1. Ces républicains étaient la plupart des jeunes gens qui, nourris de la lecture de Cicéron dans les collèges, s’y étaient passionnés pour la liberté. On nous élevait dans les écoles de Rome et d'Athènes, et dans la fierté de la république, pour vivre dans l’abjection de la monarchie, et sous le règne des Claude et des Vitellius. Gouvernement insensé, qui croyait que nous pouvions nous enthousiasmer pour les pères de la patrie, du Capitole, sans prendre en horreur les mangeurs d'hommes de Versailles, et admirer le passé sans condamner le présent ! Ulteriora minari, praesentia secuturos.(Note de Desmoulins.)
2. Notez que par Orléans, ici je ne désigne pas précisément Philippe (sur qui individuellement je dirai mon opinion tout à l'heure, à la fin de la première partie de ces mémoires), mais plutôt la sphère d'ambition et d'intrigues dans laquelle il tournait et par laquelle il était emporté, je veux dire la chancellerie d'Orléans, Ducrest, Laclos, Limon, Brissot, avec la coterie de cette madame de Genlis, dont les démangeaisons allaient toujours en se dépravant, et qui avait remplacé celle si naturelle de faire des Dunois et de la musique par celle de faire des livres ; celle d'être auteur de comédies, par celle d'être docteur de Sorbonne, et enfin les douceurs de la dévotion, de la vie contemplative et d'être moine, par les plaisirs de la politique, de la vie active, et d'être surintendante et premier ministre, après qu'elle aurait fait de son élève, mademoiselle d'Orléans, une petite reine. (Note de Desmoulins.)
3. A la vérité on avait adjoint à Sillery et Carra ce Prieur, de la Marne, qui est bien la loyauté et la candeur personnifiées ; mais la Convention l’avait envoyé là comme le corps constituant avait envoyé Pétion avec Barnave et Latour-Maubourg, commissaire au retour de Varennes, pour être l’homme de bien de la légation, pour jeter de la poudre aux yeux du vulgaire, et à condition que ses collègues lui cacheraient tout. (Note de Desmoulins.)
4. Brissot, dans sa dernière apologie, distribuée le 25 avril à la Convention, nie ses liaisons avec les généraux. Il proteste n'avoir vu Dumouriez qu'une seule fois depuis son numéro du mois de juillet où il disait : Dumouriez est le plus vil des intrigants. Mais voici un fait qui prouve la mesure de confiance qui est due à tous les dires de Brissot dans cette justification.
Il y est dit, page 2 : Je défie qu'on cite six personnes
à qui ma prétendue faveur ait fait obtenir des places.
Or voici la réponse à ce fait justificatif :
Lettre de J.-P, Brissot, trouvée sous les scellés de
Roland et déposée au comité de sûreté générale.
| Mon cher Roland, je vous envoie une liste de ceux que vous devez placer.
Vous et Lanthenas devez sans cesse l’avoir devant les yeux, pour ne nommer à
un emploi quelconque que les sujets qui vous sont recommandés par cette liste. Signé J.-P. BRISSOT |
(Note de Desmoulins.)
5. Voici le passage du journal que j'ai montré dans la Convention à qui a voulu le voir :
" Pour Dumouriez, disait Peltier dans son numéro II, je ne puis résister an désir de peindre ce protée, sur qui roule aujourd’hui peut-être la destinée de l'Europe. "
Pour cela, Peltier copiait une lettre de Bruxelles, du 5 octobre 1792, qui parait avoir été écrite par Rivarol, témoin d'autant plus sûr qu'il était, par madame Beauvert, le frère in partibus de Dumouriez. " Quant à Dumouriez, cet homme est inconcevable. Il déclare la guerre ; c'était l’objet de tous nos vœux. On croit voir sous son bonnet rouge, le bout d'oreille aristocratique : sa correspondance insultante avec Vienne, l’insolence de son manifeste contre M. de Kaunitz, semblent indiquer le but de piquer le vieux ministre, qu'il supposait récalcitrant. Un plan de campagne est arrêté par le conseil et les généraux, il le bouleverse ; il souffle le commandement de l’armée au vieux Rochambeau, il le fait passer à Biron et à d'autres Jacobins, qu’il envoie battre par Beaulieu. Il envoie La Fayette mourir de faim et de soif à Givet, où il n'avait rien à faire. Il empêche Luckner d'houzarder dans les électorats et de les enjacobiner jusqu'à Coblentz. Clavière, Roland, Servan, opposés par lui, embrassent trop ouvertement le parti de Brissot… Il les culbute. Il prend le portefeuille de la guerre, accuse Servan à la face de l’assemblée ; là il retrouve La Fayette, qui, furieux de voir qu'on sauve le roi sans lui, profite d’un moment de baisse dans les actions de Dumouriez pour le dénoncer et forcer le roi à le renvoyer. Il part, il va à l’armée de Flandres ; il dit, en prenant congé, à MM. de Nivernais et d'Avary, "que le roi n'a pas de meilleur serviteur que lui, qu’il croit lui en avoir donné des preuves en déclarant la guerre. " Il reste au camp de Maulde en dépit des généraux Luckner et La Fayette, il épaissit tous les jours son masque, et sert la République comme la Constitution ; ses lettres à l’assemblée ont l’air d'une mystification continuelle. Enfin il réunit toutes les armées en un point en face de l'ennemi, sous sa direction suprême ; car je le crois incapable d'être lieutenant de qui que ce soit : j'entends parler de capitulation proposée par lui. Je crois saisir mon homme, je crois voir le point où aboutissent les six derniers mois de sa vie, de ses pensées, de ses actions ; tout à coup il m’échappe : on annonce que la capitulation est un jeu, qu'il s'est moqué du duc de Brunswick, qu'ayant gagné du temps et fait arriver des vivres, il défie ceux aux pieds desquels il avait l'air de ramper, et tout à coup l'heureux rival de Monk, le profond auteur du plan le plus savamment combiné, le plus longuement amené, se transforme en un insensé ; car comment, avec de l’esprit, peut-il vouloir servir un ordre de choses qui n'est bon ni pour la France ni pour lui pendant sis mois ? La reconnaissance des républiques... ah ! le bon billet qu’il aurait là ! J'avais imaginé qu'il avait attiré dans le piège l'armée et les enfants du duc d'Orléans pour en faire à leur tour les otages du roi, et qu'occupé comme nous de la solution du problème qui fatigue toutes les tètes, de la solution de cet imbroglio, il n'en avait pas trouvé de plus sûr et de plus expéditif. Cependant, les dernières nouvelles ont détruit tous ces calculs : Dumouriez a rompu la capitulation ; et, toujours retranché dans les gorges du Clermontois, aux islettes, il s'y prépare à une défense qui n'aura pas lieu, car les plans du roi de Prusse sont changés, etc., etc. " (Note de Desmoulins.)
6. N'est-ce pas un fait que J. P. Brissot, ce Jérémie du 2 septembre, a dit, le 3 septembre, au conseil exécutif, en présence de Danton : Ils ont oublié Morande ! Ce Morande, qui avait presque mérité de la nation ses lettres de grâce de tant de libelles, pour avoir dit tant de vérités de Brissot. Chabot m'a assuré que le 2 septembre Brissot s'était également souvenu de Morande au comité de surveillance. Ce chagrin de Brissot de voir Morande sauvé prouve bien que ce tartufe d'humanité a l’âme des Tibère, des Médicis et de Charles IX, et que le cadavre de son ennemi sentait bon pour lui. (Note de Desmoulins.)
7. Par exemple, je connais un citoyen qui, au mois de septembre, écrivait au ministre Monge : " C'est par la dette de subsistances qui nous menace, à cause de la consommation des armées et des pertes de la guerre, que la France sera troublée dans six mois ; je vous offre, pendant que les mers sont libres de vous approvisionner immensément en bœufs d'Irlande, etc. " Monge sait bien que celui qui lui faisait ces offres était en état plus que personne de les tenir ; mais il s'est bien donné de garde de les accepter. Après cet échantillon de sa conduite ministérielle, il y a beaucoup de bonhomie aux Jacobins de ne taxer Monge que d'ineptie !
Comment ne serions-nous pas affamés ? Comment nous viendrait-il des grains d'Amérique ? Qui est-ce qui y est consul général de France ? C'est le beau-frère de Brissot. Et qui est-ce qui l'a nommé ? Cela se demande-t-il ? C’est le ministre Lebrun, le prête-nom de Brissot aux affaires étrangères. (Note de Desmoulins.)
