Marguerite-Elie GUADET (1758-1794)
[31 ans en 1789]

Saint-Émilion 1758, Bordeaux, 1794

Avant la Révolution, il était avocat à Bordeaux. Il fut secrétaire d’Elie de Beaumont, l’ami de Voltaire, ce qui l’introduisit dans les milieux philosophiques. Très vite engagé dans l’élan révolutionnaire, il fit d’abord carrière en province : administrateur de son département en 1790, il devint l’année suivante président du tribunal criminel de Bordeaux. En octobre il fut élu député de la Gironde à la Législative. Son discours en faveur de la Constitution prononcé en janvier 92 entraîna l’enthousiasme : il se révélait comme un des plus brillants orateurs de l’Assemblée. Le 20 février, il défendit les sociétés populaires, et demanda la formation d’un camp de fédérés à Paris. Aux Jacobins, il s’en prit rapidement à Robespierre. Il l’attaqua notamment sur son théisme trop affiché à son goût – l’Incorruptible n’avait-il pas osé parler de la Providence censée protéger la Révolution ? Guadet s’écria : « J’ai entendu souvent, dans cette adresse, répéter le mot de providence, je crois même qu’il y est dit que la providence nous a sauvé malgré nous. J’avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n’aurais jamais pensé qu’un homme qui a travaillé avec tant de courage pendant trois ans pour tirer le peuple de l’esclavage du despotisme, pût concourir à le remettre ensuite dans l’esclavage de la superstition. » Le voltairianisme militant de Guadet cachait des désaccords plus profonds, qui concernaient toute la future Montagne. Mais sa bête noire fut bien sûr Marat : c’est lui qui fit voter les poursuites contre l’Ami du Peuple le 3 mai 1792.

Après la journée populaire du 20 juin, il tenta de se rallier in extremis à la Cour : avec Vergniaud et Gensonné, il écrivit au roi pour lui demander de rappeler les ministres girondins, sans succès. Il essaya alors de négocier secrètement, et il est probable qu’il eut une entrevue avec la famille royale. Il n’approuva pas le 10 août, et fit voter le 30 la dissolution de la Commune insurrectionnelle, en vain d’ailleurs.

La Gironde l’envoya à la Convention, où il consacra toutes ses forces à lutter contre la Montagne. Ses attaques contre Robespierre, Danton et Marat se multiplièrent. Lors du débat sur le procès du Roi, il fut partisan de l’appel au peuple, mais il eut la maladresse d’en dévoiler les raisons cachées : il tenta d’en induire la convocation des assemblées primaires pour révoquer les « membres qui auraient trahi leur patrie. » Ces membres étaient à ses yeux les dirigeants Montagnards, surtout Marat. Toutefois, il se laissa convaincre du danger d’une telle mesure et renonça à sa propre proposition.   Il vota ensuite pour l’appel au peuple, pour la mort mais pour le sursis. En avril 93, il fut l’un des premiers députés désignés comme « ennemis de la Révolution » par les sections parisiennes. Il dénonça vivement la dictature de Paris et s’acharna encore et toujours contre Marat : il parvint à obtenir sa mise en accusation par l’Assemblée le 13 avril. Curieusement, il vota lui-même contre cette mesure qu’il avait tant contribué à faire prendre... Le 18 mai, il proposa le transfert de l’Assemblée à Bourges, et que soit nommée une commission de 12 députés chargés de mesures de sécurité publiques. La Convention ne vota que la seconde proposition. On sait que ce sont les actes de cette commission qui entraînèrent les journées du 31 mai et du 2 juin. Arrêté avec les autres chefs Girondins, Guadet s’enfuit, déguisé en tapissier, et se réfugia à Caen. Il y participa à la création d’une armée fédérale, destinée à marcher sur Paris, mais cette entreprise échoua. Il passa alors en Bretagne et rentra en Gironde par la mer. Il s’y cacha chez sa belle-soeur, mais fut découvert en juillet. Mis hors-la-loi, il fut guillotiné sans jugement. Une partie de sa famille fut également exécutée.

Guadet était un orateur brillant, très séduisant mais superficiel, excellant aux attaques personnelles et à la polémique. Très peu impliqué dans les débats d’idées, indifférent voire hostile à la question sociale, il est peut-être le plus représentatif des Girondins, jusque dans son destin tragique. Sa faiblesse fut probablement de trop s’investir dans les querelles de personnes, et de se laisser mener, parfois jusqu’à l’aveuglement, par un caractère coléreux, comme l’avait relevé Choudieu : « Orateur brillant et logicien en même temps, il était toujours écouté avec intérêt ; mais il était d’un caractère irascible et se laissait souvent aller à des mouvements de colère, que ses amis appelaient de beaux mouvements de chaleur. Il ne pouvait souffrir la moindre contrariété. »



Notice écrite par Claudine Cavalier
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