Stanislas Marie Adélaïde, comte de CLERMONT-TONNERRE (1757-1792)
[32 ans en 1789]

Né à Mandres (Meurthe) 1757, mort à Paris 1792

Fils d’un maréchal de camp, premier chambellan du roi de Pologne, il fit ses études au collège de Pont-de-Mousson, puis au collège du Plessis à Paris. En 1773 il commença sa carrière militaire comme sous lieutenant sans solde dans le premier régiment du Colonel-général-dragons. Il passa ensuite dans la légion des Flandres, puis (comme capitaine) aux dragons de la Reine. A la veille de la Révolution, il était parvenu au grade de colonel dans le régiment de Royal-Navarre. En 1778, il se rendit à Vienne auprès de son oncle Breteuil qui représentait la France à la cour de Marie-Thérèse. En 1781, à la mort de son grand-père, il hérité d’une pension de 3000 livres et de la charge de « chevalier d’honneur de Monsieur ». Il fut initié à la Franc-Maçonnerie, dans la loge parisienne « la Candeur ». En Auvergne, il appartint à la loge Saint-Maurice de Clermont, où il rencontra le futur montagnard Georges Couthon, avec qui il se lia d’amitié. En 1787, il fut membre du bureau intermédiaire de l’Assemblée Provinciale d’Ile-de-France. Il appartint à la société des Trente et en 1789, rédigea le cahier de la noblesse de Meaux. Il fut élu député de la Noblesse par Paris, le premier sur 10 députés.

Le 25 juin, il fit partie de 47 députés de la Noblesse qui rejoignirent le Tiers. Lors de la nuit du 4 août, il prononça un discours éloquent en faveur de l’abolition des privilèges. Par la suite il s’occupa surtout de la Constitution. Le 27 juillet 89, il présenta à l’Assemblée le rapport d’ensemble sur les cahiers de doléance. Il signalait comme principales demandes en matière de constitution : la régénération de l’Etat, la rédaction d’un texte précédé d’une déclaration des Droits de l’Homme, la nécessité d’un corps législatif puissant, qui consentirait l’impôt mais aussi organiserait les corps administratifs et assurerait la protection des citoyens.

Pour sa part, il était favorable au bi-camérisme, à l’anglaise, avec un sénat relativement ouvert. Il préconisait des élections bi-annuelles. Il déclara le 21 septembre 89 : « La France ne doit pas être une démocratie, ni un état fédératif ».

Il défendit les Juifs en décembre 89, et plaida en faveur de leur intégration totale à la nation française, préconisant de leur accorder « tout comme individus, leur refuser tout comme nation ».

Lors des troubles du parlement de Bretagne, il chercha à calmer l’opinion en défendant la « Révolution inattaquable, qui ne peut plus avoir de véritables ennemis ». Néanmoins il défendit les parlementaires bretons, en rappelant que « les représentants du pouvoir constituant ne réunissent pas tous les pouvoirs ».

Lors du débat sur la procédure judiciaire, au début de 1790, il tenta de faire maintenir la torture avant l’exécution du condamné. Il affronta sur ce point Guillotin, dont l’opinion prévalut. Il était par ailleurs favorable au plan de Sieyès : les juges serait nommés par le Roi afin d’assurer la suprématie de l’exécutif, mais le jury serait adopté pour les affaires civiles et criminelles. Peu de temps après, il s’opposa à Robespierre à propos des troubles populaires, contre lesquels il souhaitait une forte répression à la différence du député artésien : leur débat est demeuré célèbre.

Sur la question du droit de paix et de guerre (mai 90), il proposa que la France fasse une déclaration solennelle de non-belligérance, et que le droit de défense, en cas d’attaque étrangère, appartienne exclusivement au pouvoir exécutif. Il essaya ensuite de faire voter 4 millions au Roi pour la liste civile : ces deux options successives le rendirent impopulaire.

Monarchien, proche de Malouet, Mounier et Lally-Tollendal, il fonda avec eux, en août 1790, le club des Amis de la Constitution Monarchique, qui militait en faveur d’un renforcement du pouvoir royal. En 91, il se déclara contre le principe du suffrage universel, et favorable à celui de la monarchie héréditaire. Il vota contre la vente des biens du Clergé, contre les droits des hommes de couleur aux colonies, contre les assignats, contre le rattachement d’Avignon à la France. Après avoir été l’un des principaux moteurs de la Révolution, il en était devenu un ennemi, effrayé sans doute par son évolution trop démocratique à son goût.

Après la séparation de la Constituante, il se consacra à des travaux théoriques et publia une Analyse raisonnée de la Constitution Française. Il s’investit également dans la protection du roi, et fit partie des Monarchiens qui tentèrent d’empêcher le soulèvement populaire du 10 août : il y laissa la vie. Son hôtel fut envahi durant l’émeute, et lui-même fut massacré par la foule.



Notice écrite par Claudine Cavalier
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