8. Octave, pour devenir empereur, n'eut besoin que de renoncer au nom de triumvir. Il s'assura de l’armée, en divisant, par l’intérêt et le numéraire, les soldats d'avec les citoyens ; du peuple, en faisant hausser sous la république le pain, qu'il fit baisser sous la monarchie ; de tout le monde, en criant contre les anarchistes et les factieux et en faisant jouer l’ami des lois par le comédien Pylade, ce que Tacite, avec sa précision admirable, dit en trois mots : Posilo triumviri nomine, militem donis, populum annond, cunctos dulcedine otil pellexit. (Note de Desmoulins.)
9. Il faut convenir que ce Rabaud n'a point payé Roland d'ingratitude, et n'a point volé sa médaille. Chargé d'empoisonner l'opinion publique, il s'est livré à ce métier avec une ardeur infatigable, et avec d'autant plus de succès qu’il préparait très bien un certain vernis de modération dont il plaquait son vert-de-gris. C'est lui qui a tenu la principale boutique de calomnie contre les républicains. Rédacteur à la fois du Moniteur, du Mercure et de la Chronique, ces trois journaux étaient comme les trois gueules avec lesquelles ce Cerbère des brissotins aboyait tous les jours la Montagne, et jamais royaliste sournois n'a mieux mérité que lui que le côté droit l’élevât à la présidence, et d’être le porte sonnette de la coalition. Il y a un trait de lui qui le peint mieux que ne ferait un gros livre. Robespierre était à la tribune, suant sang et eau depuis une demi-heure ; et depuis une demi-heure, tapi dans un coin du marais, Rabaut, fixant l’orateur, mordait sa distribution et ses doigts avec des grimaces. " Que voulez-vous donc, lui dit son voisin, avec votre pantomime, et quel est votre but ? " Le prêtre, qui croyait répondre à un des siens, lui dit : " Ne vois-tu pas que, comme il n'y a pas moyen d'interrompre, à cause du décret qui défend tout signe d'improbation et d'approbation, si un regard de Robespierre pouvait tomber sur ma grimace, cela brouillerait ses idées et le ferait peut être descendre de la tribune ? " Ce fait, peu important en apparence, montre à nu l’âme de ce Rabaud, qui est si reptile, si esclave, si intrigant, si traître, si tartufe, si brissotin en un mot, car c’est la définition du mot brissotin que je viens de donner, que lorsqu'à force de purger l’assemblée nationale de cette espèce d'hommes, on se demandera un jour ce que c'était qu'un brissotin, je fais la motion que, pour en conserver la plus parfaite image, celui-ci soit empaillé, et je m'oppose à ce qu'on le guillotine ; si le cas y échet, afin de conserver l'original entier au Cabinet d'histoire naturelle.(Note de Desmoulins.)
10. Barbaroux, dit le n. CLXXVII du Journal de Marseille, qu’il n'avait pour tout patrimoine qu'un poignard quand il est parti pour la Convention, a répondu aux Marseillais, qui s'étonnaient de ses deux secrétaires et des gardes de la Manche qu'il était assez riche pour entretenir, que par le bienfait de la loi qui abolit les substitutions il avait hérité de 80 000 liv. ; tandis qu'il est de notoriété publique qu'il n'a Jamais eu, dans les deux mondes, de parents possesseurs d'une telle fortune. Il est vrai que, pour dépayser les curieux, il a dit que cette succession lui venait d'Amérique.(Note de Desmoulins.)
11. L'Assemblée nationale de la république française ne sera jamais à sa hauteur que lorsqu'elle ajournera ou prorogera ses séances, selon la difficulté des temps ; lorsqu’elle n'aura, par exemple, que trois ou quatre séances par semaine, et que les autres jours seront consacrés au travail des comités. On n’a jamais vu aucun peuple condamner les législateurs à faire des lois comme un cheval aveugle à tourner la meule, jour et nuit. Qu'on se souvienne qu'une seule loi, chez les Romains, était discutée pendant vingt-sept jours ; et pendant dix-neuf à Athènes, et qu’il y a telle séance où nous rendons vingt ou trente décrets ; et on sera surpris de la facilité de tant d'improvisateurs de législation qui se précipitent tous les jours à la tribune, où on ne devrait venir qu'avec des idées dignes de la révolution et de la majesté du peuple français ; pendant que J.-J. Rousseau avoue qu'il y a telle phrase qui lui a coûté un jour à rendre digne de lui. Dans cet état de choses, on sent qu'on ne peut rien conclure du silence d'un député contre son mérite ; car le député pénétré de ses devoirs n'a pas trop de tout son recueillement pour remplir sa tâche, je ne dis pas avec éclat et en orateur, mais obscurément et par assis et levé. Cette permanence des séances tous les jours est un des moyens les plus infaillibles pour déconsidérer l'assemblée nationale. On a compris que, quelque profonde que fût la superstition, et même en Basse Bretagne, les prêtres auraient bientôt déconsidéré leur religion s'ils carillonnaient et messaient solennellement tous les jours.(Note de Desmoulins.)
