Charles Melchior Artus, Marquis de
BONCHAMPS (1760-1793)
[29 ans en 1789]
Le 10 Mai 1760 naît au château du Crucifix,
commune de Juvardeil près de Châteauneuf sur Sarthe, Charles Melchior Artus de
Bonchamps, futur général vendéen.
A 16 ans, il s’engage dans le régiment d’Aquitaine où il servira plus tard
en qualité de major. En 1782, il combat en Inde contre les Anglais, dans le régiment
du Bailli de Suffren comme lieutenant. En 1787, il est capitaine des grenadiers
et épouse en 1789, Marie Renée Marguerite de Scépeaux. Ils s’installent
dans son château de la Baronnière, près de Saint-Florent-Le-Vieil.
Bonchamps refuse de se soumettre au décret de l’Assemblée Constituante du 12 Juin 1791 à l’intention des militaires : " Je jure d’employer les armes remises entre mes mains à la défense de la patrie, et à maintenir contre tous les ennemis du dedans et du dehors la constitution décrétée par l’assemblée nationale, de mourir plutôt que de souffrir l’invasion du territoire français, et de n’obéir qu’aux ordres qui seront donnés en conséquence des décrets de l’Assemblée Nationale. " Il démissionne. Mais, plus tard il demande à être réintégré et participe le 10 Août 1792 à la défense des Tuileries où il sauve la vie d’un futur généralissime vendéen, Henri de La Rochejaquelein.
En Mars 1793, lorsque les paysans de Saint-Florent-Le-Vieil décident de se choisir un chef, c’est vers Bonchamps que va leur estime. Dans un premier temps celui-ci refuse car il ne croit pas aux chances de ce soulèvement. Puis, il prend la tête de ces hommes dont il fera les meilleurs soldats de l’insurrection, surnommés " Les Bonchamps ".
Le 3 Mai, ils s’emparent de la ville de Bressuire et se dirigent ensuite vers Thouars. L’infanterie sous les ordres de La Rochejaquelein et de Bonchamps force le passage de la rivière, Le Thouet, qui protège la ville. Le 5 Mai, le succès est royaliste. Ils font grâce aux prisonniers et libèrent également le général Républicain Quétineau auquel ils proposent de rester avec eux en tant que prisonnier sur parole. Ce dernier refuse car il ne veut pas passer pour un traître mais prouver qu’il a fait son devoir. Il sera jugé, condamné à mort et exécuté par les siens.
Le 25 Mai, Bonchamps et ses hommes partent à l’assaut de Fontenay. Ils s’enfoncent dans la ville au milieu de 4000 bleus. Bonchamps est blessé par un hussard à qui il vient de faire grâce. Ses soldats, furieux, massacrent une soixantaine de bleus pour ne pas laisser échapper le coupable. Fontenay tombe aux mains des blancs et Bonchamps part se reposer au château de Laubedière à La Gaubretière.
Le 12 Juin 1793, il est à Saumur où il
participe à l’élection de Cathelineau au poste de généralissime de l’Armée
Catholique et Royale.
Au Conseil, il expose son plan qu’il ne cessera de défendre : traverser
la Loire avec ses hommes pour soulever l’Anjou, la Bretagne et la Normandie.
Mais c’est le plan de Cathelineau qui est retenu : prendre Nantes, un
port majeur des Républicains.
Bonchamps avec 7000 hommes prend Varades, Ancenis et Oudon avant d’attaquer Nantes, le 29 Juin, par la route d’Angers, dans le faubourg de Saint Donatien. Malgré de lourdes pertes, l’armée avance jusqu’à la cathédrale Saint Pierre au cœur de la ville. N’ayant aucune nouvelle des troupes de Charette ou de Cathelineau, il recule vers Ancenis. En fait, Cathelineau est mortellement blessé et c’est la retraite de l’Armée Catholique et Royale.
