son mieux : il s’opposa systématiquement à Carnot quand ce dernier entreprit de dégarnir Paris de ses canonniers, et dès le soir du 8 thermidor, il tenta de mettre en oeuvre le plan d’une insurrection populaire. Il avait compris que la défaite parlementaire de Robespierre aurait des suites... Pendant ce temps, les membres du CSP hostiles à Robespierre  préparaient son arrestation : la dernière discussion du  « Grand Comité », le matin du 9 thermidor, fut consacrée à son sort et vit s’affronter sur ce sujet Billaud-Varenne et Couthon. Billaud porta pour finir le débat devant la Convention, qui vota la destitution et l’arrestation du « général sans-culotte », avant d’arrêter en bloc Robespierre et ses partisans. Hanriot rejoignit alors la Commune et organisa méthodiquement l’insurrection : il rassembla ses canonniers et les pièces d’artillerie, donna l’ordre aux chefs des six légions de la garde nationale d’envoyer des hommes à l’Hôtel de Ville. Il se heurta au refus de plusieurs sections, tandis que d’autres au contraire lui fournirent des troupes importantes. Vers huit heures du soir, il disposait d’environ trois mille hommes. Entre temps, il avait essayé de délivrer Robespierre, détenu au Comité de Sûreté Générale, mais s’y était si mal pris qu’il avait été lui-même appréhendé. Délivré un peu plus tard par Cofinhal, il renonça à lancer ses troupes contre la Convention et les ramena à l’Hôtel de Ville, sans que sa motivation ait pu être clairement déterminée : légalisme, peur, ordres contraires de la Commune ou de Robespierre lui-même ? Les historiens ont multiplié les hypothèses, sans parvenir à trancher. Lors de la prise de l’Hôtel de Ville par la colonne de Barras, il se cacha (3) mais fut retrouvé quelques heures plus tard. Mis hors la loi, il fut guillotiné sans jugement avec Robespierre et les robespierristes, le 10 thermidor au soir.


[1] Journal historique et politique, n°24, 25 juillet 1793.
[2] Journal historique et politique, n°38, 8 août 1793.
[3] La version qui veut que Cofinhal l’ait jeté par une fenêtre en lui reprochant l’échec de l’insurrection est une légende thermidorienne, qui n’est étayée par aucune source.



Notice écrite par Claudine Cavalier
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