CHARLOTTE
CORDAY d'Armont (1768-1793)
[21 ans en 1789]

Saint-Saturnin-des-Migneries 1768-Paris 1793
Née dans une famille de nobles ruinés, c’était l’arrière-petite-nièce de Corneille. Strictement élevée, autodidacte mais imprégnée de Plutarque et des philosophes, notamment Rousseau, elle semble n’avoir jamais vraiment approuvé la Révolution, contrairement à ce qu’affirme sa légende. En tout cas, le procès du roi et la chute de la Gironde la convainquirent de la malfaisance absolue du régime montagnard. En juin 93, elle fréquenta les Girondins réfugiés à Caen, et applaudit à l’insurrection de la ville. Elle vit avec enthousiasme partir le bataillon destinés à renverser la Convention. Déçue par sa faiblesse, et peut-être endoctrinée par les Conventionnels déchus qu’elle admirait fort, elle résolut d’agir personnellement.
Décidée à assassiner de façon spectaculaire un meneur montagnard célèbre, elle fixa rapidement son choix sur Marat. Elle se procura de Barbaroux une lettre de sollicitation, en faveur de la famille d’une amie, auprès du Conventionnel Duperret. Le 9 juillet, elle partit pour Paris. Le 12, elle écrivit une Adresse aux Français pour justifier son futur geste. Le 13 juillet, elle se présenta chez Marat, et après avoir été deux fois éconduite, lui adressa un billet faisant, curieusement, appel à sa générosité : « Je vous ai écrit ce matin, Marat. Avez-vous reçu ma lettre ? Je ne puis le croire, puisqu’on m’a refusé votre porte. J’espère que demain vous m’accorderez une entrevue. Je vous le répète, j’arrive de Caen. J’ai à vous révéler les secrets les plus importants pour le salut de la République. D’ailleurs je suis persécutée pour la cause de la liberté ; je suis malheureuse ; il suffit que je le sois pour avoir droit à votre protection. » Elle fut finalement reçue par Marat qui, assis dans sa baignoire où il soignait une grave maladie de peau, était en train d’écrire. Après quelques mots d’entretien, elle le poignarda sans difficulté. Arrêtée aussitôt, elle conserva le plus grand calme et déclara : « J’ai rempli ma mission, d’autres feront le reste. » Emprisonnée à l’Abbaye, au milieu de violents mouvements populaires, puis à la Conciergerie, elle fut jugée le 17 juillet. Refusant de plaider la folie, comme le lui suggérait le président Montané pour la sauver, elle fut condamnée à mort et guillotinée.
Le geste de Charlotte Corday eut une lourde influence. Sans vouloir lui accorder une importance démesurée, il faut lui donner sa place parmi les événements importants de l’été 93 et de la montée vers la Terreur. La mort de Marat accentua le climat de peur qui régnait à Paris, et contribua à aggraver la guerre civile. Il est probable que le procès et la mort des Girondins en octobre en est une conséquence indirecte, car le rapport sur eux de Saint-Just, du 8 juillet, était resté modéré. Il n’en fut plus de même après le 13 juillet. La succession de l’Ami du peuple fut, par ailleurs, âprement disputée par d’autres meneurs populaires, notamment Jacques Roux et Hébert.
Le personnage de Charlotte Corday, bien qu’il ait suscité beaucoup de textes, est resté mystérieux. Elle n’est pas aussi transparente ni aussi admirable que le laisse penser une légende hagiographique, développée au XIXème siècle aussi bien du côté républicain (elle fascina Lamartine et Michelet) que du côté royaliste. Sans doute très peu cultivée politiquement, elle ne paraît guère avoir eu une ligne de pensée cohérente, hormis en ce qui concerne une sincère horreur de la violence révolutionnaire. Marat en était un symbole…
Globalement, ses idées restèrent, semble-t-il, toujours celles de l’Ancien Régime, notamment en ce qui concerne la question des privilèges aristocratiques. Mais ses liens exacts avec les milieux royalistes, aussi bien qu’avec les Girondins, n’ont jamais pu être établis avec précision. Elle était incontestablement liée aux émigrés (ses deux frères en faisaient partie), et elle servit d’agent de liaison à la Gironde fédéraliste, en communiquant à Duperret des textes de propagande. S’il est aujourd’hui généralement admis par les historiens qu’elle avait agi seule en ce qui concerne le meurtre de Marat, on ne peut exclure entièrement que l’assassinat ait été commandité par les Girondins, plus à titre de vengeance personnelle envers leur implacable ennemi, qu’avec une visée politique précise.
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
© Philippe Royet 1996-2007 |