Blessé à Châtillon, lors de la victoire face à Westermann le 5 Juillet, Bonchamps est transporté au château de Jallais et ne peut participer à l’élection de D’Elbée, le 19 Juillet 1793. Le nouveau généralissime confie à Poirier de Beauvais : " Je ne suis pas à ma place ; il est un autre homme qu’on aurait dû faire généralissime et toutes nos affaires eussent prospéré !… il faut être obéi et je ne le suis pas … C’est là, n’en doutez pas, le vrai motif pour lequel on n’a pas nommé M. de Bonchamps. On est convaincu qu’il est plus militaire que je ne le suis, mais aussi qu’il a plus de fermeté, et qu’avec moi l’on fera ce que l’on voudra, parce qu’on suppose que je n’irai point sévir contre des gens qui marquent par leur naissance, leurs propriétés et leur influence. Oui, si M. de Bonchamps était à ma place tout irait bien ; dans ce cas je me ferais honneur d’être son aide de camp. "
Bonchamps, le bras en écharpe, se rend le 17
Septembre à Cholet où les chefs vendéens sont assemblés. Ils décident
d’anéantir l’armée de Mayence de Kléber à Torfou. Charette et Lescure
doivent attaquer d’un côté pendant que D’Elbée et Bonchamps prennent
l’autre flanc. M. de Bonchamps attaque trois fois de suite l’armée de
Mayence mais la diversion de Charette et Lescure n’a pas lieu, il est donc
repoussé trois fois sans être mis en déroute. Les généraux vendéens ont
tout de même l’avantage mais ils attendaient un succès plus complet.
D’Elbée et Bonchamps viennent ensuite attaquer Westermann à Châtillon le 10
Octobre pour l’empêcher de faire route sur Cholet. Les paysans vendéens ne
peuvent lutter avantageusement dans la nuit. Cette ville où s’entassent 30
000 Royalistes tombe aux mains de 1500 Républicains.
Les troupes Républicaines continuent d’avancer prudemment sur Cholet et M. De
Lescure les rencontre à La Tremblaye le 15 Octobre, alors que Bonchamps ne
trouve personne à Cholet. Il retourne sur ses pas mais arrive après la déroute
de Lescure et ne peut que protéger la retraite.
Bleus et Blancs se retrouvent à Cholet le 17
Octobre 1793 dans une des plus grandes bataille de la Vendée militaire.
Craignant l’issue du combat, M. de Bonchamps donne l’ordre à Autichamps et
de Talmond de prendre Varades et permettre ainsi à l’armée Catholique et
Royale, en cas de déroute, de traverser la Loire.
Pendant ce temps aux abords de Cholet, La Rochejaquelein conduit la droite de
l’armée vendéenne, Stofflet et Marigny arrivent à gauche, D’Elbée et
Bonchamps attaquent au centre. La division de La Rochejaquelein fonce en tête
et la forêt de Cholet est aux blancs. D’Elbée et Bonchamps attaquent la
brigade de Marceau. Ils écrasent les premiers rangs, puis le combat se
stabilise : nul n’avance, nul ne recule. La Rochejaquelein commence à
faiblir et à gauche, dans le bois Grolleau, Stofflet et Marigny n’arrivent
pas à prendre le dessus. La bataille est indécise.
Haxo continue de presser la division de La Rochejaquelein qui finit par se
disloquer et c’est le carnage.
Marceau tend un piège à D’Elbée et Bonchamps qui reviennent sans arrêt à
l’attaque. Il fait avancer son artillerie en la masquant et renverse des files
entières de rebelles.
Les armées Républicaines poursuivent les Royalistes épuisés. Le massacre
s’arrête à la nuit tombée.
Bonchamps et D’Elbée sont mortellement blessés. Bonchamps est frappé au moment où il prend connaissance d’un message d’Autichamp et de Talmond lui annonçant la prise de Varades. Les deux blessés sont évacués vers Beaupréau.
Les incendies ravagent la Vendée. Une foule
immense se rue vers la Loire, vers ce qu’elle pense être son salut. Le
passage du fleuve commence à l’aide d’une vingtaine de barques le 18
Octobre 1793.
