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En quelques mots les
" anciens " et pour commencer le premier ayant une
valeur scientifique, la monumentale Histoire de la Révolution qu’Adolphe
Thiers a publié de 1823 à 1827. En pleine Restauration il n’hésite
pas à tenter un explication de la terreur qui sorte des
" analyses " généralement basées sur la
friponnerie, l’ivrognerie ou la folie des révolutionnaires. Il a
beaucoup utilisé le Moniteur journal quasi officiel de la Révolution
ainsi que des mémoires, mais il a également pu rencontrer des gens
ayant participé aux événements comme Barère.
Lamartine a proposé une
vision romantique dans son Histoire des Girondins 1847-1848, plus
agréable à lire que l’ouvrage de Thiers mais moins solide.
Hippolyte Taine dans ses Origines
de la France contemporaines 1875-1893 se montre très hostile
à la Révolution mais son œuvre solidement documentée mérite une
lecture prudente.
Louis Blanc est un
socialiste et son Histoire de la Révolution 1847-1862, est
marquée par cette idéologie. Notons que proscrit à Londres, il a
été le premier à utiliser des archives inconnues à cette époque.
Alexis de Tocqueville,
mort trop tôt, n’a étudié dans son Ancien régime et la
Révolution, 1856, que l’origine de celle-ci. Il faut le lire
parce qu’il écrit bien mais aussi parce qu’il a été remis à la
mode par les historiens modernes comme Furet. Pour lui en 1789 la
Révolution ne pouvait qu’éclater mais l’ancien Régime tel qu’il
était avec quelques réformes pouvait permettre d’éviter la Terreur.
(Je simplifie)
Je terminerai les
" anciens " par Michelet, mais sans trop insister,
le lyrisme ne remplaçant pas la science historique ! Pourtant, lui
aussi il faut le lire, mais en n'oubliant pas qu’il a créé toute une
série de légende noires dont Robespierre pâtit encore et dont Marat
ou Collot d’Herbois ne sont toujours pas sortis !
Je passerai maintenant
aux classiques, et pour commencer à Alphonse Aulard qui en 1901
écrivit une Histoire politique de la Révolution française.
Celui qui fut le premier titulaire de la chaire d’histoire de la
Révolution à la Sorbonne a écrit un ouvrage sous un aspect
exclusivement politique. Il a été reproché à ce Radical - Socialiste
militant de limiter sa réflexion à l’histoire de l’idée
républicaine. Cela étant, nous sommes ici en présence du premier
ouvrage scientifiquement construit et basé sur des recherches
archivistiques incontestables. Pour lui c’est Danton le vrai héros de
la Révolution.
Tout le monde connaît
Jean Jaurès, il fut de 1901 à 1904 l’auteur de l’Histoire
Socialiste de la Révolution Française. Il annonce la couleur, son
livre est socialiste et il le voulait destiné à l’instruction des
militants. Son souci principal est l’étude de la période à partir
de l’évolution économique et de la vie sociale. Revu et annoté par
Albert Soboul, cet ouvrage a été réédité de 1968 à 1972 en six
gros volumes.
Albert Mathiez est un
élève d’Aulard avec lequel il s’est brouillé. C’est lui le
fondateur de la Société des Etudes Robespierristes et de la revue
éditée par celle-ci, les Annales Historiques de la Révolution
Française qui est toujours publiée quatre fois par an. Il analyse la
période dans un contexte plus économique. Si Aulard fut un historien
radical - socialiste, Mathiez l’a été avec une vision socialiste.
Mort trop jeune il n’a publié une Histoire de la Révolution
que sous la formes de trois petits volumes de 1922 à 1927. Mathiez a si
j’ose dire créé un culte à Robespierre en en faisant le personnage
central et incontournable de la période et ce, quitte à réduire
arbitrairement l’importance de certain autres. Il est l’auteur de
nombreux ouvrages ou articles que pour bien faire il faudrait tous avoir
lus !
Georges Lefevbre succéda
à Mathiez à la Présidence de la Société des Etudes Robespierristes.
Dans la querelle entre dantonistes et robespierristes, il prendra une
position plus médiane que son prédécesseur. En 1930 il publiera son Histoire
de Révolution qui sera revue et complétée en 1951. C’est à mon
sens la meilleur synthèse, il faut l’avoir lue si l’on veut
commencer à comprendre ce que fut la Révolution.
Le précis d’Albert
Soboul sur la Révolution française, toujours présent au
catalogue des éditions Gallimard est lui aussi inévitable. Ce gros
livre de poche doit être lu avant ou après l’ouvrage de Lefebvre.
Avec la Révolution
Française de François Furet et Denis Richet, on aborde les
historiens " révisionnistes " par rapport à ceux
plus ou moins marxisants qui les ont précédé. Dans leur étude datée
de 1966 et rééditée en 1973, toujours en vente chez Fayard, ils
considèrent que les luttes entres factions ont perturbées l’évolution
de la révolution dans un sens, disons libéral, entraînant à un
dérapage qui fut la cause de la terreur et en fait de l’échec de la
Révolution elle même. Furet ira jusqu'à penser que toute Révolution
par son essence même ne peut conduire qu’à la Terreur ou au
Stalinisme et en fait au Goulag. Même si a priori elle apparaît
outrée, cette analyse doit conduire à réfléchir.
Pour en terminer avec les
études globales sur la Révolution, je vais citer Pierre Gaxotte auteur
en 1928 d’une Révolution Française. L’auteur est
ouvertement contre révolutionnaire et on comprendra mieux sa pensée en
notant qu’il a été le secrétaire de Charles Maurras. Il décrit de
façon idyllique la fin de l’Ancien Régime et pense que l’origine
de la Révolution est à rechercher dans " une crise
intellectuelle est morale (qui a) atteint l’âme française jusqu’en
ses profondeurs " et dont les responsables sont les hommes des
lumières et le Encyclopédistes. Pourtant ce livre comporte des pages
intéressantes et de bonnes analyses, mais les derniers chapitres à
partir de celui intitulé " la Terreur Communiste "
sont proches de la pire propagande anti-révolutionnaire.
Je vais maintenant citer
trois livres de bibliographie sur la période qui nous intéresse et d’abord
le Manuel Pratique de la Révolution Française de Pierre Caron.
La dernière édition est de 1947 et l’auteur passe en revue les
principales sources d’études imprimées ou manuscrites. Ce petit
livre de 324 pages, à rechercher chez les bouquinistes, est une mine d’information.
Les Révolutions de Jacques Godechot, 1963, est aussi une sorte
de manuel d’étude, il comporte une importante bibliographie. Du même
auteur, Un jury pour la Révolution, 1974, est une étude de l’historiographie
de la Révolution avec une excellente présentation des auteurs depuis
les origines.
Il existe bien sûr d’autres
ouvrages généraux sur la Révolution de valeur très inégales, il en
sort même encore de temps en temps en librairie.
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