Joseph GUILLARD (1775-?)
[14 ans en 1789]

Au service secret de sa Majesté.

Joseph Guillard est né le 30 mai 1775 à Montmerle-sur-Saône, dans l’Ain. Il suit les cours du collège de Thoissey et va à Lyon, en 1793 afin d’apprendre la comptabilité chez M. de Personnat, rue Mercière. Fédéraliste, il prend fait et cause pour la contre-révolution en s’engageant auprès des rebelles lyonnais. Il devient ainsi aide de camp de Précy.

Après la chute de la ville, il s’enfuit de Lyon et disparaît. Sans doute revient-il quelques temps à Montmerle. Il ne tarde néanmoins pas à revenir dans la cité rhodanienne comme courtier dans un casino. Devenu joueur, il fait “ an enormous fortune on one game ”* et part à Genève, où durant deux ans et après avoir perdu son argent, il travaille dans le commerce de vin.

Pendant ce temps, son père, resté à Montmerle verse, le 18 nivôse an VIII, 50 quintaux de froment, 76 quintaux de seigle et 92 quintaux d’avoines au magasin militaire de Pontarlier et 25 quintaux de froment et 25 quintaux d’avoines pour le magasin militaire de Bourg sur des réquisitions faites pour l’armée du Danube. C’est sans doute durant cette période que Joseph est recruté par Wickham, chef des réseaux d’espionnage anglais, basé à Genève.

Dès lors il brouille les pistes. Il prend le prénom de son frère Louis, né le 6 janvier 1768 à Montmerle, ainsi que des noms d’emprunts dont Louis Bayard, fils d’un négociant jurassien, lui aussi travaillant pour la couronne anglaise. Sa profession de joueur l’aide à entretenir une comptabilité floue et hors de tout contrôle. Joseph décide de revenir et France, et s’installe à Versoix.

Malgré sa déclaration de résidence auprès de l’administration municipale du canton de Ferney, ses biens sont saisis. Joseph déclare partir pour les Etats-Unis mais s’établit en Suisse à Genève, d’où il obtient même le 16 prairial an XI un passeport de la municipalité. Avec ce passeport “valable pour huit décades seulement pour sortir du territoire de la République et de dix pour y rentrer *, il se rend à Mayence en thermidor de la même année.

Malgré tout, Joseph est arrêté le 3 novembre 1803 à Boulogne sur les ordres du maréchal Soult. Alors qu’il était attaché à l’entourage de Bonaparte qui était en train d’inspecter les préparations d’invasions. Bénéficiant de puissants appuis, il est néanmoins relâché*.



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© Jérôme Croyet 2007
Docteur en histoire, archiviste adjoint aux A.D. de l’Ain
Collaborateur au Magazine Napoléon 1er et à la revue Soldats Napoléonien

Notes et Archives 1789-1794