Sur le mont Glonne (nom officiel de Saint-Florent-Le-Vieil), cinq mille
prisonniers Républicains arrivent gardés par Cesbrons d’Argonnes. Que faire
de ces prisonniers assemblés dans les parcs et l’abbatiale ? L’avis général
est de les fusiller, mais prisonniers depuis plusieurs mois, ils ne sont pas la
cause des massacres actuels.
Bonchamps est mis au courant de la délibération du conseil de guerre et
demande la grâce des prisonniers en son nom. Mais il n’est pas le seul dans
ce cas, Lescure agonisant ne veut pas du massacre des prisonniers et les
habitants de Saint-Florent refusent que leur ville soit associée à cette
tuerie.
A peine arrivé au hameau de La Meilleraie, Bonchamps rend son dernier soupir. Au cours de la nuit qui suit le passage de la Loire, il est enterré en haut du cimetière de Varades où tout est fait pour que la sépulture demeure inconnue des Républicains. Malgré ces précautions, les bleus le déterrent, envoient sa tête à Paris.
Le 19 Octobre 1793, Merlin de Thionville écrit au Comité de Salut Public : "…D’Elbée est blessé à mort. Bonchamps n’a plus que quelques heures à vivre. Ces lâches ennemis de la Nation ont, à ce qui se dit ici, épargné plus de quatre mille des nôtres qu’ils tenaient prisonniers. Le fait est vrai, car je le tiens de la bouche même de plusieurs d’entre eux. Quelques-uns se laissaient toucher par ce trait d’incroyable hypocrisie. Je les ai pérorés, et ils ont bientôt compris qu’ils ne devaient aucune reconnaissance aux Brigands… Des hommes libres acceptant la vie de la main des esclaves ! Ce n’est pas révolutionnaire… N’en parlez pas même à la Convention. Les Brigands n’ont pas le temps d’écrire ou de faire des journaux. Cela s’oubliera comme tant d’autres choses… ".
Certains des prisonniers Républicains présents
à Saint-Florent n’ont pas oublié. Pierre Haudaudine, le Régulus Nantais,
recueille le 14 Octobre 1794 de nombreuses signatures de ses anciens compagnons :
" Nous soussignés, habitants de Nantes, déclarons et attestons
sur l’honneur qu’ayant fait partie des prisonniers républicains qui se
trouvèrent, le 18 Octobre 1793, entassés, au nombre de cinq mille cinq cents
environ, à Saint Florent Le Vieil, où notre délivrance eut lieu le lendemain
par l’armée républicaine, nous ne dûmes notre salut, à cette fatale époque,
qu’au cractère noble et généreux de M. de Bonchamps, l’un des généraux
de l’armée vendéenne, qui peu d’instant avant sa mort, parvint par ses
exhortations, à contenir la fureur de ses troupes, et leur fit même la défense
la plus vigoureuse d’attenter à la vie des prisonniers, dont le sacrifice
paraissait résolu. "
La Convention à la suite de ces nombreuses pétitions rend le décret qui
fait sortir des prisons de la Terreur, Mme de Bonchamps et sa fille le 18
Janvier 1795.
" J’ai servi mon Dieu, mon Roi, ma
Patrie. J’ai su pardonner. "
(Charles de Bonchamps).
Quelques sources :
Mémoires de la marquise de La
Rochejaquelein (Veuve de Lescure, épouse de Louis de La Rochejaquelein), 1889
Mémoires de Bertrand Poirier de Beauvais (Commandant de l’artillerie de
l’armée rebelle)
Georges Bordonove, La guerre de Vendée, Edition René Julliard, 1964
Emile Gabory, Les guerres de Vendée, Edition Robert Laffont
Gérard Walter, Le journal de la France, Edition Jules Tallandier
Ch-L Chassin, La préparation de la guerre de Vendée (Tome III)
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Notice écrite par Christine Duranteau |
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© Philippe Royet 1996-2007 |