Charles-François du Périer, dit DUMOURIEZ (1739-1823)
[50 ans en 1789]

Il s’engagea à dix-huit ans et gravit rapidement les échelons : il fut nommé capitaine trois ans plus tard. Mais il quitta bientôt le service, après avoir fait un petit tour en Corse, où il avait d’abord servi Paoli, avant de le trahir (déjà !) et de se vendre aux Génois. De retour en France, il se lança dans la diplomatie : il fut espion et agent français, à la solde du parti de Madame Du Barry et de Choiseul, successivement en Espagne, au Portugal, en Pologne et en Suède. Entre deux missions secrètes, il alla participer à l’occupation de la Corse. Mais il fut accusé d’avoir détourné les fonds de sa mission polonaise, et se retrouva à la Bastille. Joueur, viveur impénitent, criblé de dettes, il avait des besoins d’argent énormes, qui le poursuivirent toute sa vie. Libéré à l’avènement de Louis XVI, il devint colonel grâce à un habile mariage, et s’occupa des travaux du port de Cherbourg.
La Révolution lui ouvrit un nouveau champ d’action. Proche de La Fayette, de Mirabeau et des futurs Girondins (surtout de Pétion et des Roland), il devint ministre des affaires étrangères en 1792. Acheté à la fois par la cour, le duc d’Orléans, l’Autriche et l’Angleterre (chaque parti le pensionnait largement à l’insu des autres), il réussit à tromper tout le monde : il détourna notamment une somme de 6 millions de livres, votée pour son ministère par la législative, et que la Cour se proposait d’employer pour sa propre propagande. On sait aujourd’hui qu’il l’utilisa essentiellement pour financer le parti girondin : il versait 30 000 livres par mois à Pétion pour une campagne anti-montagnarde... C’était un champion toutes catégories de la nage en eaux troubles, sans doute un des plus grands escrocs de la Révolution. Il fit campagne pour la guerre, et obtint finalement sa déclaration en avril. Il remporta, ou plutôt acheta, la victoire de Valmy avec Kellermann.
Attaqué par Marat, qui savait à qui s’en tenir sur lui, il n’en remporta pas moins de nouvelles victoires, notamment Jemmapes en novembre, ce qui lui permit d’occuper la Belgique. Mais il s’y comporta de façon si éhontée qu’il commença à susciter d’autres soupçons que ceux de l’Ami du peuple. De retour à Paris, il fut mal reçu, et repartit bientôt : la méfiance de Robespierre, les dénonciations de Marat et les bizarreries de sa gestion (il levait notamment des contributions forcées pour son propre compte, par l’intermédiaire de Westermann) commençaient à porter leurs fruits. Il continua ses conquêtes, s’empara de la Hollande et engagea des pourparlers personnels avec l’Autriche. Comme il refusait de venir rendre compte à la Convention, qui avait finalement compris son jeu, on lui envoya Danton, qu’il circonvint probablement. Il finit par conclure un accord avec l’Autriche, où il s’engageait à évacuer la Belgique et à marcher sur Paris pour proclamer Louis XVII. Il livra à l’ennemi les quatre députés (Camus, Bancal, Quinette et Lamarque) et le ministre de la Guerre Beurnonville, qui vinrent pour tenter de l’arrêter. Mais il ne put poursuivre son plan, car les troupes refusèrent de le suivre sur Paris.
Il s’enfuit et erra en Europe quelques années, sans trouver à s’employer : il avait tellement menti à tout le monde que plus aucun régime ne lui faisait confiance. Les Anglais le prirent finalement à leur service et il fut un des conseillers techniques de Wellington. Mais les Bourbons refusèrent de le recevoir en France à la Restauration, et il acheva en Angleterre son étonnante carrière d’aventurier sans scrupule.
|
|
Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |