Jean-Baptiste-Noël BOUCHOTTE (1754-1840)
[35 ans en
1789]
25 décembre 1754 à Metz – 7 juin 1840 à Ban-Saint-Martin (Moselle)
De milieu modeste, il s’engagea comme soldat à seize ans, mais ses origines lui interdirent de faire carrière dans l’armée malgré ses qualités de meneur d’homme. La Révolution allait lui offrir de tout autres perspectives. Capitaine en 1789, il se signala rapidement, par son habileté à réprimer les troubles causés par la disette à Rethel, ce qui lui valut d’être appelé au côté des officiers municipaux au Comité chargé de l’approvisionnement de la ville. Lorsque son régiment de hussards quitta la ville pour Sedan, il poursuivit sa carrière politique au sein du club des Amis de la Constitution local. Il se signala par son patriotisme extrême et son goût des mesures les plus révolutionnaires. Il défendit âprement les sociétés populaires lorsqu’elles furent menacées et exalta le bonnet rouge, « symbole du travail, qui couronne l’arbre de la liberté, ce bonnet que nous avons pris pour signe de notre indépendance. » Sa valeur lors de la campagne de Lille contre les Autrichiens lui valut le commandement temporaire de la place de Cambrai. Son autorité, qui permit d’enrayer en octobre une dangereuse mutinerie, ainsi que son patriotisme le signalèrent aux représentants à l’Armée du Nord : ils le proposèrent au poste de ministre de la Guerre en remplacement de Servan. Mais Beurnonville obtint la place, avant d’être remplacé par Pache, tandis que Bouchotte restait à son poste. En janvier 93, il fut promu lieutenant-colonel et élu président du club jacobin. Il sauva Cambrai de l’invasion après la trahison de Dumouriez, et le 5 avril, la Convention l’élisait au ministère par appel nominal unanime, sur proposition de Barère.
Bouchotte se mit aussitôt à la tâche avec ardeur : bourreau de travail, simple et modeste, sa longue carrière dans la troupe lui permettait de bien connaître les problèmes matériels de la troupe et de comprendre les souffrances des soldats. La situation était désastreuse, les frontières du Nord enfoncées par l’ennemi, l’Armée du Nord en pleine débandade faute de confiance des troupes dans leurs officiers nobles et d ‘équipement. Bouchotte n’hésita pas devant les mesures radicales pour enrayer la vague de désertions, de sabotages et de malversations diverses qui gangrenaient l’armée de la jeune République. Une vaste opération d’épuration des bureaux de la Guerre fut entreprise, pour laquelle il ne craignit pas de s’appuyer sur le plus violent des militants cordeliers, Vincent, qu’il nomma secrétaire général dès sa prise de fonctions. L’épuration organisée par le nouveau secrétaire fut systématique et les bureaux se retrouvèrent remplis de « patriotes » et de militants populaires. A partir de l’automne, elle eut lieu exclusivement sur critères politiques, et furent chassés non seulement les nobles et les partisans de Lafayette, mais tous les supposés « modérés », sur la base d’une campagne de surveillance et de dénonciations organisée au niveau des sections. En même temps, Bouchotte se préoccupait de républicaniser les cadres de l’armée. Il proposa dans ce but au Comité de Salut Public, en mai 93, que les généraux de brigade fussent choisis parmi les commandants de régiments, les lieutenants-colonels et les chefs de bataillon, « d’après l’opinion générale qu’on a d’eux (dans leurs troupes), sans qu’il soit besoin de preuves matérielles. » Son plan ne fut pas suivi sur le moment par le Comité, alors dominé par Danton : mais les événements de l’été changèrent la donne et le 28 juillet, en même temps qu’il annonçait la perte de Mayence, Barère le fit voter par la Convention en élargissant le champ de la sélection des généraux, puisqu’ils pouvaient désormais être recrutés « dans tous les grades ». Bouchotte modifia aussitôt profondément les cadres et nomma de nombreux généraux « sans-culottes » et dévoués corps et âme à la République. Hoche, Jourdan, Masséna, Kléber, Augereau, Davout, Marceau, Brune et bien d’autres lui durent leur carrière. Toutefois il n’accéda jamais à la requête des Cordeliers dont il était pourtant proche : les officiers nobles ne furent pas destitués en bloc, et la plupart de ceux qu’il frappa furent seulement suspendus.
La situation de Bouchotte était infiniment difficile : les attaques contre lui pleuvaient de tous côtés. Les généraux nobles n’avaient que mépris pour l’homme du peuple, le soldat sorti du rang qu’il était et répugnaient à lui obéir. A partir de l’été 93, les dantonistes, Philippeaux, Fabre et Desmoulins, multiplièrent les charges contre lui, pour avoir diffusé aux armées le journal d’Hébert et s’être appuyé sur les Cordeliers pour renouveler les bureaux de la guerre. Le soutien constant de Robespierre et des hommes du grand Comité lui permirent seuls de poursuivre sa tâche. Il offrit à plusieurs reprises de démissionner, mais le gouvernement révolutionnaire le maintint à son poste jusqu’en mars 94 où les ministères furent supprimés. Il se retira aussitôt, ce qui constituait une aubaine pour Carnot qui s’empara définitivement de la direction des armées. Bouchotte n’avait pas profité de son passage au ministère pour s’occuper de sa propre promotion, aussi était-il toujours colonel lorsqu’il fut réintégré dans les cadres militaires, et il le demeura jusqu’à la fin de sa carrière.
Après la mort de Robespierre, on l’accusa d’avoir été terroriste, proche des hébertiste, et d’avoir « volé à la Nation plusieurs centaines de millions ». Emprisonné, il fut finalement relâché faute de preuves : nulle accusation n’était plus absurde. Il se retira définitivement des affaires publiques et vécut dès lors dans l’ombre.
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Notice écrite par Claudine Cavalier |
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