Georges Jacques DANTON (1759-1794)
[30 ans en 1789]
L’intérêt n’est peut être pas d’entrer dans le détail de ce que fut la carrière politique du tribun mais de rechercher quel fut son rôle véritable et son influence effective sur les événements. Orateur de la canaille, homme du 10 août, sauveur de la République, septembriseur.... que sais-je encore, vénal, voleur, faux patriote, authentique royaliste.... Peut être Danton fut il tout cela.
Très tôt orphelin d’un
procureur, son enfance sera celle d’un gamin dissipé, il sera blessé par un
taureau qu’il avait provoqué. Il fréquentera les Oratoriens de Troyes, avant
un court séjours à Reins pour y obtenir une licence de droit. Notons que cette
faculté était connu pour délivrer facilement ses diplômes contre espèces
sonnantes et trébuchantes. Notons encore qu’il ne sera pas le seul dans ce
cas, Couthon ou Saint-Just par exemple suivront son exemple. Avocat à Paris, il
deviendra Monsieur d’Anton.
Je n’ai jamais été
convaincu par les régularité des moyens qu’il utilisa pour acquérir une
charge d’avocat aux Conseils du Roi, le montage financier peut étonner. Quoi
qu’il en soit c’est en toute régularité et très efficacement qu’il
occupera cette charge importante de 1787 jusqu'à la suppression des offices de
judicature. Maître d’Anton était un bon avocat.
Très vite il va entrer en Révolution
devenant le président quasi inamovible du populaire district des Cordeliers.
C’est dans ce cadre qu’il défendra Marat qui de son coté commence sa carrière
de persécuté. Autour de lui apparaissent des hommes qui ont de l’avenir,
Desmoulins, Paré, Fabre d’Eglantine, Fréron, Legendre, mais aussi Laclos,
l’homme du duc d’Orléans. Trop populaire, il fait peur aux autorités
parisiennes encore très conservatrices, qui refuseront de le confirmer comme
membre du Conseil Général de la Commune constitutionnelle. Pourtant de janvier
à septembre 1791, il siégera en qualité d’administrateur du département de
Paris.
Après Varennes, et peut être
pour la première fois, la politique de double jeu de Danton se dessine. Il
appuie en effet une motion plutôt orléaniste tout en semblant s’engager dans
le mouvement révolutionnaire qui réclame la déchéance du roi. Ainsi, au
lendemain du massacre du champs de Mars, le 17 juillet il n’hésite pas à
abandonner ses amis et à quitter Paris pour l’Angleterre, soit disant pour
affaire. Décrété de prise de corps il bénéficiera de l’amnistie voté par
l’Assemblée Constituante, mais rentré à Paris il ne parviendra pas à se
faire élire député par le cops électoral de Paris, il faut le reconnaître,
de tendance très modéré.
Il obtiendra tout de même un
lot de consolation en se faisant élire second substitut du procureur de la
Commune. Son rôle sera relativement effacé, mais encore une fois, ses
positions seront fluctuantes. D’abord tout comme Robespierre opposé à la
guerre, il suivra le courant belliciste dès que celui ci lui apparaîtra
majoritaire et cessera alors d’attaquer la Gironde. Un moment même il sera
question de la faire entrer au ministère. Desmoulins reconnaîtra alors qu’il
est du parti opposé au sien. Par la suite, n’étant pas ministre, il
redeviendra hostile à la Gironde.
Lorsqu’il comparaîtra devant
le Tribunal Révolutionnaire, il se targuera d’avoir « fait » le
10 août. La vérité est peut être légèrement différente de cette
affirmation. Mathiez a pu constater que la préparation des événement en ce
qu’elle apparaît être l’œuvre de Danton ne ressort que de son propre témoignage
et de celui de Villain d’Aubigny qui lui même, longtemps après, cite les
paroles d’un tiers. Ajoutons que le 6 août, Danton était à Arcis et qu’il
ne rentra à Paris que le 9. S’il a vraiment « fait » le 10 août
force est de constater que l’on ne sait rien de son rôle effectif. Ce qui est
sûr, c’est que comme Robespierre, il imposera plus ou moins sa présence à
la Commune insurrectionnelle.
Mais il est toujours le tribun
populaire, le représentant des Cordeliers et c’est à ce titre que
l’Assemblée Législative moribonde le désigne au ministère de la Justice et
dans les faits aux fonctions de Premier ministre. Son autorité naturelle lui
fera éclipser les autres ministres, Roland en particulier, et contribuera
fortement à lui aliéner encore un peu plus la bouillante épouse de celui-ci.
S’il ne sera pas l’instigateur des massacres de septembre, c’est en toute
connaissance de cause qu’il les laissera se commettre, pouvait il faire
autrement ? en avait il envie ?
