Philippe-François
Fabre, dit FABRE d'ÉGLANTINE
(1750-1794)
[39 ans en 1789]
Né à Carcassonne en 1750.
Fils de drapier, il étudia chez les Doctrinaires de Toulouse, mais s’enfuit en 1771 pour suivre une troupe de comédiens itinérants. Il présenta aux Jeux Floraux un poème, Sonnet à la Vierge, et remporta le second prix, un Lys d’argent. Ce qui ne l’empêcha pas de prendre comme surnom d’Eglantine d’après le premier prix, l’Eglantine d’or. Il commença une carrière d’acteur, mais en 1777 fut condamné à la pendaison, à Namur, pour avoir enlevé une jeune fille. Finalement amnistié, il mena une vie errante. Sa première pièce fut jouée à Maëstricht, en 1780. N’en est restée connue que la chanson Il pleut il pleut bergère, promise à un grand avenir.
A partir de 1787 il se produisit à Paris. Ses pièces n(eurent pas beaucoup de succès. En février 89, suite à l’échec d’une comédie présentée au Théâtre-Français, Le Présomptueux, il se retrouva au bord de la prison pour dettes. A la Révolution, il fit connaissance de Danton et devint son secrétaire. Il continua en même temps à produire pour le théâtre. Son principal succès eut lieu en 1790, avec Le Philinte de Molière. Il donna régulièrement des pièces jusqu’en 94.
A la suite du 10 août, il devint le principal collaborateur de Danton, alors ministre de la Justice. Il se lança dès lors dans la spéculation financière et les trafics divers, notamment sur les fournitures de l’armée.
Elu à la Convention, il vota la mort du Roi, et fut parmi les plus ardents Montagnards. Il réclama l’établissement d’un maximum des grains, et inventa les noms des mois du nouveau calendrier révolutionnaire. Il n’en cessa pas pour autant ses prévarications. Avec l’abbé d’Espagnac, il spécula sur les actions de la Compagnie des Indes. En octobre 93, il dénonça au Comité de Salut Public une conspiration menée par des agents étrangers, qui visait à discréditer la Révolution par des excès calculés, et où étaient impliqués plusieurs meneurs Cordeliers. En même temps, il demandait à la Convention la liquidation, par le gouvernement, de la Compagnie des Indes… Il suscita aussitôt les soupçons de Robespierre, qui se méfiait de lui depuis 92, bien qu’il l’eût toujours soutenu jusqu’alors. On découvrit bientôt des papiers qui permirent de l’inculper de faux en écriture et de concussion. Avait-il participé à la falsification, comme il en fut accusé par Amar, Vadier et Cambon, du décret de liquidation de la Compagnie? Les historiens ne se sont jamais vraiment accordés sur ce point : les surcharges du décret sont de Delaunay, mais la signature est de Fabre, et il paraît bien difficile de croire à son entière innocence en la matière. Il est de toute manière indéniable qu’il avait trafiqué en grand, et beaucoup intrigué, sans trop de scrupules. Ce n’était toutefois vraisemblablement pas un contre-révolutionnaire actif, bien qu’il ait été lié avec le Baron de Batz et proche de certains milieux royalistes. Robespierre en a laissé un portrait célèbre, sévère mais probablement assez bien vu (y compris le jugement sur son talent de portraitiste, aujourd’hui oublié mais non négligeable) : « Des principes et point de vertu ; des talents et point d’âme ; habile dans l’art de peindre les hommes, et beaucoup plus habile dans celui de les tromper. »
Arrêté le 12 janvier 94, il fut jugé avec les Dantonistes, et condamné à mort en même temps qu’eux, malgré une vive défense. Il fut guillotiné le 5 avril 1794.
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |