Marie-Jean Antoine Nicolas Caritat, marquis de CONDORCET (1743-1794)
[46 ans en 1789]

Né le 17 septembre 1743 à Ribemont dans l’Aisne et mort le 9 germinal an II à Bourg la Reine.
Fils d’un capitaine du régiment de Barbançon, il refuse de suivre le chemin tracé par sa famille et préfère se consacrer à l’étude plutôt que d’embrasser une carrière militaire. En effet, le jeune Condorcet est remarqué pour ses talents précoces dans les sciences mathématiques. A 26 ans, il est le plus jeune membre de l’académie des sciences en 1769 dont il devient le secrétaire perpétuel en 1777. Il écrit un « essai sur le calcul intégral » et divers ouvrages scientifiques, qui lui ouvrent l’entrée de l’académie française en 1782.
Il est un des représentants du « siècle des lumières », philosophe, il côtoie Voltaire et se lie d’amitié avec d’Alembert et Turgot dont il soutient avec ardeur les réformes. Le renvoi de ce dernier marque sa première désillusion vis à vis d’une monarchie dont il critique les abus les plus criants : il proteste dès 1780 contre les corvées à Ribemont, il fait partie de la « société des amis des noirs » fondée par Brissot, enfin il se soucie de l’instruction de peuple dont la carence lui semble la cause de toutes les servitudes.
C’est ainsi qu’il accueille la Révolution avec enthousiasme, il est membre du club des jacobins dès 1789 et il est rédacteur du journal de la société ce qui est pour lui un bon moyen de défendre ses idées (débat sur la droit d’éligibilité, admission des femmes dans le corps politiques). Ses idées sont courageuses mais elles le positionnent en marge du paysage politique de l’époque. Partisan d’une monarchie constitutionnelle dans un premier temps, la fuite de roi en juin 1791 le range du côté des républicains. Le 8 juillet, son revirement consacré dans son discours « De la République ou un roi est-il nécessaire à la conservation de la liberté ? » lu au cercle social étonne à la fois ses anciens amis constitutionnels qui le traitent de « renégat » ainsi que les républicains qui ne le prennent pas vraiment au sérieux et le considèrent comme un fourbe et un intrigant.
Élu député à l’Assemblée législative et à la Convention nationale, il se montre un piètre orateur et souvent il ne peut finir ses discours qui sont quelquefois lus par d’autres. C’est donc toujours par écrit qu’il défend ses principes, dans des journaux « la chronique de Paris », ou dans des rapports comme le « projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique » où il développe des idées originales sur l’égalité devant l’instruction. Il se montre aussi partisan de la guerre. Sous la Convention, il refuse de voter la peine de mort et propose la « peine la plus dure qui ne soit pas la mort », membre du comité de constitution, son projet considéré comme « girondin » est attaqué par les montagnards. Il est pourtant difficile de ranger Condorcet du côté des girondins sous la Convention car tout en étant proche de certaines personnalités de la gironde (Brissot qu’il a connu dans la société des amis des noirs et pendant le débat sur la guerre), il ne montre cependant aucun esprit de parti, prônant la conciliation avec les montagnards. Cela ne l’empêche pas d’être intégré dans la proscription des girondins. Décrété d’arrestation le 3 octobre 1793, il entre dans la clandestinité. Il trouve refuge chez une amie où il rédige une « esquisse ou tableau historique des progrès de l’esprit humain » qui est une sorte de testament du dernier représentant de la philosophie des lumières.
Arrêté le 9 germinal an II, il s’empoisonne probablement dans sa prison le lendemain.
Pur produit de l’esprit des lumières, Condorcet avait selon Paganel « le caractère le plus ingénu, la raison la plus performante et un désintéressement naturel » mais il n’était visiblement pas fait pour le tourbillon révolutionnaire qui l’a emporté.
Parfait symbole de tolérance, ses restes furent transportées au Panthéon lors du Bicentenaire.|
|
Notice écrite par Sophie Vidal |
|
© Philippe Royet 1996-2007 |