Gaspard-Séverin DUCHASTEL (1766-1793)
[33 ans en 1789]
Né le 20 février 1766 à Cersay
(Deux-Sèvres).
Riche propriétaire, il était le fils d’un écuyer, Président trésorier de France au bureau des finances de Poitiers. Après des études dans cette ville, il s’engagea en 1786 dans les gardes du Roi. Cependant, dès 1788, à la mort de son père, il démissionna et vint habiter à Rochefou pour s’occuper d’agriculture.
Le 15 novembre 1790, il est élu pour siéger au directoire du département des Deux-Sèvres. Les premiers troubles ayant éclaté dans le nord du département, annonçant ce qui l’année suivante sera le début des guerres de Vendée, il part en mission en août 1792, comme commissaire pour organiser la lutte contre les insurgés. Le 24 août, il sera à la tête des patriotes qui devant Bressuire, remporteront la victoire.
Le 3 septembre 1792, il est élu député des Deux-Sèvres à la Convention, le quatrième sur sept. Il semble que rapidement, au sein de l’assemblée, il suivra les Girondins. Dans les discussions préalables au procès du roi, il avait laissé entendre, qu’à son sens la Convention n’avait le droit que d’exiger l’abdication du monarque et son bannissement. Alors que l’appel nominal sur la peine à appliquer au roi est terminé, Duchastel gravement malade, se fait porter à la tribune pour prendre part au vote en se prononçant pour l’indulgence. Il est intéressant de raconter plus précisément cette histoire en citant Mortimer-Ternaux :
...A ce moment, la discussion est interrompue par une vive agitation qui se manifeste à l’une des portes de la salle. C’est Duchastel (des Deux-Sèvres) qui arrive sur une civière, et qui, quoique tremblant de fièvre, s’est fait apporter pour déposer son vote. Il monte péniblement à la tribune et demande à user de son droit. - Le scrutin est fermé - ! crie la Montagne avec fureur. On fait observer que la délibération n’a pas été déclarée close ; que, bien plus, il existe un décret formel et spécial qui autorise les absents à se présenter au rappel.
L’Assemblée, malgré l’opposition de Duhem et de quelques autres énergumènes, permet au député des Deux-Sèvres de voter. Il déclare se prononcer pour le bannissement. Mais de nouvelles réclamations s’élèvent contre la tolérance dont il a été l’objet. Un Montagnard assez obscur, Seconds, dénonce le courageux malade : - Je viens d’entendre Duchastel dire à un collègue assis près de moi : je ne suis venu que pour cela. Je demande que ce vote ne soit pas compté. - Et moi s’écrie un autre montagnard, Charlier, je demande que Duchastel soit interpellé sur la question de savoir qui l’a envoyé chercher.
Cette proposition inquisitoriale soulève de violents murmures même sur les bancs de la gauche. Un député du département de la Gironde, qui votait d’ordinaire avec la Montagne et venait d’opiner pour mort, Garrau s’écrie :
Pour l’honneur de la Convention nationale, au nom de la justice et de l’humanité, au nom de votre propre gloire, je demande que le suffrage du citoyen Duchastel soit compté. S’il eût voté pour la mort, j’eusse moi-même réclamé la radiation de son suffrage ; il a voté pour l’indulgence, je demande que sa voix soit portée au recensement.
Ces belles paroles mettent fin au débat ; un décret formel déclare que le vote de Duchastel sera compté.
Le 13 avril 1793, il vota la mise en accusation de Marat. Par la suite, un décret du 29 mai le désigne aux fonctions de commissaire à l’armée du Nord. Mais attaqué par Collot d’Herbois qui l’accuse d’avoir voulu sauver le tyran, il répond : " Tel a été mon voeu, je refuse la mission ". Il ne fut pourtant pas proscrit comme les autres Girondins après le 2 juin 1793, mais malgré cela, il quittera Paris pour rejoindre les fugitifs à Caen. Il passera ensuite à Nantes puis à Quimper d’où il parviendra à atteindre Bordeaux. Son attitude lui vaudra de se faire décréter d’accusation dès le 15 juin, il lui sera reproché des intelligences avec les insurgés de la Vendée.
Dans ses Mémoires, Louvet le décrit comme un jeune insouciant pourtant très courageux :
C’était un jeune homme intrépide que Duchastel ; mais sa légèreté son imprudence allaient jusqu'à la témérité. En ce moment, par exemple, il logeait à l’auberge et sous son nom ; il se promenait par toute le ville, ne cachait à personne qu’il était député et proscrit.... Au reste que de qualités rachetaient ce défaut ! De quel véritable courage il avait fait preuve en des temps difficiles !
Arrêté à Bordeaux, il sera conduit à Paris garrotté par ses gardiens qui craignaient qu’il ne s’évade. Incarcéré à la Conciergerie, le 3 octobre 1793, il fut avec les vingt autres chef Girondins traduit devant le Tribunal Révolutionnaire. Le principal reproche qui lui sera fait résultera de son vote au procès du roi. Herman, le président du tribunal lui demandera s’il était bien venu en bonnet de nuit voter contre la mort du monarque, il répondra courageusement : " Comme je n’ai à rougir d’aucune de mes actions, je déclare que c’est moi. "
Condamné à mort avec ses camarades, il sera guillotiné le 10 brumaire de l’an II (31 octobre 1793).
|
|
Notice écrite par J.M.
Ruthon A. Kuscinski : Dictionnaire des Conventionnels. Mortimer-Ternaux : Histoire de la Terreur. E. Monnet : Archives politiques des Deux-Sèvres. J. B. Louvet : Mémoires. |
|
© Philippe Royet 1996-2007 |