A cette époque l’ennemi
s’apprête à envahir la France, Danton alors sera l’un de ceux qui sauvera
le pays, il sera l’âme et le symbole de la lutte contre les coalisés.
Dumouriez et Kellermann, seront vainqueurs à Valmy, la France sera sauvée.
Danton s’est dépensé sans compter, il a aussi largement utilisé les fonds
secrets. Il ne pourra pas justifier la plus grande partie de ses dépenses. Les
Girondins, continuellement lui en feront le reproche, le rapprochant ainsi, peut
être contre son gré de Robespierre. Mais en cette époque tragique, l’ennemi
aux portes de Paris, les traîtres prêts à détruire le pays de l’intérieur,
devait-il demander quittance de la moindre dépense ? C’est à cette époque
que Danton fut grand, et même si cette période est la seule positive de sa
carrière, par ce qu’il a fait en août et septembre 1792, il mérite
l’Immortalité.
Je citerais le discours qu’il
prononça devant l’Assemblée Législative le dimanche 2 septembre 1792 :
Il
est bien satisfaisant, Messieurs, pour les ministres du peuple libre, d’avoir
à lui annoncer que la patrie est sauvée. Tout s’émeut, tout s’ébranle,
tout brûle de combattre. Vous savez, Verdun n’est point encore au pouvoir de
nos ennemis.
Vous
savez que la garnison a jurée d’immoler le premier qui proposerait de se
rendre. Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre vas creuser
des retranchements et la troisième, avec des piques défendra l’intérieur de
nos villes. Paris va seconder ses grands efforts. Les commissaires de la commune
vont proclamer, d’une manière solennelle, l’invitation aux citoyens de
s’armer et de marcher pour la défense de la patrie. C’est en ce moment
Messieurs, que vous pouvez déclarer que la capitale a bien mérité de la
France entière. C’est en ce moment que l’Assemblée nationale va devenir un
véritable comité de guerre. Nous demandons que vous concouriez avec nous à
diriger le mouvement sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous
seconderons dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de
servir de sa personne, ou de remettre ses armes, soit puni de mort.
Nous
demandons qu’il soit fait une instruction au citoyens pour diriger leur
mouvement. Nous demandons qu’il soit envoyé des courriers dans tout les départements
pour les avertir des décrets que vous aurez rendus. - Le tocsin qu’on va
sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur l’ennemi de
la patrie. - Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l’audace, encore de
l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée.
Ces paroles avaient touché
juste, alors que l’on ne donnait pas chère des armées françaises, chaque
soldat saura se sublimer de telle manière que surpris par un adversaire jusque
là tourné en dérision, les Prussiens abandonnerons leurs positions presque
sans combattre. La France était sauvée. Tout au moins momentanément. Mais
pourquoi les Prussiens sont ils
laissés libre de retraiter, pourquoi leur armée n’est elle pas détruite ?
Négociations secrète et double jeux de Danton diront certains.
Danton est alors au fait de sa
popularité, et le jeudi 6 septembre, il est élu second député de Paris par
638 voix sur 700 électeurs. Il sera ainsi le mieux élu de la Capitale, mieux
que Robespierre élu le premier par 338
voix sur 525. Le 9 octobre il quittera ses fonctions ministérielles tout en
conservant une grande influence sur les affaires diplomatiques. On sait
maintenant que Danton jouait le double jeu, que ses prises de positions
officielles étaient sans rapport avec la diplomatie secrète qu’il menait. A
cette époque, ils avait à faire face aux virulentes attaques de la Gironde qui
lui reprochait faussement d’avoir encouragé les massacres de septembre, alors
que des membres de ce parti, et pas des moindres, les avaient approuvé à l’époque
sans beaucoup se poser de question. De plus, il est mis en difficulté
concernant la remise de ses comptes de ministre ; à vrai dire il se tirera
mal de cette épreuve, mais pouvait-il faire mieux, pouvait-il justifier des dépense
faites dans l’urgence d’une situation exceptionnelle ? Peut être
aussi, certaine sommes n’ont elles pas toutes été utilisées honnêtement. Là
on touche à la réputation sulfureuse du tribun, celle de l’homme vénal.
Il n’empêche que Manon
Rolland qui n’aimait pas Danton, en inspirant ses amis, commettra une grave
faute politique qui la conduira, elle et son parti à la guillotine. Ulcéré,
Danton n’oubliera les attaques persistantes dont il fait l’objet et s’en
souviendra lors des journées des 31 mai 2 juin 1793.
En mission en Belgique de fin
novembre à février 1793, il poursuivra ses opérations occultes, négociant
pour obtenir la neutralité de l’Angleterre et poursuivant une politique
annexionniste, rendant impossible cette neutralité. Le résultat de son action
sera catastrophique, la Belgique sera perdue, Dumouriez qu’il soutenait,
trahira, enfin l’ennemi passera à nouveau les frontières.