1. Ces villes étaient presque toutes d'anciennes cités épiscopales : elles ont été conservées pour la plupart comme siéges des évêchés lors du concordat de 1801 et lorsque le nombre des évêchés fut augmenté sous la restauration. Cependant l'évêché du Pas-de-Calais, fixé à Saint-Omer par la constitution civile, a été depuis établi à Arras; celui des Landes, établi à Dax, l'est maintenant à Aire ; celui des Basses-Pyrénées, fixé à Oléron, l'est maintenant à Bayonne; celui de l'Hérault est à Montpellier, au lieu de Béziers; celui de l'Aude à Carcassonne, et non à Narbonne; celui des Hautes-Alpes à Gap et non à Embrun; et celui de Corse à Ajaccio, et non à Bastia. La constitution civile avait créé des évêchés à Sedan, Châteauroux, Guéret, Colmar, Vesoul, Saint-Maixent, dans des départements qui n'ont pas actuellement d'évêché sur leur territoire. Les évêchés de Versailles et de Laval créés par elle ont été rétablis canoniquement à différentes époques.
1. On lit à la Convention, le 28 novembre 1793, la lettre de Carrier suivante :
| L’apostolat de la raison éclairant, électrisant
tous les esprits, les élève au niveau de la révolution ; préjugés,
superstition, fanatisme, tout se dissipe devant le flambeau de la philosophie.
Minée, naguère évêque, aujourd’hui président du département, a attaqué,
dans un discours très éloquent, les erreurs et les crimes du sacerdoce, et a
abjuré sa qualité de prêtre : cinq curés ont suivi son exemple, et on
rendu le même hommage à la raison.
Un événement d’un autre genre semble avoir voulu diminuer le nombre des prêtres ; quatre-vingt-dix de ceux que nous désignons sous le nom de réfractaires étaient enfermés dans un bateau sur la Loire, j’apprends à l’instant, et la nouvelle en est très sure, qu’ils ont tous péri dans la rivière. Signé : Carrier. |
Carrier sera rappelé par le comité de salut public, suite aux dénonciations de Jullien de Paris, il se présentera le 24 février 1794 (3 ventose) au scrutin épuratoire des Jacobins et sera défendu par Collot-d'Herbois.
1. Ces deux notes étaient écrites de la main de Robespierre, à ce qu'affirme Courtois. Il suffit d'en faire une simple lecture pour se convaincre qu'elles se succédèrent dans l'ordre que nous avons adopté. Courtois, qui classa les pièces du dossier selon les citations tout à fait décousues de son rapport, les plaça dans un ordre inverse du nôtre ; sous les n. XLIII et XLIV Il intitula le n. XLIII, qui est ici la seconde pièce cotée : " Espèce de catéchisme de Robespierre, écrit de sa main " ; et le n. XLIV, qui est notre première citation : " Note essentielle écrite de la main de Robespierre. "
Dans celle où il s'agit du but, il se rencontrait quelques phrases raturées, ce dont Courtois avertit en les transcrivant (Elles sont ici placées au jugé, NDLR). (Notes de Buchez et Roux).
1. Ces statues ne furent pas brisées. L. Monet (le maire, NDLR.), pour les conserver, les fit couvrir de planches, dont il se servit pour afficher les actes de l'autorité publique. Les représentants du peuple le laissèrent faire, et renoncèrent tacitement à un décret qui n'était qu'une concession faite aux exigences de l’Hébertisme. (Note de Buchez et Roux.)
|
© Philippe Royet 1996-2007 |