Louis-Bernard
GUYTON de Morveau (1737-1816)
[52 ans en 1789]

Dijon 1737-Paris 1816
Avant la Révolution, il s’était d’abord dirigé vers le droit : il fut avocat général au Parlement de Bourgogne. Ce n’est qu’en 1782 qu’il fit, si l’on peut dire, sa propre « révolution » et décida de se consacrer à ce qui était en fait sa vraie passion, la chimie. Il donna des cours avec succès, ce qui lui permit d’ouvrir un laboratoire (il n’avait pas les gigantesques moyens de Lavoisier). Il publia rapidement un Dictionnaire de la Chimie, où il proposait une nouvelle nomenclature des éléments qui devait vite s’imposer. Elle est encore utilisée aujourd’hui.
Guyton de Morveau était aussi, comme Buffon et bien d’autres « naturalistes », un industriel actif : il fonda un nitrière et une verrerie qui marchèrent très bien.
En 1789, il prit immédiatement part à la Révolution et fut nommé procureur-syndic de la Côte d’Or. Élu à la Législative, il y fut membre du comité des Finances. Réélu à la Convention, il prit rapidement part à des missions. En octobre 1792, il partit dans le Doubs pour surveiller les frontières, et en profita pour faire un rapport sur la fonderie du Creusot.
Il vota la mort du Roi, et devint membre du Comité de Défense Nationale. C’est lui qui, en 1793, fit annexer à la France Porrentruy, qui devint à cette occasion Mont-Terrible. En avril 93, il entra au Comité de Salut Public, qu’il quitta le 10 juillet. Il enseigna alors au Museum. Responsable de la manufacture d’armes de Paris, il s’occupa aussi, avec Fourcroy, de la création la compagnie d’aérostatiers que le Comité de Salut Public ouvrit à Meudon. En juin 94, il se rendit à l’armée du Nord et c’est lui qui le 26 juin, à Fleurus, monta dans le ballon qui surveillait les mouvements de troupes.
Après Thermidor, il rentra au Comité de salut Public. Il s’occupa comme auparavant de l’effort de guerre, jusqu’en février 95, puis se consacra à l’organisation de l’enseignement supérieur. Il fut un des pères de l’École Polytechnique. En mars 95, il fut attaqué, ainsi que certains de ses collègues, pour avoir fait partie des Comités terroristes. Il se défendit avec un grand courage et finit par se justifier. Il devint membre de l’Institut dès sa création.
Il fut élu aux Cinq-Cents sous le Directoire, et enseigna la chimie à Polytechnique. Nommé administrateur de la Monnaie en 1800, il le demeura jusqu’en 1815, où le retour des Bourbons le mit à la retraite.
C’était avec Lavoisier le plus grand chimiste de son époque, et à la différence de son illustre collègue, il prit parti sans jamais se renier pour les idées nouvelles, et déploya une inépuisable et courageuse activité au service de la Révolution. A ce titre, son souvenir mérite largement d’être rappelé, et aussi parce qu’il fut le fondateur de la chimie moderne.
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |