Jean-Marie Claude Alexandre GOUJON (1766-1795)
[23 ans en 1789]

Né à Bourg-en-Bresse le 13 avril 1766, mort à Paris le 17 juin 1795

Né dans une famille d’officiers aisés (son père était directeur des droits réunis à Bourg-en-Bresse et sa mère fille d’un secrétaire de l’Intendance de Bourgogne), Goujon connut toutefois une enfance et une jeunesse mouvementée. Suite à un revers de fortune de son père, il dut entrer dans la marine et s’embarquer à douze ans, avant de se retrouver un temps employé aux bureaux de Brest, puis de partir à dix-sept ans pour l’Ile de France. De retour en France l’année suivante, il devint clerc chez un procureur de Paris.

Il prit part aux tous premiers événements de la Révolution, puis acquit un début de notoriété académique avec un discours présenté au concours de l’académie de Dijon : le sujet en était, dans l’air du temps, De l’influence de la morale des Gouvernements sur celle des peuples et son texte portait l’empreinte de la pensée de Rousseau, mais aussi de celle de Mably. Un peu plus tard, sa réponse à la lettre de Raynal où l’Encyclopédiste attaquait violemment les travaux de la Constituante le révéla au grand public, et sa réputation lui valut d’être élu procureur-syndic de Seine-et-Oise après le 10 août.

Il prit part à la lutte contre la vie chère à l’automne 1792, présentant à la Convention une adresse de son département en faveur de la taxation dans laquelle il exprime en termes remarquablement modernes les enjeux sociaux de la politique économique de l’Assemblée : « La liberté du commerce des grains est incompatible avec l’existence de notre République. Et en effet, de quoi est composée une République ? D’un petit nombre de capitalistes et d’un grand nombre de pauvres (...) Cette classe de capitalistes et de propriétaires, que la liberté illimitée rend maîtresse du prix des grains, est aussi maîtresse de la fixation de la journée de travail. » Il concluait non seulement en faveur du maximum des grains, mais de la création d’un organisme central de gestion des subsistance dont les membres seraient élus par le peuple.

La Convention, alors girondine, ne souscrivit pas à son voeu : il fallut attendre la dictature de Salut Public montagnarde pour que soit mise en place, un an plus tard, la structure qu’il avait souhaitée. Lorsque la Commission des subsistances et approvisionnements  fut votée par la Convention en octobre 1793, Goujon en fut naturellement un des trois commissaires et joua un rôle majeur, à ce poste, dans l’établissement des tableaux nationaux du maximum.

A partir de février 1794, il se tourna vers la diplomatie, puis remplaça Hérault de Séchelles à la Convention. Nommé en mission auprès de l’armée du Rhin, il quitta Paris quelques jours avant Thermidor.

A son retour, pendant l’été 1794, il tenta aussitôt de s’opposer à la vague de réaction qui commençait à s’emparer de la Convention, en défendant les membres des Comités attaqués par Lecointre. Il dénonça l’arrestation de Babeuf, la fermeture des clubs populaires, et fut le seul Conventionnel à trouver le courage de voter contre la rentrée des Girondins. Mais une telle fidélité à la ligne montagnarde, désormais hors de saison, n’était plus supportable pour une Assemblée fermement engagée sur la voie du retour à la ploutocratie. Le 1er prairial, l’occasion de se débarrasser de Goujon se trouva lorsque celui-ci réclama le vote d’ une commission pour faire exécuter les décrets qui venaient d’être rendus sous la pression des insurgés. Il fut arrêté, en même temps que les autres montagnards demeurés fidèle à l’esprit de l’an II, incarcéré à Morlaix et bientôt jugé par une commission militaire pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Condamné à mort, il se poignarda avec ses co-accusés à l’annonce du verdict. Il avait justifié d’avance son geste dans les termes suivants : « J’avais juré de la défendre (la Constitution de l’an I) et de périr pour elle ; je meurs content de n’avoir point trahi mon serment ». Mais il ajoutait, lucide sur l’avenir : « Je mourrais plus content si j’étais certain qu’après moi elle ne sera pas détruite et remplacée par une autre constitution, où l’égalité sera méconnue, les droits de l’homme violés, et par laquelle la masse du peuple se verra totalement asservie à une caste plus riche, seule maîtresse du gouvernement et de l’Etat. » 



Notice écrite par Claudine Cavalier
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