Entre temps, lors du procès du
roi, après avoir semble-t-il promis de jouer l’indulgence et peut être après
avoir touché de l’argent, il votera pour la mort et contre le sursis.
Malgré son échec en Belgique,
il a encore la confiance des Montagnards et de Robespierre en particulier,
ainsi, le 25 mars 1793, il entre au Comité de Défense Générale. A la création
du Comité de Salut Public, il est appelé à y siéger le 6 avril et prend en
charge la diplomatie. Il poursuivra alors sa politique de négociation secrète
alors qu’il n’est pas mandaté pour le faire. En réalité, il est le vrai
chef du Comité et il faut bien le dire sa politique est globalement un échec,
insurrection en Vendée, ennemis aux frontières, insurrection fédéraliste
dans de nombreux département. Marat pourra parler de « Comité de la
perte publique ». Petit à petit, il perd la confiance des patriotes, on
lui reproche ouvertement son double jeu et les comptes ministériels toujours
pas rendus. Le 10 juillet il est éliminé du Comité de Salut public. Les
nouveaux dirigeants de la France rompront alors avec la politique
d’atermoiement et de diplomatie secrète, ne comptant plus que sur la
victoire. Pourtant, peut être à titre de consolation, le 25 juillet 1793, il
sera élu Président de la Convention.
Le 6 septembre, au lendemain
des journées des 4 et 5 quand la Commune de Paris appelle, à l’initiative de
Chaumette, à des mesures populaires, il sera appelé au Comité en même temps
que Collot et Billaud, mais il refusera cette nomination. Il est intéressant de
noter qu’en appelant Danton en même temps que des personnalités de gauche,
la Convention entendait, si je puis dire jouer une position centriste. Il
s’agissait très probablement d’une initiative de Robespierre et il est
dommage que le tribun ait refusé.
Mais à cet époque, l’homme
de l’audace n’est plus le même ; veuf depuis quatre mois, il vient
d’épouser le 10 juillet, Louise Gély, jeune fille de 16 ans. Danton est
amoureux, j’aurais de plus tendance à penser comme Louis Madelin l’un de
ses biographes, qu’il est las du pouvoir parce qu’il est en pleine dépression.
Il n’assume pas les conséquences de l’évolution de la situation, et en
particulier l’exécution des Girondins le 31 octobre. Aussi, comme on dirait
aujourd’hui, ayant obtenu un congé de la Convention, il part se ressourcer à
Arcis à partir du 12 octobre. Mais l’affaire Chabot éclate, Basire le met
plus ou moins en cause. Aussi, alors que rien ne permet de penser que
Robespierre ait à cet époque pensé le frapper, Danton rappelé par ses amis
qui ont dû noircir le tableau pour se défendre eux même, va rentrer à Paris
fin Novembre.
Pour se défendre, ses amis
compromis, doivent attaquer les Hébertistes et avec eux les excès de la
Terreur, mais pour ce faire il doivent aussi attaquer la position du Comité,
ils exploitent contre lui le mécontentement né de la situation imposé par la
politique de guerre, maximum, levé en masse. Sur ce est ouverte par Desmoulins
la campagne des Indulgents dans son journal Le Vieux Cordelier. Danton ne
se posera pas comme étant le chef de ce parti, mais ne le combattant pas, il en
devient la caution morale. Or la politique modérantiste qu’il n’attaque
pas, n’as pas encore sa raison d’être, à l’époque où elle fut
entreprise, elle risquait de réduire la mobilisation encore indispensable. G.
Lefebvre l’a fort bien vu, la guerre était alors loin d’être gagné.
Aussi, une fois les Hébertistes
éliminés, le Comité devait liquider les modérés, même si ce faisant, il se
séparait d’une partie de sa base populaire. Danton et ses amis tomberont donc
le 10 germinal de l’an II (29 mars 1794). Arrêtés, il seront traduit devant
le Tribunal Révolutionnaire le 13 germinal. Je ne reviendrai pas sur le procès
bien connu, l’amalgame fait entre les accusés - politiques et escrocs jugés
ensembles - les témoins récusés,
les accusés exclus de l’audience. Je renvoie sur ce point au dossier proposé
par Philippe Royet sur ce même site.
Le 16 germinal de l’an II
Danton portera sa tête sur l’échafaud.
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Notice écrite par J.M.
Ruthon A. Mathiez : Autour de Danton. A. Soboul : Dictionnaire historique de la Révolution française. Georges Lefebvre: Annales Historique de la RF 1932, n° 53 et 54. Frédéric Bluche : Danton (1984). Hermann Wendel : Danton (1932). Louis Madelin : Danton (1914). |
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© Philippe Royet 1996-2007 |