Abraham
FURTADO (1756-1817)
[33 ans en 1789]
Il naquit dans une famille de marranes portugais ; sa mère, enceinte, quitta le Portugal après la mort de son père, pour gagner Londres où il vint au monde. L’Angleterre tolérait la pratique du judaïsme, aussi Furtado fut-il élevé dans cette religion. Quelques années plus tard, sa mère se rendit en France, à Bayonne puis à Bordeaux et il l’accompagna. Il fit des études de lettres et de droit, sans pouvoir toutefois accéder au barreau, car un juif ne pouvait prêter serment. Réputé comme un des meilleurs juristes du temps, il fut appelé par Malesherbes, en 1788, pour faire partie de la commission destinée à élaborer un statut unique pour les juifs de France. Il y rencontra et y affronta Cerf-Berr : grand bourgeois bordelais, libéral et universaliste, partisan d’une intégration moderne des juifs à la nation, il ne put comprendre l’orthodoxe rigide et communautariste venu d’Alsace, et Malesherbes eut fort à faire pour les amener à coopérer. Le résultat ne fut jamais excellent, mais la Révolution interrompit les travaux.
Il prit part aux travaux de la délégation des « marchands portugais » de Bordeaux, et monta à Paris dès le début de la Révolution, dont il embrassa les principes avec enthousiasme. La citoyenneté acquise, il fut élu à la municipalité de Bordeaux. Jacobin actif mais proche des Girondins, il fut compromis dans le soutien à leur cause après le 31 mai, et dut s’enfuir et se cacher. Après thermidor, il reprit ses activités politiques. Il a laissé sur la période des Mémoires très intéressantes.
En 1806, il présida l’Assemblée des Notables juifs, et en 1807, il fut secrétaire du Sanhédrin. Il y reprit l’affrontement, commencé avant la Révolution, avec les juifs orthodoxes d’Alsace-Lorraine. A la place de Cerf-Berr, mort en 94, il eut pour adversaire le beau-frère de celui-ci, David Sintzheim, tout aussi rigide, qui lui demanda un jour si par hasard il n’avait pas appris la Bible dans Voltaire… Mais il comprit, un peu tard, que Napoléon n’était pas aussi favorable aux Juifs qu’il l’avait naïvement cru. Il essaya en personne de convaincre l’Empereur de renoncer aux « décrets infâmes » qui stigmatisaient de nouveau les juifs en France et les mettait sous le coup d’une législation d’exception, décrets qui l’avaient consterné. Il se rendit à Tilsit pour lui remettre en main propre un mémoire sur le sujet. Napoléon le chassa avec mépris. Pendant les cent jours, revenu de toutes ses illusions sur la politique impériale, il refusa de se rallier et préféra s’en remettre à Louis XVIII.
Celui-ci, à la différence de Napoléon, n’était nullement hostile aux Juifs, au contraire : dès son avènement il leur accorda une réception officielle à sa cour, et il fit bon accueil à Furtado : rendant hommage à ses qualités d’administrateur et de politique, il le nomma maire-adjoint de Bordeaux, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort.
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |